Bamako, 29 juillet 2026 (AMAP)  Le premier panel de la 4è édition de la Semaine du Numérique a porté sur la thématique : « Les infrastructures numériques et la connectivité : état des lieux, défis et feuille de route pour une couverture universelle ». Les échanges ont porté sur deux sous-thèmes : l’état des lieux des infrastructures et le diagnostic de la couverture territoriale, ainsi que le service universel et les mécanismes de financement, a constaté l’AMAP.

La SMTD dresse l’état des lieux des infrastructures. Diabé Bathily, Directeur des Systèmes d’Information et de l’Unité de Recherche et de Développement à la Société Malienne de Transmission et de Diffusion, SMTD, a présenté le diagnostic de la couverture territoriale.

Selon lui, « ce sont des défis énormes. Il s’agit du défi sécuritaire, économique et politique ». Il a rappelé que la politique du secteur est pilotée par le Ministère en charge de l’Économie Numérique, à travers la Direction Nationale de l’Économie Numérique. La régulation est assurée par l’AMRTP. Au niveau de l’exécution, l’AGETIC gère la digitalisation de l’administration, l’AGEFAU l’accès universel et la SMTD l’exploitation des infrastructures numériques de l’État.

« Un état des lieux des infrastructures a été fait. Il y a eu beaucoup d’évolutions et d’investissements, tant au niveau public que privé », a-t-il indiqué.

La SMTD gère aujourd’hui plus de 3 500 km de fibre optique sur le backbone national. Avec le projet « Mali Numérique », le réseau atteint près de 3 700 km. L’objectif est de dépasser les 4 500 km, dont 3 000 km en interurbain et 500 km en maillage urbain. Les technologies FTTX et WDM sont utilisées pour interconnecter les administrations et rendre l’intranet de l’État opérationnel.

Le Mali participe également au *projet Transsaharien* avec l’Algérie, le Burkina Faso, le Nigeria, le Tchad, la Mauritanie et le Niger, pour interconnecter les pays et créer un circuit économique régional.

M. Bathily a identifié comme forces la progression de la couverture, les datacenters souverains et un marché mobile dynamique. Les faiblesses restent la fracture numérique avec 64% de la population hors ligne*, l’absence d’accès direct aux câbles sous-marins et l’insécurité dans les zones du Nord qui freine le déploiement.

A court terme, la SMTD recommande de cartographier les zones blanches et de lancer un projet structurant avec l’AGEFAU, l’AGETIC, la DNEN et la SMTD. A moyen terme, il s’agit d’accélérer le projet Transsaharien, de généraliser la 4G, de préparer la 5G et d’opérationnaliser le cloud souverain et le Point d’Échange Internet pour réduire les coûts.

« Les fondations existent. L’enjeu est désormais d’accélérer le déploiement conformément à la Politique Nationale de Digitalisation et à la SNED horizon 2035, pour garantir l’accès de 100% des Maliens aux services numériques», conclu le représentant de la SMTD.

L’AGEFAU plaide pour un modèle hybride de financement. Ibrahim Doumbia, Ingénieur en informatique et Directeur des Projets à l’Agence de Gestion du Fonds d’Accès Universel, AGEFAU, est revenu sur les mécanismes de financement du service universel.

Institué depuis 1999 et renforcé par l’ordonnance 2011-023, le service universel « garantit à l’ensemble de la population malienne, indépendamment de sa localisation géographique, un accès minimal aux services de communication électronique et à Internet, à des conditions tarifaires abordables ».

Le financement repose principalement sur un prélèvement de *2% du chiffre d’affaires annuel* des trois opérateurs : Orange Mali, Moov Africa et Telecel. D’autres ressources prévues par la loi restent à mobiliser : excédent budgétaire de l’AMRTP, quote-part de la redevance informatique, subventions de l’État et produits de location des infrastructures.

M. Doumbia a souligné plusieurs freins : le coût élevé des infrastructures dans un pays vaste et enclavé, l’insécurité qui renchérit la réalisation et la maintenance, et l’absence d’électricité fiable qui impose des solutions solaires ou des groupes électrogènes.

Il a aussi noté l’élargissement du périmètre du service universel : au-delà de la téléphonie, il intègre désormais l’Internet haut débit, la connexion des écoles, des CSCOM, des mairies, et l’inclusion numérique des jeunes et des femmes.

Pour répondre à ces défis, l’AGEFAU préconise une *stratégie hybride* : consolider les ressources du fonds, renforcer les partenariats publics-privés et mobiliser les partenaires techniques et financiers.

La mutualisation des infrastructures pour éviter la duplication de pylônes. Les sites financés par l’AGEFAU dans les zones blanches deviendraient des plateformes ouvertes à tous les opérateurs.  Passer de la couverture de la population à la couverture du territoire. 90% des Maliens sont couverts, mais sortez à 7 ou 8 km de Bamako, beaucoup de villages n’ont pas de réseau ». L’objectif est 100% du territoire national.

L’AGEFAU mise également sur les nouveaux usages avec une convention signée avec le Ministère de l’Éducation pour connecter les écoles, et la priorité donnée à la télémédecine pour les CSCOM. L’agence explore aussi les satellites de nouvelle génération, les réseaux communautaires et les mini-réseaux solaires pour désenclaver les zones les plus inaccessibles.

Pour rappel, cette 4è édition de la Semaine du Numérique se tient sous le thème : _« L’écosystème du numérique au Mali : état de la question, enjeux et perspectives pour une transformation digitale réussie ». L’événement réunit experts, universitaires, acteurs du secteur privé et étudiants du numérique.

MMD/KM (AMAP)

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