Par Aminata Dindi SISSOKO
Ségou, 22 déc (AMAP) La santé, dit-on, est la couronne du bien-portant que seuls les malades peuvent voir. Les patients sous dialyse ont fait leur ce proverbe qui, dès lors, prend tout son sens à l’Unité de dialyse de l’hôpital Nianankoro Fomba de Ségou (Centre).
Reliés aux machines dans la salle exigüe de l’unité dialyse, certains dorment à point, d’autres observent silencieusement leur environnement. Leur santé, désormais fragile, ils ressentent combien elle reste le bien le plus précieux.
F.N, allongée sur son lit de dialyse observe avec patience la machine qui filtre son sang. Elle n’a plus le choix : sans la dialyse, ses reins ne fonctionnent plus. L’adolescente de 16 ans et sa sœur cadette, 14 ans, viennent de Macina pour suivre les soins. Elles sont contraintes de faire cet exercice vital deux fois par semaine.
« C’est l’année dernière après la fête de Tabaski, que je suis tombée malade. Cela a trouvé que ma sœur cadette était déjà sous dialyse. Bien avant la maladie, j’avais abandonné l’école mais ma sœur, elle, a dû abandonner l’école à cause de la maladie », confie F.N, innocente.
Non loin d’elle, A. Koné relié à la machine par des tubulures garde une main immobilisée entourée de fils qui assurent la circulation du sang vers l’appareil. « La dialyse est indispensable pour nous maintenant. Sans quoi, on ne peut survivre en aucun cas », confie-t-il.
L’enseignant semble avoir le moral. L’épreuve de la maladie n’a, en rien, altéré la clarté de sa voix, son dynamisme ni son éloquence pédagogique. « Je fais la navette entre Koutiala et Ségou, deux fois dans la semaine, pour suivre mes séances de dialyse. C’est en avril 2023 que je les ai débutées à l’hôpital du point G, avant de faire le transfert vers Ségou », nous explique-t-il.
Koné, stoïque, assure que la séance de quatre heure, ne lui cause aucun désagrément. La joie, pour lui, est d’en bénéficier. Cependant, il déplore la disponibilité continu de kits. « Quand j’ai été transféré ici, l’ unité fonctionnait bien. Mais, au fil du temps, il y a eu des ruptures de kits. Nous avons dû payer certaines séances nous-mêmes », déplore-t-il.
Il ajoute que tout récemment, les dialysés ont bénéficié de trois séances gratuites. Toutefois ces kits sont désormais épuisés. « On attend une autre occasion. Sans cela nous serons obligés de quémander auprès des parents ou de bonne volonté. On n’a pas d’autres solutions. La dialyse, ce sont des charges lourdes », indique-t-il, en lançant un cri de cœur aux hautes autorités nationales pour leur prise en charge.
A côté de lui, M. Barry un résident de Fobogo ne va pas par le dos de la cuillère : « Sans la dialyse, c’est le calvaire. », dit-il. « C’est en décembre 2024 que j’ai été placé sous dialyse. Je ne pouvais marcher ni travailler. Sans les séances, je perds l’appétit, je suis incapable de boire, ou d’uriner. Je passe des nuits noires. Mes pieds et mes chevilles gonflent », a-t-il expliqué. Joignant sa voix à celle de Koné, il plaide pour une aide de l’Etat et des bonnes volontés. « La plupart d’entre nous ne travaille plus à cause de la maladie. C’est compliqué pour nous maintenant ». lance-t-il.
Outre les problèmes d’approvisionnement en kits, les patients sous dialyse de la Région de Ségou font face à de nombreuses difficultés : absence d’accompagnants, problème de logement, déplacements compliqués, achat de nourriture de la rue, manque de donneur de sang pour certains.

Le chef de Service néphrologie et hémodialyse de l’hôpital Nianankoro Fomba de Ségou, Jacques Coulibaly
La majorité souffre d’anémie chronique et peine à réaliser les bilans de routine, faute de moyen. Les patients nécessitant une fistule artério-veineuse (FAV) doivent être référés à Bamako pour bénéficier de cet acte médical, faute de chirurgien vasculaire sur place.
La dialyse est un traitement artificiel qui remplace la fonction des reins lorsqu’ils ne filtrent plus correctement le sang. Elle élimine les déchets et l’excès de liquide du corps. Conscient de son importance vitale, l’Etat, à travers le ministère de la Santé et du Développement social, consent, depuis quelques années, d’énormes efforts pour assurer la prise en charge. Dans cette dynamique l’Unité de dialyse de l’hôpital Nianankoro Fomba de Ségou a été inaugurée en décembre 2019, avec 5 générateurs, afin de rapprocher ces soins des patients de la région.
