Ségou, 24 avril (AMAP) En cette année dédiée, par le Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, année de la Culture et de l’Education, l’Agence Nationale de Presse du Mali, a décidé de faire un regard sur nos formations musicales qui ont marqué notre histoire, en termes de rayonnement. Après le Bronkoni de Niono, nous allons faire un dossier sur le Super Biton de Ségou.
Dans l’histoire de la musique, certains noms résonnent comme des symboles d’une époque. Parmi eux, le Super Biton de Ségou occupe une place particulière. Issu de la fusion de plusieurs orchestres dont l’Alliance Jazz de Ségou et l’Orchestre régional de Ségou, le Super Biton de Ségou a traversé plusieurs époques.
Depuis 1973, il évolue sous ce nom, année où un jeune étudiant, Zoumana Sacko, décida de rebaptiser la formation en hommage au mythique roi du Royaume Bambara de Ségou, Mamari Biton Coulibaly. Le groupe a su imposer une signature sonore unique, marquant durablement la scène musicale avec son style mêlant jazz, rythmes traditionnels bambara et influences afro-cubaines.
D’après les archives couvrant la période 1970-1990, l’orchestre affiche un répertoire riche de plus d’une centaine de titres. Ces morceaux, qui font le bonheur des mélomanes, couvrent une grande diversité de styles comme l’afro-jazz, la biguine, le boléro, la rumba, le donso folk ou encore la salsa.
Le Super Biton nommé orchestre national le 18 mars 1976, après plusieurs reconnaissances
Au cœur de cette formation, figure le regretté Amadou Bah, surnommé «Armstrong». Ce chef d’orchestre a su fédérer autour de lui, une équipe d’élite de 19 musiciens. Le talent et le savoir-faire du Super Biton de Ségou lui ont valu une reconnaissance majeure, le hissant au rang des meilleurs orchestres du Mali, avec à la clé les victoires aux biennales de 1970, 1972, 1974 et surtout celle de 1976. Lors de cette dernière biennale, le 18 mars très exactement, le Super Biton est nommé Orchestre National et déclaré hors-compétition. Cette reconnaissance au niveau national marque le début d’un rayonnement qui s’étendra à l’échelle africaine, puis internationale.
Aujourd’hui, ils ne sont plus que 3 à incarner la mémoire vivante de ce groupe mythique
Aujourd’hui, ils ne sont plus que 3 à incarner la mémoire vivante de ce groupe mythique : Mamadou Sissoko, Modibo Diarra dit «Bebel» et Mamadou Guindo. Figure incontournable de cette génération, Modibo Diarra, pianiste fait son entrée dans le groupe en 1973.
Formé à l’INA et aujourd’hui âgé de 74 ans, il dit avoir été séduit par la cohésion qui régnait au sein du groupe et la passion commune qu’ils avaient pour la musique. Selon Modibo Diarra, auparavant, les orchestres interprétaient les morceaux Maliens avec des accompagnements étrangers comme le rythme afro-cubain.
«C’est en 1970, avec le titre Damonzon que le Super Biton a été le premier orchestre à transposer la musique de Ségou sur des instruments de nos terroirs», a-t-il indiqué. Grâce à cela, ils ont eu l’occasion de se produire dans la sous-région.
Senghor, après une visite en 1980, a tenu que le Biton fasse une tournée au Sénégal, après ce fut le Nigérien Seyni Kountié
«Quand Léopold Sédar Senghor est venu au Mali en 1980, il a entendu le Super Biton chanter. Par la suite, il a tenu à ce qu’on aille faire une tournée au Sénégal. Cela nous a également valu une invitation du président du Niger, Seyni Kountché», nous a-t-il raconté. Le leitmotiv du groupe, c’était d’aller de l’avant et continuer à créer. Pour la petite anecdote, dans le morceau «Bakaridjan», on entend un effet sonore reproduisant des bruits de chevaux en train de courir. L’effet est tellement parfait qu’on pourrait croire à de vrais chevaux, alors que tout a été réalisé avec des instruments sans électronique, nous a confié Modibo Diarra.,
Avec sa guitare comme fidèle alliée, Mama Sissoko assurait les arrangements au sein du groupe, tandis que Karamoko Niang s’occupait de la composition des morceaux. Mama, le virtuose de la guitare se rend souvent en France pour des prestations grâce à l’appui de sa protégée de longue date, la photographe française Francoise Huguier. Son album Diamond Fingers, composé de 13 titres, a été produit par cette dernière.
Sacré Orchestre National au même titre que le Balai national du Mali et l’ensemble instrumental, le Super Biton de Ségou n’a jamais bénéficié des mêmes privilèges.
Le Super Biton n’a jamais pu bénéficier des avantages étant Orchestre National», a déploré Mama Sissoko.
Enseignant à la retraite et homme de culture, Moctar Saïdou Tall a longtemps côtoyé plusieurs membres du groupe depuis l’époque de l’orchestre régional. Il estime que les performances sur scène et la singularité des productions sont des éléments qui l’ont le plus marqué du Super Biton de Ségou qui «nous a recentrés sur des rythmes du terroir». Et d’ajouter qu’il y avait un cheminement très clair pour la revalorisation du patrimoine national.
Le Super Biton reste une légende vivante
Parlant de la portée éducative des morceaux du Super Biton de Ségou, Moctar Saïdou Tall a révélé que les titres comme «Nyeleni», «Bakaridjan», «Labamfè» et «kamalenwari» renferment des valeurs telles que le travail, l’amour, le patriotisme, etc. Notre interlocuteur a toutefois déploré la situation actuelle du Super Biton de Ségou qui est relégué au rang de souvenirs. Comme solution, il propose de constituer un vivier de jeunes et de les former afin de redonner vie à cet orchestre.
À Ségou, comme dans tout le pays, le Super Biton reste une légende vivante. Une mélodie qui traverse le temps sans jamais perdre son sens. Et si cette année, dédiée à l’éducation et à la culture, devenait le point de départ d’une renaissance de nos orchestres régionaux, témoins de notre héritage artistique et culturel.
MS/KM (AMAP)


