Droits de l’enfant au Mali : D’importants progrès réalisés avec l’engagement de nos autorités et des bonnes volontés

Depuis plusieurs décennies, le Mali s’est inscrit dans une dynamique de protection et de promotion des droits de l’enfant, signant et ratifiant des conventions internationales et africaines qui consacrent pour tous les enfants, sans distinction, des droits civils, sociaux et économiques. Dès 1990, le pays ratifie la Convention relative aux droits de l’enfant adoptée par l’Organisation des Nations unies, et la même année, il adopte la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, qui tient compte des réalités africaines et impose la protection de l’enfant dans sa vie quotidienne, au sein des familles, des écoles et des communautés. Entre la ratification de ces instruments et aujourd’hui, le Mali a fait des progrès considérables, mais le chemin reste semé d’obstacles, et la mise en œuvre concrète des droits de l’enfant dépend avant tout de l’engagement de personnes et d’institutions capables de transformer des textes en actions tangibles et durables.

C’est ce constat qui a guidé notre rédaction à consacrer ce dossier aux pionniers et aux acteurs contemporains de la promotion des droits de l’enfant au Mali, ceux et celles qui ont fait des efforts incommensurable, pour défendre les enfants, souvent sans les projecteurs des réseaux sociaux, et aux nouvelles générations de défenseurs formés et accompagnés par des programmes internationaux comme « Enfant et Médias » de l’UNICEF au Mali. Cet article se veut un hommage, un témoignage et une plongée dans l’univers de ceux qui font de la protection de l’enfance une réalité vivante.

Amadou Toumani Touré : l’ami des enfants

Amadou Toumani Touré, connu sous le nom d’ATT, a toujours perçu l’enfant comme un acteur et non comme un simple bénéficiaire de politique publique. Lorsqu’en 2002, il devient président de la République, il inscrit au cœur de son programme, la conviction que l’avenir d’un peuple se mesure à la place accordée à ses plus jeunes citoyens.

Très vite, il impulse des initiatives concrètes pour donner à l’enfant une voix à travers le Parlement national des enfants dans les années 2000 en est l’exemple le plus emblématique. Cet espace institutionnel permet aux enfants issus de toutes les régions et de toutes conditions sociales de débattre, de proposer des solutions et de transmettre leurs préoccupations aux autorités publiques. C’est un cadre inédit au Mali où l’éducation civique devient pratique, et où l’enfant apprend que sa parole a un impact sur la société.

Sous sa présidence, ATT s’engage également dans le domaine de la santé maternelle et infantile. L’inauguration en 2010 du Centre hospitalier Mère-Enfant « Le Luxembourg » à Bamako symbolise cette vision. Conçu pour offrir des soins spécialisés aux mères et aux enfants, ce centre réduit considérablement le besoin d’évacuations sanitaires à l’étranger et devient une référence nationale en pédiatrie et néonatalogie. Les couloirs de l’hôpital résonnent des pas d’enfants guéris et de familles reconnaissantes.

Dans l’éducation, ATT favorise la construction d’écoles rurales et la mise en œuvre de campagnes vaccinales intensives, contribuant à l’augmentation des inscriptions scolaires et à la diminution des maladies infantiles. Ainsi, feu ATT ne se contente pas de présider un pays, il bâtit l’enfance du Mali en donnant aux enfants des institutions, des soins et une voix.

 Amina Cissé : faire de l’enfance un espace d’éveil

Amina Cissé est une dirigeante malienne spécialisée dans la promotion des droits de l’enfant et l’épanouissement des jeunes. Elle a occupé le poste de Directrice Générale de la Cité des Enfants, pendant 18 ans, une institution publique située à Bamako et chargée de créer un cadre éducatif, culturel, récréatif et citoyen pour les enfants maliens.

Sous sa direction, la Cité a consolidé son rôle comme lieu d’apprentissage, d’expression et de formation socio‑éducative, en organisant des programmes variés salon de de l’enfance, semaines de loisirs, journées thématiques sur l’éducation, la citoyenneté et l’inclusion sociale, projets de sensibilisation tels que la célébration de la Journée Mondiale de l’Enfance avec des partenaires nationaux et internationaux.

