Bamako, 4 octobre (AMAP) Il est environ 9 heures, ce dimanche 4 octobre 2026, au petit marché de la pastèque de Yirimadio, en Commune VI du district de Bamako. Dès les premières heures de la matinée, l’endroit est déjà animé. Des camions et tricycles, chargés de pastèques arrivent et repartent, tandis que grossistes, détaillants et vendeurs ambulants se disputent les clients. Dans les allées, les fruits aux formes et aux calibres variés s’entassent à même le sol.
Ici, chacun cherche à tirer son épingle du jeu. Les grossistes négocient avec les producteurs, les détaillants choisissent les fruits destinés à leurs étals et les petits vendeurs chargent leurs pousse-pousse pour sillonner les quartiers de la capitale.
Très prisée par une grande partie de la population, particulièrement en période de chaleur, la pastèque est aujourd’hui présente dans plusieurs marchés et quartiers de Bamako. Derrière ce commerce, se trouve toute une chaîne d’acteurs, des producteurs aux vendeurs ambulants, en passant par les transporteurs et les grossistes.
Une culture confrontée au manque de pluie et aux difficultés d’accès aux intrants
Producteur et grossiste de pastèques, Makan Traoré connaît bien les réalités de cette activité. Selon lui, la rareté des pluies constitue l’une des principales difficultés rencontrées cette année par les producteurs, à laquelle s’ajoutent les problèmes d’accès aux intrants agricoles.
« Cette année, la première difficulté rencontrée dans la culture de la pastèque, c’est la rareté des pluies. Ensuite, il y a les problèmes liés à l’acquisition des intrants. Sans les engrais chimiques, ce fruit ne peut pas bien se développer », explique-t-il.
Le producteur indique que le prix des engrais représente une charge importante pour les exploitants. « Nous avons payé le sac d’engrais à plus de 35 000 FCFA, voire davantage », précise-t-il.
Pour Makan Traoré, la culture de la pastèque contribue de manière importante aux revenus des producteurs et à l’économie locale. Il estime que, dans certaines zones, cette activité procure des revenus qui poussent des agriculteurs à délaisser progressivement certaines cultures traditionnelles.
« Ce que la culture de la pastèque apporte, beaucoup de spéculation ne l’apportent pas de nos jours dans certaines localités du pays et sa production est plus simple. Nous avons introduit sa culture chez d’autres paysans qui, aujourd’hui, souhaitent abandonner certaines cultures qu’ils pratiquaient auparavant », souligne-t-il.
Des pertes importantes après la récolte
Si la production de la pastèque constitue une source de revenus pour de nombreux acteurs, sa commercialisation reste confrontée à un problème majeur à savoir la conservation du fruit.
Une partie importante de la production se détériore avant même d’atteindre les consommateurs. À Yirimadio, certaines pastèques restent plusieurs heures, voire plusieurs jours, exposées au soleil, dans des conditions peu favorables à leur conservation.
Makan Traoré déplore notamment les difficultés de transport depuis les zones de production. « Elle est cultivée dans des zones où l’acheminement est difficile. Les conditions sont compliquées pour l’acheminer jusqu’à Bamako. C’est ce qui explique parfois la cherté du produit », fait-il savoir.
Favoriser la transformation du fruit
Pour réduire les pertes et mieux valoriser la production, il appelle les pouvoirs publics à favoriser la transformation du fruit. « L’État doit mettre en place une usine de transformation pour encourager les producteurs de pastèque », propose-t-il.
Cette question de la conservation préoccupe également Aboubacar Doumbia, grossiste en pastèques depuis plus de trente ans. Il constate que le produit, autrefois principalement acheminé de Ségou, provient désormais de plusieurs localités du pays.
« Au début, il y avait beaucoup de difficultés, mais actuellement les choses s’améliorent. Aujourd’hui, la pastèque provient de presque toutes les localités du pays. Avant, elle venait surtout de Ségou », explique-t-il.
Variation des prix et souvent des pertes considérables
Sur le marché de Yirimadio, les prix de gros varient actuellement, selon le calibre et la qualité, entre 850, 1 250 et 1 500 FCFA.
Mais derrière ces transactions, les pertes sont parfois considérables. « Même ce matin, nous avons déchargé un petit camion dans lequel il y avait plus de trois chargements de moto-tricycles de pastèques devenues inconsommables. On perd beaucoup de pastèques », regrette le grossiste.
Ces pertes ont des conséquences directes sur les revenus des commerçants. Les fruits abîmés ou pourris doivent être retirés de la vente, alors que leur achat, leur transport et leur manutention ont déjà été payés.
Le transport, un autre facteur de la hausse des prix
Pour Yacouba Wari, producteur de pastèques à Baraouli, les difficultés ne s’arrêtent pas à la conservation. La commercialisation est également devenue plus compliquée.
« J’apporte de la pastèque à Bamako, mais actuellement, il y a des difficultés dans la vente. Nous sommes parfois obligés de vendre à des prix très bas, qui ne nous permettent pas de réaliser suffisamment de bénéfices », explique-t-il.
Le producteur met également en cause l’augmentation du coût du transport. « Avant, un camion de dix tonnes faisait le voyage pour 100 000 à 150 000 FCFA. Aujourd’hui, le même camion coûte entre 400 000 et 500 000 FCFA. Cela a forcément un impact sur le prix payé par les consommateurs », affirme-t-il.
Ainsi, entre le coût des intrants, le transport, les pertes liées à la conservation et les difficultés de commercialisation, le prix final de la pastèque est soumis à plusieurs facteurs.
Des détaillants qui tentent de préserver leur marge
Au bout de la chaîne, les détaillants doivent également composer avec ces contraintes. Assitan Sacko, vendeuse de pastèques depuis plus de vingt ans, quitte quotidiennement Sugunicoura pour venir s’approvisionner au marché de Yirimadio.
« Nous sommes des détaillants. Sur chaque pastèque, nous gagnons environ 250 FCFA. Lorsque nous achetons une pastèque à 1 250 FCFA, nous la revendons à 1 500 FCFA », explique-t-elle.
À cette marge s’ajoutent les frais de transport. « Le transport de Yirimadio à Sugunicoura nous coûte 50 FCFA », précise la commerçante.
Le pousse-pousse, dernier maillon de la chaîne
Dans les quartiers de Bamako, la pastèque arrive ensuite au consommateur grâce à une multitude de petits vendeurs ambulants.
Yacouba Traoré, originaire de la région de Ségou, s’est lancé dans cette activité après avoir connu des difficultés dans le commerce des boucles d’oreilles. Depuis deux ans, il sillonne les quartiers avec son pousse-pousse chargé de pastèques.
« J’ai débuté ce commerce, il y a juste deux ans. Je peux dire que c’est une activité rentable. Par jour, je peux vendre plus de 35 000 FCFA », témoigne-t-il.
Au fil des heures, le petit marché de Yirimadio continue de vivre au rythme des arrivages et des négociations. Sous le soleil, les vendeurs invitent les clients, les pousse-pousseurs qui se frayent un chemin entre les étals et les tricycles, pour charger les fruits destinés aux différents quartiers de la capitale.
Derrière cette animation se cache cependant une réalité moins visible : celle des producteurs et commerçants qui doivent limiter les pertes d’un fruit fragile, tout en faisant face à la hausse des coûts de production et de transport. Pour les acteurs de la filière, l’amélioration des conditions de transport, de stockage et de transformation pourrait permettre de mieux valoriser la production de pastèques au Mali.
MMD/KM (AMAP)

