Nouvelle Constitution : Ce qui pourrait changer
Par Issa DEMBELE Bamako, 13 oct (AMAP) Aussi bien dans la forme que dans le fond, l’avant-projet de nouvelle Constitution diffère nettement de l’actuelle norme suprême. Ses 195 articles – la Constitution de 1992 comporte 122 – introduisent des innovations importantes : affirmation claire de l’Etat unitaire, possibilité de destituer le président de la République, suppression de certaines institutions alors que d’autres changent de dénomination et voient leurs prérogatives renforcées, possibilité de recourir aux modes alternatifs de règlement de conflit, clarification de certains concepts (dont la laïcité) mentionnés dans la Constitution de 1992 etc. D’abord, il convient d’expliquer que l’accroissement du nombre d’articles s’explique par la «complexité du monde, la multiplication des acteurs et des grandes problématiques», selon le président de la Commission de rédaction de la nouvelle Constitution, le Pr Fousseyni Samaké, qui a présenté, mardi, sur la chaîne de télévision nationale, les changements qu’apportera le nouveau texte. C’est surtout au niveau des institutions que l’on retrouve les innovations majeures. Certaines changent de dénomination, alors que d’autres (Haute cour de justice et le Haut conseil des collectivités) disparaissent de l’architecture institutionnelle qui enregistre une nouvelle création, en l’occurrence la Cour des comptes. Ainsi, le président de la République, le gouvernement, la Cour constitutionnelle et la Cour suprême demeurent. L’avant-projet encadre, cependant, la taille du gouvernement en fixant le nombre de ministres à 29, quelle que soit leur dénomination. Quant au Conseil économique, social et culturel, il change de nom pour devenir le «Conseil économique, social, culturel et environnemental». Les attributions et pouvoirs de la Cour constitutionnelle, objet de controverses depuis des années, ont été modifiés. Par contre, l’actuelle Assemblée nationale sera remplacée par un Parlement à deux Chambres : l’Assemblée nationale et le Haut conseil de la Nation. Ce sont ces deux Chambres qui vont voter les lois. Elles pourront se réunir en Congrès. A souligner que le Haut conseil de la Nation est constitué de membres élus au suffrage universel indirect représentant les collectivités territoriales et de membres désignés représentant les légitimités traditionnelles, les Maliens établis à l’extérieur et de personnalités ayant honoré le service de la Nation. L’avant-projet de nouvelle Constitution réorganise le pouvoir exécutif, en redéfinissant les pouvoirs du président de la République et du Premier ministre. En effet, ce sera dorénavant au président de la République de déterminer la Politique de la Nation. Et il incombera au gouvernement d’assurer la conduite de cette Politique. Ce changement met fin à une sorte de fiction juridique, puisqu’en réalité la détermination de la politique de la Nation a toujours été faite par le président de la République. PROCÉDURES DE DESTITUTION – Ce changement relatif à la définition de la Politique de la Nation n’est pas, aussi, sans conséquence juridique sur les rapports entre le gouvernement et le Parlement. Ce dernier ne pourra plus renverser le gouvernement. Et, en sens inverse, le président de la République ne pourra, non plus, dissoudre l’Assemblée nationale. Cependant, l’avant-projet prévoit des procédures de destitution des présidents de la République, de l’Assemblée nationale et du Haut conseil de la Nation. Il sera donc possible de mettre fin aux fonctions de ces personnalités, lorsque celles-ci ne sont plus en mesure de répondre correctement aux exigences de leurs fonctions. Particulièrement, le président de la République peut être destitué pour haute trahison. Il y a haute trahison lorsqu’il viole son «serment, pose des actes manifestement incompatibles avec l’exercice de ses fonctions, est auteur, co-auteur ou complice de violations graves et caractérisées des droits humains, d’atteinte aux biens publics, de corruption ou d’enrichissement illicite». La motion de destitution est initiée par les membres de l’une ou l’autre Chambre du Parlement. Elle n’est recevable que si elle est signée par au moins la moitié des membres. Un détail très important, selon l’article 77 de l’avant-projet, le président de la République est pénalement responsable devant les juridictions de droit commun, des crimes et délits commis en dehors de l’exercice de ses fonctions. Cela peut se justifier par l’absence d’une Haute cour de justice. En outre, avec l’avant-projet de la nouvelle Constitution, le président de la République nomme le Premier ministre et met fin à ses fonctions. Donc, plus question pour le chef de l’État d’attendre la lettre de démission de ce dernier. Une autre innovation, une fois par an, dans le courant du premier trimestre, le président