Gao, 17 août (AMAP) L’Adjudant-chef, Salihou Mahamadou Maiga dit Salihou Ario est né en 1930 à Gao. Il entama ses études primaires à l’école des blancs à Gao en 1942. Et abandonna l’école en classe de 6ème année pour se rendre au Niger où il a obtenu un concours pour devenir aide comptable à Niamey de 1949 à 1950 à l’économie française de l’Afrique de l’ouest. Puis en 1951il est appelé à l’âge de 18 ans pour s’intégrer à l’armée coloniale au Niger.
Formation et parcours
Après une formation de trois ans, il est réengagé à l’armée française. De 1952 à 1955, Salihou Mahamadou Maiga est affecté à Gao comme soldat de 2ème classe. De 1955 de Gao, il est allé à Dakar tout comme les soldats français et ceux du Soudan français ou de la Haute Volta pour participer à un concours de Certificat d’attitude technique (CAT1) pour l’obtention d’un brevet européen.
1958, suspension de toutes les formations militaires au Soudan français et en Haute Volta par De Gaulle
En juillet 1958, malheureusement, tous ceux qui devraient faire le CAT2 ne l’avaient pas fait suite à la suspension de toutes les formations militaires (Soudan français et la Haute Volta) par le Général De Gaulle. C’est à partir de Dakar qu’il s’en va en Algérie pour la formation en CAT2 alors que dans ce pays ne possédèrent pas encore des formateurs spécialisés dans les modules du CAT2 pour devenir sergent africain. Et passa 24 mois en Algérie mais avec la création de la fédération sénégalo-malienne en juillet 1960, il retourna au Mali. Ainsi, le colonisateur demanda des volontaires pour servir à l’armée de la fédération pour avoir la pension française à condition que ceux-ci auraient passé 11 ans de service militaire à l’armée française.
Le patriote Salihou Mahamadou Maiga choisit de quitter l’armée de la fédération pour servir son pays
Le patriote Salihou Mahamadou Maiga choisit de quitter l’armée de la fédération pour servir son pays alors qu’il avait 9 ans de services militaires à l’armée coloniale d’où il a obtenu le grade de sergent. Ainsi, après deux mois, la fédération éclata, le 1 août 1960 en même temps tous les étrangers ont quitté le Soudan-français. « Ainsi, à leur départ, ils avaient voulu rentrer avec leurs équipements militaires et nous militaires maliens avaient été interposés pour que les équipements des militaires français (véhicules, armes et minutions) soient à notre disposition. Et nous avions pu avoir quelques véhicules, des armes et des minutions », a-t-il affirmé. L’armée coloniale quitta toutes les bases exceptée celle de Tessalit et lui faisait partie des militaires maliens envoyés à la base de Tessalit. Par ailleurs, le dernier français a quitté le Mali le 20 janvier 1960. De Tessalit, il sera affecté à Gao pour une relève de Tombouctou et Ségou.
Les premières attaques de la rébellion de Kidal éclatèrent au mois de novembre 1963 dont les assaillants ont enlevé plus de 200 dromadaires de la Compagnie méhariste commandée par le lieutenant Abdramane Maiga. Lui et certains de ses camarades d’armes étaient au cinéma lorsqu’un soldat passa un message demandant à tous les porteurs d’uniformes de regagner la caserne. « A l’époque nous étions au nombre de 25 dont seulement 22 militaires seraient présents au camp avec 5 véhicules pick-up. Ainsi, nous avons été envoyés à Kidal en renfort pour 15 jours, mais nous avons passé 3 ans à Boureissa dans la localité de Kidal. Malheureusement, nous n’avions pas retrouvé les dromadaires. Parce qu’à l’époque la famine touchait beaucoup l’Algérie de telle sorte qu’un seul dromadaire se monnaya contre un fusil carabine et 100 cartouches.
