/, Actualité nationale, Actualité régionale, Agriculture, culture, features/Pêche collective dans le Mandé : Un grand rituel

Pêche collective dans le Mandé : Un grand rituel

L’événement mobilise toutes les tranches d’âges avec des outils de pêche modernes et rudimentaires

Par N’Famoro KEITA

Bamako, 14 juin (AMAP) Au Mandé, dans une zone située à cheval entre le Mali et la Guinée, la pêche collective est un rendez-vous immanquable. Elle mobilise toutes les tranches d’âge avec des outils de pêche modernes et rudimentaires. Certains pêcheurs sont munis de paniers (soussou) en manding, de harpons (massaka). D’autres se contentent simplement d’utiliser de vieux sacs de céréale vides, des baignoires voire des bidons. Tous y viennent dans l’espoir de réaliser une bonne pêche.

Au Mandé, tous les villages riverains du fleuve Niger  (ou presque) disposent d’un ou de plusieurs mares destinées à la pêche collective. À l’occasion, le village hôte invite les voisins à prendre part à ce rituel. Les invitations sont envoyées une semaine avant le grand jour déterminé en fonction des mares et des considérations locales. La pêche collective qui est profondément ancrée dans les pratiques est un vecteur de paix et de cohésion sociale entre les communautés. Elle est perçue comme ce facteur de renforcement de la paix et de la cohésion sociale entre les communautés. Cet événement mobilise toutes les tranches d’âge. 

GRANDE MOBILISATION – Nous sommes un lundi du mois d’avril. La Commune de Nouga (dans le Cercle de Kangaba), à environ 4 km du territoire guinéen, lance sa saison de pêche collective. Tôt le matin, les pêcheurs préparent les filets et autres pièges à jeter dans les eaux de la mare, située à près de 3km du village. Ils arrivent, en grand nombre, à pied, dans des charrettes à traction animale, mais aussi sur des motos et des vélos. Les sentiers menant à la mare grouillent de monde. C’est la grande mobilisation autour de cette activité de pêche. Tous sont prêts et attendent le coup d’envoi de ce rituel, parce que tant que les autorités coutumières ne donnent pas le top départ, personne n’a le droit de pêcher dans la mare. 

En attendant, les pêcheurs amassés autour de la mare, affutent leurs outils. Quelques instants après, le clap de départ est donné. On entend des cris de joie : «an ka ta», on y va, en français.

Sur ces entrefaites, on aperçoit une personne se dirigeant avec son filet au milieu de l’eau, c’est le libérateur du jour. Il plonge son filet dans l’eau, et tout d’un coup la mare est envahie par de nombreux pécheurs. Chacun y va de sa «science» de la pêche pour avoir une bonne collecte. Dans un brouhaha général, on se bouscule et s’invective parfois. Certains lancent des «i bô n’a jô kônô», prosaïquement retire toi de mon périmètre. À ce stade, la panique s’empare de la faune aquatique qui s’y trouve, car au-delà du poisson, il y a d’autres espèces qui y vivent.

GROS SILURE – Quand un gros poisson est pris dans les mailles d’un filet, dans un piège, on s’extasie. Mme Hawa Magassouba, la trentenaire, trébuche dans l’eau et aperçoit un gros silure dans les mailles de son filet de pêche. Elle appelle à l’aide pour ne pas perdre cette grosse prise. 

Avec l’aide d’autres pêcheurs, elle arrive facilement à extirper le poisson des mailles de son filet. Elle se réjouit de sa moisson et explique avoir l’intention de préparer un repas copieux pour son époux avec ce gros silure. Daouda Keïta est aussi heureux de sa collecte du jour. «Cette moisson va permettre au moins d’améliorer un petit temps l’ordinaire», explique-t-il à qui veut l’entendre, avec une pointe de bonne humeur.

Par contre, Adama Keïta avait toutes les raisons d’être triste avec une collecte désastreuse. Il prend les choses avec philosophie et explique que ce n’est pas forcement à toutes occasions qu’on réalise une bonne pêche.

D’autres pêchent avec des harpons. Ceux-ci collectent généralement les plus gros poissons tandis que d’autres se retrouvent avec du menu fretin.

Après quelques heures de pêche, la fatigue se fera sentir chez beaucoup de pêcheurs. Ils retournent heureux pour la plupart avec des collectes intéressantes. 

La pêche collective au Mandé est un événement périodique qui se tient, en général, au mois d’avril et peut s’étendre jusqu’au mois de juin. 

NK/MD (AMAP) 

Legde : L’événement mobilise toutes les tranches d’âges 

avec des outils de pêche modernes et rudimentaires

Djenné : RESTAURER LA COHÉSION ENTRE ÉLEVEURS ET AGRICULTEURS  

Pour restaurer la cohésion sociale entre les communautés d’éleveurs et d’agriculteurs du Cercle de Djenné au centre du Mali, un projet intégré de gestion du pastoralisme y a été lancé en septembre 2021. Son objectif est de contribuer de façon significative à la stabilité de cette zone par la construction d’infrastructures pastorales et l’aménagement de parcours pastoraux au profit de près de 36 000 ménages. 

La Minusma a investi près de 495 millions de Fcfa grâce à une contribution du Royaume-uni au Fonds fiduciaire pour la paix et la sécurité.

