Bamako, 10 octobre (AMAP) L’ Agence Nationale de Presse du Mali, en cette année dédiée à la Culture et à l’Education, s’intéresse aujourd’hui à Almaimoune Alhoudourou de Bourem, un éducateur émérite, avec le sens élevé du devoir
Dans le monde de l’éducation et de l’enseignement, il y a des hommes qui ont dédié leur existence à encadrer des générations d’enfants à travers le pays. Almaimoune Alhoudourou était de ceux -là , qui ont choisi le métier d’enseignant par amour et l’ont exercé avec rigueur et le sens du devoir.
Les prémices d’une vocation d’élite
Né vers 1947 à Bourem, dans la région de Gao, l’enfant de Dakana a fait ses premiers pas à l’école Bourem II dans les années 50. Brillant élève, il rejoignit le prestigieux Collège Askia Mohamed de Bamako au bénéfice d’une bourse en lettres classiques, peu après l’accession du Mali à l’indépendance en 1960.
L’obtention du BEPC lui ouvre alors les portes d’une vocation et d’une passion à l’enseignement. Loin d’être la voie la plus facile, il s’agissait à l’époque d’un métier prisé et privilégié, au regard de la qualité pédagogique des enseignements vantée encore aujourd’hui.
Après un parcours scolaire exceptionnel, le jeune diplômé est engagé dans l’enseignement pour faire partie des premiers instituteurs post-indépendance. Il devient alors l’un de ces relais indispensables et incontournables du nouvel Etat en construction, chargé de former les futurs cadres de la Nation.
L’itinéraire d’un instituteur émérite
L’histoire commence à Koutiala, où il fait ses premiers pas en tant qu’instituteur. Mais la nostalgie de son Bourem natal le gagne très vite. A la fin des années 60, il décida de se mettre au service de sa communauté qui l’a vu naître. D’abord à Bourem Djindo, où il forma plusieurs enfants, avant d’être muté dans le cercle d’Ansongo, à Boya, puis à Seyna, Bazi Haoussa et ensuite Talataye.
Partout où il passe, il laissa des traces indélébiles en formant une nouvelle génération de jeunes cadres qui, jusqu’à sa mort, lui ont reconnu tous ses bienfaits.
Toujours animé par le désir de contribuer à l’alphabétisation des siens, il décide de retourner au bercail à la fin des années 70 avec une expérience avérée comme directeur d’école et instituteur. Il prend la direction de l’école de Gangano qui venait d’ouvrir ses portes, avant d’être muté à Bourem IV, à quelques pas du cocon familial.
Ensuite Directeur d’école à Bourem III puis à Bourem II, il marqua son temps par la rigueur et le don de soi pour former une nouvelle génération de jeunes cadres à Bourem.
Loin d’être sa seule action louable, il obligea beaucoup de jeunes, sans aucune intention d’aller à l’école ou en total processus d’abandon scolaire à reprendre le chemin de l’école. Résultat : beaucoup de ces jeunes devenus aujourd’hui leaders, enseignants, humanitaires s’en réclament.
Pour réussir à maintenir ses enfants à l’école, parce qu’il les considérait comme ses propres enfants, tous les moyens étaient bons. C’est l’homme que personne ne veut croiser dans la rue pour éviter les sanctions le lendemain. C’est l’homme aussi qui sait partager et donner pour recevoir. Les exercices sont corrigés avec à la clé des récompenses alimentaires (des dattes en priorité) et l’application de techniques d’apprentissage de co-construction sociale. Connaissait-il Vygotski avec son socioconstructivisme ou l’école Montessori et son approche centrée sur l’enfant à l’époque, ou appliquait-il ces approches pédagogiques intuitivement ? Lui seul aurait pu répondre.
De l’enseignement à la politique, le parcours sobre d’un homme de devoir
Du couloir de la didactique et de la pédagogie à la palissade de la politique, Almaimoune Alhoudourou fait partie des fidèles et loyaux de l’US- RDA. Fidélité qu’il a entretenue jusqu’à l’avènement du multipartisme avec la section locale de l’US-RDA qu’il dirigea à Bourem.
De chef de section à conseiller municipal, il est devenu premier adjoint au maire en 2010, cinq ans après avoir définitivement déposé la craie. Après cette expérience politique, il décida d’y mettre fin pour s’occuper exclusivement de ses activités socio-économiques. Notamment ses champs et jardins qu’il cultivait avec fierté, comme pour inspirer les jeunes à aller vers l’agriculture pour vivre dignement des fruits de leurs labeurs.
Almaimoune Alhoudourou est décédé en 2019 dans son Bourem natal, près des siens, après une carrière professionnelle et une vie sociale exemplaires.
Il laisse derrière lui une épouse et sept enfants, dont deux garçons, devenus enseignants-chercheurs à son image, comme pour perpétuer son héritage.
Ceux qui l’ont pratiqué gardent encore le souvenir d’un enseignant par vocation, d’un père disponible, d’un homme hospitalier et d’un fervent musulman. L’enseignant à la retraite Abdourahamane Kalilou dit Papa Konipo garde le souvenir d’un homme qui a suivi une très bonne formation, qui était respecté pour ses valeurs intellectuelles et qui aimait profondément le Mali qu’il a servi avec dévouement et intégrité.
Quant à son ancien élève Mahamadou Yana, il témoigne en ces termes : « Almaimoune Alhoudourou était un grand paysan qui travaillait beaucoup les champs, les jardins depuis 1986. C’était un homme tolérant et solidaire qui a pu réunir toutes sortes de personnes dans sa famille : Kel Tamasheq, Sonrhaï, Sorkos, Bambaras, etc. »
Aujourd’hui encore, le nom d’Almaimoune Alhoudourou est cité parmi les grandes figures de l’éducation dont le parcours empreint d’exemplarité et de sacrifice doit servir de référence pour les générations actuelles et futures.
MLHD/KM (AMAP)