Les séances de dialyse ont débuté à Ségou avec 9 patients transférés de Bamako suivis de 3 nouveaux dialysés de Ségou soit un total de 12 patients dialysés en 2019. Du 1er janvier au 17 décembre 2025, 132 nouveaux dialysés ont été enregistrés dans la région. Leur prise en charge est assurée par deux médecins néphrologues, un infirmier spécialisé en néphrologie et un nombre insuffisant d’infirmiers. Présentement, sur les dix générateurs de dialyse fournis par le ministère de la Santé et du Développement social, avec l’appui de la Société du Pari mutuel urbain (PMU), huit sont fonctionnels.
Cependant, nous confie un agent, « cette unité n’a pas été construite à cet effet ». Exiguë, elle occupe l’ancien bloc opératoire contigu aux urgences et ne dispose pas de service d’hospitalisation pour les malades. Ce qui limite le confort des patients et du personnel.
Les problèmes d’approvisionnement en kits de dialyse, le nombre limité de personnel de bureaux, l’insuffisance de la subvention de l’État, le manque de formation continue du personnel restent les principaux défis. Malgré ces difficultés, le chef de Service néphrologie et hémodialyse de l’hôpital Nianankoro Fomba de Ségou, Jacques Coulibaly, confie que l’unité poursuit son activité et offre un accès vital à la dialyse pour les patients de la région.
Cependant, il sollicite la construction d’un centre de néphrologie et de dialyse avec hospitalisation « pour une meilleure prise en charge des patients ». « Le nombre de malade augmente de facon graduelle. Nous avons, en moyenne, 65 patients qui viennent de façon régulière. L’unité actuelle n’est pas adaptée pour les accueillir. La salle est restreinte », explique-t-il.
Pour prévenir l’insuffisance rénale, le néphrologue insiste sur l’importance de la sensibilisation et du dépistage précoce des maladies comme l’hypertension artérielle et le diabète, principales causes de cette pathologie. Pour le travail de terrain, il déplore le manque de néphrologue et de personnel qualifié. Toutefois, souligne-t- il, avec une bonne planification et un appui financier, le service peut aller vers les populations, notamment dans les zones agricoles où l’usage des pesticides est très répandu et d’où vient la majorité des patients.

Le néphrologue sollicite le renforcement de l’appui à l’unité de dialyse, notamment à travers la disponibilité régulière de kits de dialyse déterminant, tant pour la survie des patients que pour la qualité de la prise en charge. La maintenance régulière des générateurs et du système de traitement de l’eau, le renforcement en personnel, la formation continue font également partie de ses doléances.
De leur côté, les patients de la Région de Ségou, à travers l’Association des malades dialysés et insuffisants rénaux (AMDIR), créée le 17 février 2024, se mobilisent.
Dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, certains avaient lancé, il y a quelques semaines, un appel de détresse aux autorités et aux bonnes volontés, pour une aide en kits. Si ce cri a eu un écho et que les patients ont bénéficié gratuitement de kits, Issiaka Bengaly indique qu’il va leur falloir mettre la main à la poche, cette semaine, « car les stocks sont épuisés ». Face à cette situation, il sollicite, à nouveau, l’Etat afin qu’il assure la fourniture de kits permanemment.
De son côté, le Directeur général de l’hôpital Nianankoro Fomba, Cheick Tidiane Sylla, reconnait que l’Unité de dialyse est actuellement en difficulté d’approvisionnement en kits pour terminer l’année « à cause de contraintes financières. »
Il rappelle que la dialyse est totalement gratuite sur l’ensemble du territoire malien. Cependant, il peut arriver des ruptures de kits dues à des contraintes budgétaires, « ce qui impacte ponctuellement la gratuité des soins. »
Il ressort de ses explications que le budget alloué reste limité car le nombre de patients dialysés ne cesse de s’accroitre, d’année en année. Le premier responsable de l’hôpital sollicite la mise à disposition d’un local adapté et la mise en place d’un système de financement alternative permettant « d’assurer l’approvisionnement régulier en kits ». Il invite, l’association des patients « à être plus dynamique, à chercher des fonds pour soutenir les efforts de l’Etat. »
Pour rappel, un avant-projet détaillé de construction d’un centre de dialyse de 20 générateurs a déjà été élaboré. Le département chargé de la Santé est en quête de financement pour sa réalisation afin d’améliorer les conditions de prise en charge.
ADS/MD (AMAP)