La zone ciblée comprend plusieurs communes du Cercle de Djenné. Elles ont été identifiées de manière participative et inclusive, avec le consentement des autorités et des communautés locales. Parmi les activités spécifiques du projet, figurent la cartographie, la démarcation et la réhabilitation de 225 kilomètres de pistes et d’infrastructures pastorales, la construction de trois forages, la distribution de 700 kilogrammes de semences fourragères, la régénération d’un espace pastoral de 70 hectares, la production de cartes pastorales et l’établissement de mécanismes de gestion de pistes pastorales et des infrastructures.

Le projet prévoit également une série de séances publiques et de campagnes radiophoniques d’information sur le fonctionnement des Commissions foncières (CoFo) et la résolution des conflits. En 2021, à travers un projet séparé, la MINUSMA avait facilité l’établissement et la revitalisation des CoFo dans les 12 communes et 145 villages du Cercle de Djenné. Trois axes principaux de chemins de transhumance, appelés localement « bourtol », avaient été identifiés, et depuis le début du projet, 75 km de pistes pastorales ont été délimités, le forage de trois puits pastoraux a commencé et des campagnes de sensibilisation ont été menées dans 10 villages. Dans ces localités, des comités de gestion des projets ont également été mis en place. Ils ont facilité les discussions avec les agriculteurs, en particulier ceux qui ont empiété sur les pistes pastorales et avec les chasseurs traditionnels Dozo.

L’ensemencement de 70 hectares de zones pastorales avait été prévu pour la saison des pluies, de juillet à septembre 2022. Jens Kristensen du Bureau régional de la Minusma à Mopti, souligne que «les zones pastorales sont connues pour être conflictuelles. Ceci nous a incité à participer activement à ce projet pour promouvoir la gestion pacifique des espaces communs et adopter des modes de gestion des conflits liés à la transhumance dans les zones humides du delta intérieur du fleuve Niger dites « inondées » et celles arides appelées « zones exondées » ici dans le Centre. Au-delà de son objectif premier qui est la paix, cette initiative a permis d’aider les communautés à bénéficier d’emplois temporaires.

Participatif et inclusif de sa conception à sa mise en œuvre, le projet met à contribution toute la communauté, les notables, les femmes, les autorités locales et les jeunes. Cependant, sa mise en œuvre a parfois été retardée par des problèmes de sécurité liés à la présence d’éléments armés radicaux. Ceux-ci se sont opposés au projet, qu’ils considèrent comme un moyen pour l’État d’affirmer son contrôle sur les zones rurales. 

Cependant, les maîtres d’œuvre du projet ont réussi à accéder à la plupart des villages. Cela a permis de ressusciter les anciens chemins de transhumance et de persuader les agriculteurs, les éleveurs, les propriétaires fonciers et les communautés des avantages du projet. Ce succès est dû à une approche transparente et à des consultations intensives qui ont conduit à l’engagement des populations locales bénéficiaires sur les activités à mener. D’autres obstacles sont culturels ou économiques. Certains villages n’ont initialement pas adhéré au projet car les habitants et les chasseurs traditionnels Dozo de ces communautés étaient opposés au retour des bergers peuhls dans leurs localités. Cependant, après de nouvelles consultations, ils ont fini par accepter la démarcation établie entre les champs et les couloirs de transhumance. 

Dans un autre village, la communauté a d’abord refusé la démarcation par crainte de perdre des zones nouvellement irriguées sur des terres cultivées empiétant sur les pistes pastorales. Après discussions, les parties ont finalement accepté de modifier le tracé de la piste pour contourner le village et éviter tout nouveau grief ou conflit. Ce sont les Équipes régionales d’appui à la réconciliation (ERAR) et les Comités communaux de réconciliation (CCR) qui ont facilité ces dialogues et négociations.    

 Source : Minusma

Bankass : Un soutien bienvenu pour les déplacés de Diallassagou

Le préfet du Cercle de Bankass, le colonel Aly Sidibé, a procédé, lundi dernier, à la remise officielle de 7,5 tonnes de riz aux 75 ménages déplacés de Diallassagou. Cet appui provient de l’Association les amis du Mali en Espagne, représentée au Mali par l’abbé Abel kassogué. Il vise à soulager la souffrance de la population de Diallassagou. 

Le préfet du Cercle de Bankass a apprécié cette initiative, avant de témoigner de sa gratitude à l’Association . Cet appui salutaire intervient après le massacre perpétré, mi-juin 2022, dans cette localité par des groupes armés terroristes. Le bilan macabre est de 132 morts. Des individus lourdement armés ont attaqué les localités de Diallassagou, Dianweli et Deguessagou où ils ont tué des hommes, des femmes, des enfants. Ils ont incendié des habitations et emporté de nombreux biens. Le gouvernement, dans un communiqué, avait identifié les assaillants comme étant des combattants de la Katiba du Macina d’ Amadou Kouffa. Après la tuerie, la riposte de l’armée a permis de mettre hors d’état de nuire de nombreux auteurs de ce crime abominable.

Apporter de l’aide à des populations si éprouvées par l’insécurité est un geste de solidarité que les autorités locales ont apprécié à sa juste valeur au nom des bénéficiaires.

Abdoul Kader GUINDO

Amap-Bankass