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Berges du fleuve Niger : L’industrie du sable tourne à fond

il faut aussi compter avec les difficultés parce que c’est un travail ardu qui s’exerce parfois nuitamment

Par N’Famoro KEITA

Bamako, 16 nov (AMAP) Le quartier de Djicoroni para, en Commune IV, dans la capitale malienne, Bamako, abrite l’un des plus grands sites de vente de sable. Un marché s’est développé autour de l’exploitation de granulats avec plusieurs autres activités connexes génératrices de revenus.

Le sable est un matériau indispensable dans la construction d’infrastructures tels les routes, ponts et bâtiments, entre autres. Ce qui en fait un produit commercial très prisé. Son extraction et sa commercialisation sont, aujourd’hui, une industrie qui crée beaucoup d’emplois. Ici, on distingue plusieurs catégories de travailleurs. La première chaîne est composée de propriétaires de pirogues. Ceux-ci emploient directement des extracteurs de sable dans le fleuve ou louent leurs embarcations à des particuliers. Ces derniers, à leur tour, font travailler des extracteurs pour charger les pirogues de sable à des dizaines de kilomètres de la berge.

La chaîne est bien organisée. Chaque jour, un convoi de 20 voire 30 pirogues, attachées les unes aux autres, est propulsé par une seule pinasse à moteur. Celui-ci quitte le port d’attache pour le voyage à la recherche du sable. Le périple peut durer souvent des jours. A leur retour, on assiste à un spectacle d’embarcations chargées à ras bord, qui glissent en grappe vers le port. A quelques centaines de mètres, elles se détachent et arrivent en rang dispersé. Ce spectacle rythme le quotidien des acteurs et les riverains du «Tchin tchin danguan», le quai de sable de Djicoroni para.

Sur la berge, se trouvent les acteurs de l’autre maillon de la chaîne : les négociants de sable parmi lesquels l’on retrouve beaucoup de femmes qui y ont fait fortune et les intermédiaires ou «coxeurs» qui cherchent de potentiels clients pour les revendeurs.

On assiste à un ballet incessant de camions bennes qui assurent le transport du sable vers les clients. Ces véhicules sont chargés au rythme des cris de gaillards triés sur le volet, compte tenu de la rudesse de la tâche qui consiste à charger les véhicules à la pelle. Cette activité très lucrative a favorisé la création d’un marché où, on peut trouver sur place tout ce dont on a besoin. Des étals pour articles d’usage courant, aux gargotes, en passant par les vendeurs ambulants, tout y passe. On se croirait dans une fourmilière.

Yaya Keïta est propriétaire de deux pirogues. Ce qui lui permet « de gagner dignement » sa vie, confie-t-il. Il envoie régulièrement ses pirogues chercher du sable sur commande des clients. Il rémunère les déchargeurs à 15 000 Fcfa.

A quelques encablures, nous rencontrons Kanda Camara. Assis sur une chaise, à l’ombre d’un arbre, discutant avec ses collègues. Il nous parle de sa petite entreprise au port de sable. Il est propriétaire de trois pirogues et explique comment les choses se passent. «Nous donnons nos pirogues aux laptots (ouvriers chargeurs) qui partent extraire le sable à plusieurs kilomètres d’ici. A leur retour, je paie les miens à 15 000 Fcfa chacun, les dockers à 13 000 Fcfa et il revient à la pirogue à moteur 17 500 Fcfa de la part de tous les piroguiers associés à lui. Car, une seule pirogue à moteur peut tirer une vingtaine d’embarcations».

Selon le jeune homme, les bennes sont numérotées entre 7, 6, 5, 4 et 3, en fonction de leur contenance. Un chargement de pirogue équivaut à un chargement de benne de 7 ou 6 bombée (plus évasée). Kanda Camara dit vendre un chargement de benne 7 bombée (b7b) à 65 000 F cfa et non bombée à 50 000 Fcfa.

Il ajoute que les chauffeurs de benne peuvent vendre à leurs prix et selon les distances. Il explique aussi, que quand le prix du carburant augmente, les propriétaires des pirogues à moteur majorent aussitôt leurs prix.

Le jeune patron déplore, le tarissement progressif du fleuve. «Quand l’eau tarit, à partir du mois de janvier, les marchés ralentissent au port de Djicoroni para, car les pirogues cognent les rochers. Toute chose qui cause  des dégâts», regrette-t-il.

Kounadi Doumbia nous a accueilli. Maniant la pelle, aussi bien que les mots, elle nous lance : « Eh mon fils ! Ni ye ntori ye san fè, dugumala man nôgon a bolo », prosaïquement : « quand on voit le crapaud grimper, cela atteste des difficultés que le batracien éprouve plus bas. »

 

La sexagénaire est entourée d’autres femmes. Certaines remplissent les récipients de sable pour constituer un stock. Elle avoue évoluer dans cette activité depuis 20 ans. «Notre travail est de sortir le sable de l’eau pour constituer un stock qui est ensuite vendu par les chefs. Ce que nous gagnons par semaine est reparti entre les travailleuses et la caisse collective pour faire face aux taxes et autres problèmes sur le site». Selon Kounadi, ce gain oscille entre 15 000 à 20 000 Fcfa par semaine pour chacune d’entre elles. La brave femme exprime son regret de toujours exercer cette activité malgré son âge.

Moussa Diarra, marié et père de 5 enfants, y évolue depuis 25 ans et arrive à joindre les deux bouts. Il rappelle aussi que les difficultés rencontrées sont liées au ravitaillement en bois. Ces bois viennent de la Côte d’ivoire ou de la Guinée Conakry. « On les utilise pour souder les pirogues », explique le quadragénaire. Le prix d’une pirogue neuve peut atteindre un peu plus de 1,1 million de Fcfa selon la dimension.

Solomane Djiré est natif de Sinzani, dans la Région de Ségou (Centre). Marié et père de deux enfants, ce jeune laptot vient travailler pendant 6 à 7 mois, chaque année. Après il retourne au village auprès des siens. Selon lui, cette activité lui permet d’être indépendant, d’aider ses parents au village. Mais il reste conscient que c’est un travail pénible aussi sans oublier l’épuisement corporel et l’insomnie.

« Quand on quitte ici dans la journée, on arrive à destination souvent à des heurs indues. Nous remplissons nos pirogues en plongeant dans l’eau pour extraire le sable. C’est un travail de nuit, même en période de froid», explique-t-il, avant de préciser qu’en plus de tout cela, certains patrons ne payent pas convenablement leurs employés.

NK ?MD (AMA)