/, Actualité nationale, Actualité régionale, economie, features/Banane plantain : Un business florissant

Banane plantain : Un business florissant

Les commerçants importent ce fruit comestible de pays voisins, notamment la Côte d’Ivoire et la Guinée Conakry. Ils font recours à des «voyageurs» qui bravent les dangers pour les approvisionner

Par Kadiatou OUATTARA

Bamako, 24 nov (AMAP) Beaucoup de Maliens soutiennent que la banane plantain est une alimentation complémentaire dans notre pays. Parce que notre régime alimentaire de base repose sur les céréales (mil et riz entre autres), ils pensent que sa consommation régulière est exclusivement réservée aux familles nanties. En tout cas, le Malien moyen dont le portefeuille est pressuré par une conjoncture économique à nulle autre pareille ne peut se permettre d’en manger très souvent en famille, surtout élargie.

Ceux-ci qui font le commerce de la banane plantain se frottent, quand même, les mains. Ils importent ce fruit comestible de la Côte d’Ivoire  et de la Guinée Conakry, parfois avec de nombreux risques liés à la cueillette et au transport. Un tour au marché de Médine ou «Sougouni coura», nous avons rencontré deux points de vente de banane plantain. Ceux-ci sont tenus par les Groupements d’intérêt économique (GIE) «Sababougnouma» et «Benso Angola». Ces marchands reçoivent 5 à 10 chargements de camions en banane plantain, par jour.

Grossistes et détaillants s’y bousculent pour s’approvisionner. En notre présece, un client passe sa commande. «Yoro prépare moi deux cartons. Je voudrai acheter pour 15 000 Fcfa», invite-t-il ainsi, Soumaïla Diallo, alias Yoro, du GIE Benso Angola.

La cinquantaine, ce diplômé en droit, reconverti commerçant de banane plantain, officie dans ce domaine depuis 20 ans. Tous trois jours, il commande un camion en provenance de la Côte d’Ivoire. Il est livré au bout de trois à cinq jours de route. Une fois la cargaison sur place, il procède à un tri (enlevant les déchets), avant de proposer la marchandise à la clientèle. Il en vend plus souvent en gros entre 50 000 à 250 000 Fcfa aux revendeurs. Ceux-ci, aussi, vendent au détail entre 500 et 1 000 Fcfa le tas. Selon Soumaïla, « Il faut avoir des fournisseurs fiables parce que les échanges se font par téléphone pour passer les commandes ». Ensuite il faut louer un camion qui fera l’aller-retour entre le Mali et la Côte d’Ivoire pour apporter la marchandise. En termes de coût, le grossiste estime la location d’un camion à 1 million de Fcfa par voyage. Et il passe généralement une commande de 2 à 3 millions de Fcfa en fonction des fournisseurs.

AMENDE OU PRISON – Les sanctions infligées au Mali par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ont coïncidé avec la saison sèche (une saison morte dans le commerce de la banane plantain). Donc, pour lui, il est clair que l’embargo n’a pas eu d’impact. Il estime que pendant la saison sèche, qui dure 4 mois, ses partenaires vont dans la forêt classée (forêt interdite) cueillir la marchandise. Yoro explique que les commerçants choisissent des personnes appelées : «voyageurs» qui se rendent dans les champs de cacao dans les forêts classées.

Il s’empresse de préciser que le bon rendement de la culture du café est lié à la production de la banane plantain. «Dans ce contexte, l’achat se fait avec les producteurs de café, mais clandestinement», déclare-t-il.

Seydou Diallo est l’un de ces voyageurs, depuis deux ans. Il explique les risques encourus. « On se retrouve souvent en pleine forêt, sans réseau téléphonique, ni nourriture et eau potable. Nous sommes exposés à des morsures de reptiles géants. Il y a aussi le risque de passer à la trappe avec les agents des Eaux et Forêts».  Le voyageur ajoute que cette pratique frauduleuse peut coûter une forte amende ou la prison.

Ousmane Doumbo est vendeur de banane plantain à Faladié sur la rive droite du District de Bamako. Il explique évoluer, depuis une dizaine d’années, dans ce business qui lui permet d’exploiter de nombreuses opportunités. Il vit de son commerce qui lui a aussi permis de construire une maison.

« En fin d’année, il est difficile de trouver des camions du fait de leur sollicitation. Ce phénomène a un impact sur les frais de location », explique le commerçant. Il ajoute que les pannes de camions entrainent, aussi, des pertes considérables. Selon lui, la banane plantain est très difficile à conserver. Au-delà de cinq jours, elle peut pourrir.

Youssouf Sanogo est un chauffeur de camion qui réside à Sikasso. Il avale régulièrement les kilomètres qui séparent Sikasso (Sud) de la Côte d’Ivoire, depuis 30 ans. «Les grands commerçants de Bamako nous sollicitent très souvent par simple coup de fil pour leur approvisionnement», confie-t-il.

Pour le conducteur de camion, les multiples barrages et péages sont les premières contraintes sur le tronçon, les frais à payer sont nombreux et coûtent les yeux de la tête. A cela, s’ajoute l’état défectueux des routes. La hausse du prix du carburant est aussi une préoccupation commune de milliers d’acteurs qui interviennent dans le commerce de banane plantain.

KO/MD (AMAP)