Bamako, 29 juillet (AMAP) Le Centre International de Conférences de Bamako (CICB) vibre, ce mercredi, d’une effervescence inhabituelle. Pour la 4e édition de la Semaine du Numérique, les couloirs sont remplis de monde : des grappes de jeunes se pressent devant les stands, casques de réalité virtuelle vissés sur la tête, smartphones brandis vers des affiches truffées de QR codes. Entre deux stands, on discute code, applications, projets. L’ambiance a des allures de kermesse technologique, mais derrière les sourires et les selfies, des entrepreneurs maliens présentent des solutions bien concrètes aux défis du pays.

Edu Mali, l’école sans les murs

Au milieu du brouhaha, Amadou Cissé accueille les visiteurs avec la sobriété d’un homme habitué à corriger une confusion récurrente. « Ce n’est pas une start-up, c’est une entreprise », précise d’emblée le Directeur Général d’Edu Mali, avant de rappeler la nuance : une start-up cherche encore sa maturité, une entreprise propose déjà un produit abouti. Le sien s’appelle Edu Mali, plateforme de soutien scolaire pour les élèves du fondamental et du lycée, dont les contenus sont alignés — et certifiés par l’inspection — sur les programmes officiels de l’Éducation nationale.

Mais la promesse dépasse le simple accès aux cours. Grâce à un compte parental, les familles peuvent suivre en temps réel les résultats et les difficultés de leur enfant, dans un accompagnement qui court jusqu’à la fin de l’année scolaire. « L’élève n’est pas seul face à son écran », insiste Amadou Cissé.

Le constat qui a motivé le projet est sans détour : accessibilité et qualité de l’enseignement restent, au Mali, des défis énormes, que la crise du Covid a cruellement mis en lumière. Avec Edu Mali, l’ambition est de gommer la distance : où que se trouve l’élève, à Bamako ou dans une zone rurale coupée de l’école par le manque d’enseignants ou par le conflit, il retrouve les mêmes cours, les mêmes évaluations, la même exigence.

Le Directeur Général salue par ailleurs les initiatives publiques, à l’image du projet PRODOG destiné à améliorer la qualité de l’enseignement, tout en pointant les obstacles persistants : l’accès à internet, d’abord, contre lequel la plateforme optimise sa consommation de données ; l’acculturation numérique des parents et des élèves, ensuite, qui suppose un travail de sensibilisation constant.

Edu Mali, sur le plan humain, affiche sa solidité avec un département pédagogique complet — enseignants, responsables pédagogiques, ingénieurs en pédagogie numérique, mentors — épaulé par une équipe technique qui a développé la plateforme entièrement au Mali. Pour tenir face à un réseau électrique jugé trop instable, l’entreprise carbure au solaire à 100 %. Reste la question fiscale, qui pèse directement sur le prix payé par les familles : Amadou Cissé plaide pour une exonération de la TVA et des autres taxes sur les contenus éducatifs numériques, au même titre que les écoles physiques. « Nous sommes une école, simplement sans murs. »

Kabako Académies : changer les mentalités

Quelques mètres plus loin, c’est une autre effervescence qui attire l’œil : des jeunes casqués, absorbés, qui semblent marcher dans le vide tout en manipulant des objets invisibles. Ousmane K. Diabaté, Community Curator de Kabako Academies, sourit en observant la scène. Ce sont des expériences de réalité virtuelle qui transportent les visiteurs jusqu’au pays Dogon, dans un environnement reconstitué avec un souci du détail troublant — relief, sol, greniers traditionnels. À la manette, chacun peut saisir des objets, les déplacer, reconstruire un grenier en terre et en paille. Pendant la Semaine du Numérique, des expériences de réalité augmentée accessibles par smartphone permettent aussi de scanner une affiche pour découvrir, en surimpression, le Takoua de Lomé ou la mosquée de Djenné.

Mais la réalité virtuelle n’est qu’une vitrine. Kabako Académies, structure panafricaine née à Bamako et aujourd’hui également implantée à Lomé et à Ségou, avec une équipe internationale, fonctionne comme un réseau de clubs — ou « Grin » — où apprenants et facilitateurs échangent leurs savoirs.

Derrière cette pédagogie, un objectif assumé : « décoloniser les mentalités » pour que les jeunes comprennent qu’ils portent en eux les ressources nécessaires pour créer et proposer des solutions. L’enjeu est aussi économique : moins de 5 % des jeunes maliens accèdent à un emploi formel, les 95 % restants évoluant dans l’informel. Kabako veut leur donner les compétences pour créer de la valeur et gagner en mobilité économique. Pour accélérer la transformation numérique du pays, Ousmane K. Diabaté mise sur trois leviers : l’implication forte de l’État — Kabako travaille notamment avec le Ministère de l’Économie Numérique —, un changement profond des mentalités, et la multiplication d’initiatives de ce type.

Une jeunesse en action

Entre les stands d’Edu Mali et de Kabako Académies, deux Mali numériques se répondent : l’un mise sur la continuité pédagogique et l’accès équitable au savoir scolaire, l’autre sur l’appropriation créative et la valorisation du patrimoine local. Deux approches, un même constat : au CICB, cette 4e édition de la Semaine du Numérique aura surtout été celle d’une jeunesse qui ne se contente plus de consommer la technologie — elle veut la fabriquer, la comprendre, et s’en servir pour résoudre ses propres problèmes.

OS/KM (AMAP)

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