de la République prononce devant le Parlement réuni en Congrès un discours sur l’état de la Nation. Son discours est suivi de l’intervention du représentant de l’opposition et celui de la majorité. Par ailleurs, selon l’article 77 de l’avant-projet de texte, le gouvernement est responsable devant le président de la République. Concernant le pouvoir judiciaire, la Commission de rédaction a estimé utile d’introduire une nouvelle ouverture consistant à autoriser les modes alternatifs traditionnels de règlement des conflits. Selon le Pr Fousséyni Samaké, une loi va déterminer les modes d’application de cette justice alternative qui permettra aux populations de régler certains problèmes sans faire recours au juge. Par ailleurs, le caractère unitaire de l’Etat malien est clairement affirmé dans la nouvelle Constitution. En d’autres termes, il n’est pas question que «nous ayons un Etat fédéral», selon le président de la Commission de rédaction. La Commission a également adopté une formule un «peu dynamique» par rapport aux langues nationales et celles d’expression officielle. Autre élément important : l’avant-projet de la nouvelle Constitution développe le concept de la «République laïque» pour plus de clarification. IsD/MD (AMAP)
Banconi-Djalokorodji-Safo : Le tronçon de tous les dangers
Par Oumar SANKARE Bamako, 12 oct (AMAP) Le soleil est déjà haut dans le ciel, en cette matinée. Des ménagères, paniers sur la tête pour certaines, transpirent à grosse goutte, le long de la route reliant Bancononi à Djalakorodji. Aux abords de la voie sont installés de nombreux commerces. Certains marchands portent le cache-nez rendu rouge par la poussière. Même leurs cheveux, leur barbe et leurs sourcils ne sont pas épargnés. La route Nionsombougou-Banconi, en passant par Djalokorodji et Safo, est aujourd’hui en très mauvais état. De gros trous béants sont visibles par endroits. Les eaux de pluies y sont, certainement, pour quelque chose. Les quelques Sotrama (minibus de transport en commun), qui osent s’aventurer sur cette piste de rallye, font vivre le calvaire aux passagers. «Ouille!», «que Le Puissant nous assiste! » «Quelle misère !» répètent en chœur les passagers d’un Sotrama, dandinant dans tous les sens. «Vous n’avez encore rien vu», leur lance un passant. Mohamed Diarra, réparateur de moto, la trentaine révolue, est assis dans son atelier. Il regard fixé sur la route. «Nous en avons assez de cette route. Les canaux d’évacuation d’eau sont bouchés de tous les côtés. En cas de pluie, l’eau inonde les maisons et les boutiques», raconte-t-il. « Des femmes ont fait des fausses couches sur cet axe, long d’environ 10 km », renchérit Bamoye Sow, court de taille, teint noir. Son collègue Alhassane confie : «Un ami a abandonné sa nouvelle maison construite dans le quartier pour retourner dans la grande famille à Médine, avec toute sa famille, à cause de l’état de la route». Comme lui, plusieurs habitants des quartiers desservis par cette voie retournent en location, abandonnant carrément leur habitation. De l’autre côté de la route, se trouve la résidence du chef de quartier. Traverser cette voie, même à pied, est pénible à cause des trous. Taille moyenne, barbe grisonnante, Yacouba Koné, fils du chef de quartier de Layebougou, nous reçoit. Coiffé d’une casquette, un turban blanc au tour du cou, il décrit la souffrance de la population. «En saison sèche, nous sommes envahis par la poussière. En saison pluvieuse, nous pataugeons dans les eaux stagnantes et boueuses. Les véhicules s’embourbent, les motos patinent. Conducteurs et piétons trébuchent. Des personnes âgées se relèvent avec des fractures», témoigne Koné. IMPORTANCE CAPITALE – Abdoulaye Diallo, un habitant de Dialakorodji, fait le même constat. «Quatre années après le début des travaux de construction de la route, le chantier est à l’abandon. On a l’impression de circuler sur une piste rurale drainant sur des familles, toutes les eaux venant des collines», décrit Sahidou. «Sur cette route, plusieurs vies ont été fauchées. Les Sotrama roulent à vive allure soulevant la poussière, obstruant ainsi la visibilité. Et bonjour les dégâts ! Nous sommes fatigués d’enterrer les nôtres », dit le jeune commerçant Seydou Dembélé. Le maire de Dialakorodji rejette toute responsabilité dans cette situation. «La population s’en prend à la mairie à tort. Même dans les Sotrama, on m’insulte», regrette Oumar Guindo, précisant que la construction des routes au Mali relève de la compétence du gouvernement. La construction de la route Nionsombougou-Banconi a été initiée par les autorités en vue de permettre aux gros camions venant du Sénégal ou de la Mauritanie d’entrer à Bamako , la capitale malienne, sans passer par Kati. C’est une voie de contournement pour les poids lourds afin d’accéder au port sec de la Zone industrielle, en