Société : Entre tradition et modernité, les coiffures s’adaptent et mettent en relief la beauté féminine

Bamako, 11 avril (AMAP) Dans le District de Bamako, la capitale du Mali, comme dans plusieurs villes du pays, les coiffures traditionnelles, autrefois incontournables dans la mise en beauté féminine, cohabitent désormais avec une tendance en pleine expansion : les perruques en imitation de tresses, notamment en gros grains. Pratiques, rapides à porter et esthétiques, elles séduisent un public de plus en plus large, des jeunes filles aux femmes adultes. Mais derrière cet engouement, les avis restent partagés.

Dans un salon de coiffure du quartier de Banankabougou, Mariam Sylla, coiffeuse depuis plus de vingt ans, observe une nette évolution des habitudes. Elle explique que de nombreuses clientes préfèrent désormais acheter une perruque plutôt que de passer plusieurs heures à se faire tresser. Certaines n’aiment pas la douleur liée à la coiffure traditionnelle et voient dans les perruques une alternative plus confortable. Mais pour elle, cette évolution ne doit pas faire oublier l’essentiel.

« Les tresses ne sont pas qu’une simple coiffure, elles représentent notre identité », affirme-t-elle. Elle insiste sur le fait que chaque motif raconte une histoire et perpétue un savoir-faire ancestral transmis de génération en génération. Elle rappelle que ces coiffures permettent aussi de distinguer les appartenances ethniques et portent une signification sociale propre à chaque localité. « Ce n’est pas seulement esthétique, les tresses ont aussi servi à communiquer et aujourd’hui encore, elles font vivre beaucoup de femmes », ajoute la coiffeuse.

De son côté, la sociologue Aminata Diallo replace cette évolution dans une perspective plus large. Elle explique que les transformations observées aujourd’hui traduisent un changement profond des modes de vie et des normes sociales. Selon elle, autrefois, les jeunes filles se coiffaient naturellement avec des tresses et les femmes mariées portaient souvent des foulards, ce qui limitait fortement l’exposition et les interactions sociales. Elle souligne que « les jeunes filles se nattaient très bien et les mariées attachaient leur foulard, on ne risquait pas de se faire courtiser », illustrant ainsi une époque où les codes sociaux étaient plus stricts. Elle estime que l’apparition et la popularisation des perruques participent d’une redéfinition de l’image de la femme dans l’espace public. « Aujourd’hui, les femmes veulent être libres de leur apparence », explique-t-elle, tout en notant que ces pratiques peuvent parfois entrer en tension avec certaines perceptions religieuses ou culturelles.

Aïssata Diarra, fonctionnaire et mère de famille, confirme cette tendance. Elle explique qu’avec ses journées bien remplies, elle n’a plus le temps de rester des heures chez la coiffeuse. « Avec les perruques, je gagne du temps et je reste toujours présentable tout en ne faisant pas mon âge», dit-elle, ajoutant que cela lui donne une allure plus jeune et élégante.

Pour Fatoumata Konté, vendeuse au marché, le choix est aussi guidé par la religion musulmane. Elle explique qu’elle privilégie les perruques parce qu’elles sont faciles à enlever au moment des ablutions, ce qui facilite la prière. « Je peux prier tranquillement, contrairement aux tresses que je garde plusieurs semaines », confie-t-elle. Elle reconnaît toutefois que cela demande une certaine rigueur, car si les cheveux sont humides ou couverts de pommade, le port de la perruque peut rapidement entraîner des odeurs désagréables.

Hawa Diop, esthéticienne, insiste d’ailleurs sur cet aspect. Elle explique que l’entretien est souvent négligé par certaines utilisatrices. « Beaucoup ne lavent pas régulièrement leurs perruques », déplore-t-elle, précisant qu’il est indispensable de laisser le cuir chevelu sécher correctement avant de les porter afin d’éviter les désagréments.

Du côté du marché des Halls de Bamako, la tendance est clairement en hausse. Amadou Diarra, vendeur de perruques, affirme que la demande ne cesse d’augmenter. « Les jeunes filles comme les femmes adultes en raffolent », observe-t-il, notant que certaines abandonnent même totalement les tresses traditionnelles.

Cependant, cette évolution ne fait pas l’unanimité. Moussa Coulibaly, marié depuis plusieurs années, exprime un regard critique. « Ma femme est très belle dehors, mais à la maison, ce n’est pas la même chose », dit-il avec humour, évoquant le contraste entre l’apparence publique et privée.

Kadidia Traoré, étudiante, revendique pleinement ce choix. Elle estime que la beauté ne doit pas être une contrainte. « Je n’aime pas la douleur des tresses, les perruques me facilitent la vie », affirme-t-elle, tout en soulignant qu’elles lui permettent de préserver ses cheveux naturels.

L’évolution a ses exigences qui ne doit pas faire obstacle à notre culture que nous nous devons à tout prix conserver et entretenir pour les générations futures.

AC/KM (AMAP)