Amina s’est particulièrement engagée à renforcer l’encadrement et la formation des enfants hors des réseaux sociaux et des médias : elle met en œuvre des activités sur le terrain qui permettent aux jeunes d’acquérir des connaissances pratiques, de développer leurs talents et de renforcer leur sens de citoyenneté à travers des ateliers, compétitions, loisirs structurés et sensibilisation communautaire.

Elle a également supervisé la tenue régulière des sessions du Conseil d’administration de la structure, garantissant un suivi institutionnel des activités et des orientations éducatives de la Cité des Enfants.

Au‑delà des programmes institutionnels, son leadership se manifeste dans l’accompagnement direct des enfants : formation, créativité, expression, éducation morale et civique, contribuant ainsi à former plusieurs générations d’enfants engagés et conscients de leurs droits et responsabilités dans la société malienne.

Touré Lobbo Traoré : une vie tournée vers la solidarité

L’ex-Première Dame, incarne la continuité de cette politique humaine. Sage-femme de formation, elle exerce pendant plus de vingt ans à la maternité du Camp I à Bamako, accompagnant des milliers de naissances et comprenant au plus près les enjeux de la protection de l’enfant.

En 2002, à la tête de la Fondation pour l’Enfance au Mali, elle transforme cette institution en un moteur d’actions sociales et humanitaires. Sur le terrain, elle conduit des campagnes de distribution de kits scolaires, de sensibilisation à la nutrition infantile, à l’accès à l’eau potable et à la prévention des infections infantiles. Sa fondation soutient les centres de santé communautaires, facilite l’accès aux soins pour les enfants défavorisés et intervient dans les localités isolées.

Sous sa conduite, la fondation devient un acteur incontournable dans la promotion des droits de l’enfant, permettant de mesurer l’impact de l’action humanitaire par des indicateurs concrets de santé, d’éducation et de bien-être. Lobbo Traoré reste pour beaucoup l’incarnation d’une solidarité concrète, palpable et continue.

Mariam Dramé Diallo : pionnière dans la promotion des droits de l’enfant au Mali

Mariam est une activiste malienne engagée dans la promotion des droits de l’enfant et des femmes. Dès son adolescence, elle s’illustre par son engagement citoyen, notamment en initié le Parlement des enfants du Mali, une structure instaurée en 1996 (décret n°96‑172/PM‑RM du 13 juin 1996) visant à donner une voix aux plus jeunes dans les débats publics.

Elle est la fondatrice de l’Association Femmes Leadership et Développement Durable (AFLED), à travers laquelle elle mène des actions concrètes sur le terrain en faveur de l’éducation, de la santé, de l’autonomisation des femmes et du leadership des jeunes filles. Mariam Dramé Diallo se distingue par sa capacité à agir directement dans les communautés, sans se limiter aux réseaux sociaux ou aux médias, en organisant des programmes, ateliers et initiatives participatives.

Son engagement combine défense des droits de l’enfant, égalité de genre et participation citoyenne. Reconnue au niveau national et international, elle collabore avec plusieurs organisations, dont des agences des Nations unies, et participe à des initiatives de plaidoyer à l’échelle africaine.

Dans un contexte marqué par des défis sécuritaires et sociaux, elle continue de renforcer la voix des enfants et des femmes dans les processus de décision au Mali, en privilégiant l’action concrète et l’impact direct sur le terrain.

Aminata Dicko : transformer la solidarité en actions concrètes

Dans la nouvelle génération, Aminata Dicko se distingue par son engagement à travers Solidaris 223, qui accompagne les enfants vulnérables et leurs familles dans des zones difficiles. Ses programmes ne se limitent pas à l’éducation formelle : ils incluent des sessions de soutien socio-éducatif, des campagnes de sensibilisation et la création d’espaces de dialogue communautaire.

Cette approche lie l’humain à l’action concrète : des enfants retrouvent le chemin de l’école, des familles réapprennent leurs responsabilités éducatives et des communautés s’engagent dans la protection collective de l’enfance. Amina incarne la nouvelle génération de défenseurs qui transforme les droits de l’enfant en réalité tangible.