Mécanicien Spécialiste des chars et BRDM
Il séjourna à Kidal 1963 à 1965 puis il est affecté à Ségou de 1966 à 1968, l’année à laquelle le Mali venait d’acquérir des chars et des Boyevaya Razvedyvatelnaya Dozornaya Mashina (BRDM) venant de la Russie. C’était la première fois que ces engins de combat blindés légers à roues apparaissaient en Afrique. Salihou Mahamane Maiga fait partie de l’un des premiers spécialistes mécaniciens des chars et des BRDM. En 1974, le sergent Salihou Mahamane Maiga est à l’escadron blindé comme spécialiste et mécanicien des BRDM et des chars de combat. Son commandant de compagnie était le lieutenant Lamine Diabira.
Affectés en 1978, à bord des engins BRDM à Tombouctou et en arrivant sur le quai de Kabara, ils ont (lui, Tiécoro, Kissima) le fleuve à la nage avec les BRDM. C’était un jour inoubliable pour les populations de la ville de 333 Saints. Il participa à la guerre d’Alger. Souvent, lui et ses camarades menèrent des troupes dans les localités de Sidi Elmoctar jusqu’à Boureyssa.
Un rapport adressé au président de la République sur les mauvaises conditions des détenus
Il avait été transitaire du vol militaire dans les années 1980. De 1979 à 1981, le sergent Salihou Mahamane Maiga a été le chef centre de la prison de Taoudéni et avant de prendre congé de la maison des pensionnaires, il rédigea un rapport sur la mauvaise condition des détenus, le manque des médicaments, des vivres, le nombre pléthorique des pensionnaires dans la prison, l’habillement non convenable pendant la saison froide qui s’élevait à 0° et les travaux forcés sur le lieu d’extraire du sel gemme entre autres. « Alors qu’une citation de la prison dira que la vie ou la mort des prisonniers dépendra de toi ».
Ce rapport arriva dans le bureau du chef d’Etat-major des armées qui était Koké Dembélé et du président de la République, ministre de la défense et des anciens combattants, le Général Moussa Traoré entré en possession du rapport, en premier parce que suite à la visite d’un convoi d’un prince Saoudien sur le site d’extraction du sel gemme sans autorisation que le chef centre de la prison de Taoudéni, Salihou Mahamadou Maiga pensa que c’était des assaillants qui venaient attaquer la prison. Mais c’était le contraire et il envoya un message à l’Etat-major qui ordonna prendre soins des hôtes.
Lettre de félicitation du président de la République
Dès lors, le Général Moussa Traoré demanda à ce que tous les messages venant de Taoudéni lui parviennent directement. Voilà comment, il entra en possession du rapport avant le chef d’Etat-major. Mais avant la réaction du Général Moussa Traoré, tous les officiers avaient la peur au ventre sauf Koké Dembélé qui lui avait donné raison. Sur un coup de fil téléphonique venant du Chef d’Etat-major, à mon Commandant de Compagnie, le Lieutenant, Lamine Diabira, le sergent Salihou Maiga se précipita pour répondre car il séjourna à Kati pour une formation. Arrivée dans le bureau du chef d’Etat-major des Armées, Koké Dembélé, il rendra les honneurs puis celui-ci, lui remettant une lettre de félicitation du président Moussa Traoré que le Général ordonna au chef d’Etat-major de la faire lire dans toutes les garnisons.
Il passa 25 ans de services dans l’armée avant de faire valoir son droit à la retraite en 1984 au grade d’Adjudant- chef. Après sa retraite, sur proposition de son camarade d’arme, ancien gouverneur de la région de Gao, Souleymane Daffé, il occupa le poste du président du Comité régional de la croix rouge malienne de Gao de 1994 à 2025 puis secrétaire général des anciens combattants et président des anciens combattants de Gao.
Distinctions
Le sergent, Salihou Mahamane Maiga a reçu trois médailles : la médaille militaire pour actions de bravoure ; la médaille de mérite national pour son rapport de Taoudéni et la médaille de guerre d’Algérie.
Malgré son âge, il a encore ses esprits. Ainsi avec un sourire aux lèvres, le sergent, Salihou Mahamane Maiga qui avait le choix entre la pension française et le patriotisme dira que « nous avons perdu tout ce que nous avons obtenu comme avantages à l’armée coloniale pour choisir le patriotisme ».
AT/KM (AMAP)

