Mopti, 18 octobre (AMAP) Au Mali, la pêche constitue un sous secteur clé de l’économie nationale avec une contribution au PIB estimée à 4,2% selon les statistiques. Zone de production halieutique par excellence, la région de Mopti joue un rôle de 1er plan pour répondre aux enjeux socio-économiques, de sécurité alimentaire, d’emploi et de production des poissons à haute valeur ajoutée.

Dans cet important secteur levier de croissance économique, les femmes sont des actrices incontournables dans le delta du Niger (Mopti). Elles interviennent dans tous les maillons de la chaîne de la capture jusque dans l’assiette du consommateur en passant par la transformation et la commercialisation. Pour mettre en lumière le rôle crucial et le travail de ces femmes battantes, nous avons approché, Salimata Bagayoko, responsable de la société coopérative « Lahidou » des femmes transformatrices et mareyeuses de la Digue de Mopti.

Née en 1973 à Mopti, Mme Salimata Bagayoko est une néo alphabète qui a très tôt embrassé, à côté de sa mère le travail de mareyeur. Marié, mère de 6 enfants dont 3 filles, Salimata avec un parcours exceptionnel dans le secteur de la pêche est promotrice de la société coopérative « Lahidou » qui fait la défense des intérêts des transformatrices de poisson son credo. Au-delà , selon elle les motivations de la création de cette organisation sont aussi la recherche de l’amélioration des conditions de travail et de vie des femmes dans la filière pêche à travers la mise en lumière du rôle et le travail de la femme peu connu et la recherche de solutions aux défis du secteur.

Parlant du rôle des femmes dans la filière pêche, la sexagénaire souligne que l’essentiel des activités tournent autour d’elles. Certaines, selon Salimata  interviennent dans la production en finançant l’achat d’équipements de pêche(pirogues et filets) au profit des pêcheurs migrants dont elles bénéficient du monopole d’achat et de revendre de toutes leurs captures. Les activités de post-capture, transformation, conservation et commercialisation reposent essentiellement sur les femmes. Elles achètent le poisson frais avec les pêcheurs sur les berges ou dans les débarcadères pour le revendre sur les marchés locaux et vers les grands centres urbains (Bamako, Sikasso, Koutiala) et au-delà souvent des frontières notamment au Burkina-Faso. Le surplus ou les espèces spécifiques comme le silure et le tilapia sont en grande partie transformés par le fumage ou le séchage.

Apport du secteur dans la création d’emploi et de richesse.

Pour Salimata Bagayoko, les femmes transformatrices et mareyeuses de la filière pêche sont des piliers de la famille, de l’économie et de la sécurité alimentaire. Avec nos activités, nous intervenons dans les dépenses familiales (nourriture , l’éducation de nos enfants, la santé) et autres besoins. Autour de nos petites entreprises vivent beaucoup de personnes auxquelles nous donnons  du travail et de l’emploi entre autres, les jeunes saisonniers, les transporteurs terrestres et fluviaux, les producteurs de glace. En plus des quatre employés permanent dont trois femmes pour la trie et un jeune chargé de la collecte et le transport du poisson entre les points de débarquement des pirogues et de glace , Salimata reçoit chaque jour trois autres dames d’appui qui, en retour bénéficient de poisson pour leur sauce et la somme de 1000 F par jour et par personne. Dans ce travail comme bon nombre de mes camarades, nous tirons profit de nos activités. Ce qui nous permet d’honorer nos engagements vis-à-vis des pêcheurs, de nos employés  et faire face à nos charges familiales. Toutes choses qui permettent à Salimata de dire que le secteur nourrit son homme.

Les difficultés rencontrées 

Après avoir salué les efforts louables déployés par les pouvoirs publics et leurs partenaires pour structurer et accompagner les intervenants dans la filière à travers la réalisation d’infrastructures adaptées des défis demeurent à en croire Mme Bagayoko. Selon elle, les contraintes sont l’accès au crédit, l’insuffisance des équipements de conservation modernes (chaîne de froid/glace) et des structures de stockage adéquates. La baisse de la production halieutique, la crise énergétique, la hausse des coûts ou la raréfaction du bois de chauffe pour le fumage sont aussi des défis qui affectent l’environnement de la pêche a-t-elle ajouté.

Au regard du rôle essentielle des produits de pêche dans la sécurité alimentaire, la création d’emploi et aussi la conservation de la biodiversité dans les zones de production comme la région de Mopti, la filière poisson doit être au cœur de toutes les politiques de développement avec une prise en compte optimale du rôle prépondérant des femmes dans le processus, a conclu Salimata Bagayoko.

DC/KM (AMAP)

 

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