Rose Bouzaid : « La Vie en Rose », humanitaire et dignité

Présidente de l’Association La Vie en Rose, consacre sa vie aux enfants vulnérables depuis plus de 20 ans. Son action au sein de l’Union malienne des aveugles (UMAV) illustre cette détermination : rénovation de dortoirs, installation de forages et fontaines, distribution de vivres, kits d’hygiène et médicaments pour plus de 450 enfants non-voyants et malvoyants. L’UMAV devient sa « deuxième maison », et chaque jour elle suit les chantiers et s’assure que les conditions de vie et d’apprentissage des enfants s’améliorent.

Son action ne se limite pas aux enfants non-voyants : elle accompagne les enfants talibés, déplacés, réfugiés burkinabè, et ceux en conflit avec la loi, apportant un soutien concret, durable et structuré. Ses formations sur le genre et la protection des victimes de violences basées sur le genre ont touché plus de 30 000 agents de sécurité et 15 000 civils, renforçant les capacités institutionnelles et communautaires. Rose Bouzaid est la preuve vivante qu’une vie peut se consacrer à transformer la souffrance en dignité.

Le Président de la République actuelle : une mesure inclusive

En août 2025, le Président de la République du Mali a pris une décision majeure pour l’inclusion des enfants sourds-muets de l’école Djiguya Kalanso, en leur permettant de passer le Diplôme d’Études Fondamentales (DEF), malgré le fait que leur école ne comptait que six classes. Ce geste, qui applique concrètement l’article 11 de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, a ouvert les portes de l’éducation à des dizaines d’enfants jusque-là exclus.

Organisations internationales : partenaires indispensables dans la promotion des droits de l’enfant

Des organisations comme l’UNICEF et Plan International jouent un rôle clé dans la promotion des droits de l’enfant au Mali. L’UNICEF est présent au Mali depuis 1962 et a soutenu depuis lors de nombreux programmes touchant l’éducation, la santé et la protection des enfants, en particulier les filles et les jeunes vulnérables. Parmi ses initiatives, le programme « Enfant et Medias » a permis de former des centaines de jeunes à devenir des communicateurs et défenseurs des droits de l’enfant, en leur donnant des outils pour agir au niveau communautaire et national.

Plan International a, quant à lui, appuyé des programmes de protection contre les violences, d’éducation inclusive et d’autonomisation des jeunes filles, s’inscrivant dans une approche durable et centrée sur l’enfant. Ces organisations sont souvent les partenaires fiables qui permettent aux initiatives nationales et locales que ce soit les actions du président ATT, de la Première Dame ou des acteurs communautaires de trouver un appui structurel et technique.

Médias et nouvelle génération : former, communiquer, agir

Aujourd’hui, les médias jouent un rôle central dans la promotion des droits de l’enfant, et le programme « Enfant et médias » de l’UNICEF a formé plusieurs générations de défenseurs des droits de l’enfant par les enfants. Ces jeunes leaders, parmi lesquels nous pouvons citer Aïssata Amadou boucoum, Awa mah camara , Sadya Touré, Néné Goita, Bassan dite Badiallo sow , Fatoumata Nimaga,et  d’autres encore , sont devenus des acteurs influents à travers le journalisme, les réseaux sociaux et la communication  Digitale. Leur formation a été révélatrice : elle a éveillé une conscience, insufflé une motivation et permis de découvrir la force de la parole pour promouvoir les droits des enfants. Les médias ne sont plus un simple relais d’informations, mais un vecteur de transformation sociale.

Un combat collectif et vivant

L’histoire des droits de l’enfant au Mali n’est pas seulement écrite sur des conventions ou des rapports officiels, elle se vit dans les actions concrètes de personnes, d’institutions et d’organisations. Des dirigeants politiques aux associations locales, des ONG internationales aux jeunes formés par « Enfant et Medias », tous participent à construire un Mali où chaque enfant a sa place et sa voix.

La protection de l’enfance n’est pas un slogan : elle est le fruit d’un engagement continu, de témoignages vivants, et d’actions qui transforment les promesses juridiques en réalités humaines et durables.

Aïssata Tindé (Enfant journaliste, Cité des enfants)