Commune I du district de Bamako. «C’est une route CEDEAO qui est d’une importance capitale pour l’économie nationale», indique Ousmane Diabaté, 2e adjoint au maire, chargé des routes, confirmant que les camions en provenance de la Mauritanie et du Sénégal passent par là car le tronçon Samé est accidentogène. Sotigui Niaré, 1er adjoint au maire, rappelle que le lancement des travaux à Safo remonte à novembre 2017. « Le peu qui a été réalisé est déjà dégradé», déplore-t-il. Le ministère des Transports et des Infrastructures rejette, lui aussi, la faute sur les riverains. «Les populations refusent de libérer les emprises de la voie entravant toute progression du travail. L’entreprise burkinabè sur ce chantier a fait faillite car elle louait des engins à coup de millions», révèle Mohamed Ould Mamouni, chargé de communication au ministère des Transports et des Infrastructures. Contacté, le ministère en charge des Domaines n’a pas répondu à nos sollicitations. OS/MD (AMAP)
Bafoulabé : Deux vieux bacs de plus de 20 ans assurent la traversée du fleuve
Par Boubacar MACALOU Bafoulabé, 11 oct (AMAP) A Bafoulabé, dans l;Ouest du Mali, il n’y a pas de pont sur le fleuve Sénégal et les populations riveraines font recours au bac et aux piroguiers pour se rendre d’une rive à l’autre. En cas de panne, comme, c’était le cas en août 2022, bonjour le calvaire pour les transporteurs, passagers et habitants. Le bac fluvial est pour Bafoulabé ce qu’était le train pour Kayes (Ouest), son chef-lieu de Région. En effet, il est impossible au voyageur, qui vient de Kayes et de Diamou, de fouler le sol de la Cité de Mali Sadio sans prendre le bac, à partir de Tintila. Il en va ainsi pour celui qui emprunte l’axe Kita-Toukoto. Ce dernier doit transiter forcément par Babaroto pour arriver à Bafoulabé ou à Tintila. S’agissant des passagers en provenance de Tambaga et de Manantali, ils doivent faire la traversée par le bac pour l’autre côté du fleuve. La traversée du fleuve Sénégal par le Bac est le passage obligé pour tous ceux qui n’aiment pas voyager par pirogue par peur des noyade et autres chavirements, surtout en cas d’orages et de tornades. Le Cercle de Bafoulabé possède deux bacs fluviaux qui assurent la continuité des routes (Kayes-Kita, en passant par Babaroto, Kayes-Tambaga, en passant par Manantali). « Cependant, ces engins sont vieillissants. Ils ont été mis en circulation, depuis plus de 20 ans. Alors, avec de tels bacs, les problèmes ne finissent pas », a déploré le préfet du Cercle de Bafoulabé, Amadou Soumaré, lors d’une rencontre avec la société civile. Selon lui, Il y a longtemps qu’un bac est à l’arrêt, suite à un problème de moteurs dont les pièces sont récupérées pour faire marcher le second engin. « Pour l’instant, c’est un seul bac qui assure la traversée des véhicules avec ses multiples problèmes (moteurs, propulseurs). Un seul de ses moteurs fonctionne. Ce qui explique aussi sa lenteur au cours du trajet », précise le préfet, également président du Comité de gestion des bacs fluviaux (CGBF) . Le préfet a rappelé que les Industries navales et constructions métalliques (INACOM) qui sont basées à Koulikoro, sont les seules habilitées à réparer les bacs fluviaux, un travail qui se fait à coût de millions. Il faut souligner que les populations ne sont pas restées indifférentes à cette situation. Bien avant le calvaire provoqué par l’arrêt de cet indispensable moyen de transport fluvial, la société civile, avec en tête, sa présidente Salama Sakiliba, le président du Conseil local des jeunes, Boubacar Macalou, les présidents des Conseils communaux de la jeunesse de Bafoulabé, Karamagan Diallo, et de Mahina. Harouna Diop, avaient entrepris des démarches auprès du préfet pour l’organisation d’une rencontre. Celle-ci a permis à l’ensemble des acteurs d’échanger sur des questions liées aux bacs afin que la situation ne tourne au pire. Au cours de cette rencontre, la présidente de la société civile assure avoir suggéré des pistes au préfet. Mais, cette tentative de sauvetage n’a pas été un succès, puisque le 26 août 2022, à 08:16mn, le second moteur du bac a lâché pour de bon. D’où ces exclamations des usagers : « Plus de bac ! Plus de traversée de véhicules » ! Ainsi, a commencé le calvaire pour le personnel naviguant et pour l’ensemble des usagers de ce moyen de transport fluvial. Sans oublier les populations riveraines du fleuve Sénégal formé par le Bafing et le Bakoye dont la rencontre a donné à la ville de Bafoulabé son nom (littéralement, la rencontre des deux fleuves). La problématique a largement animé les débats sur les réseaux sociaux, dans les « grins ». Partout, ici, on ne parle que du problème de bac. Si cette panne a plongé le personnel et le comité de gestion du bac dans le désarroi, elle a bien profité aux piroguiers qui se sont frotté les mains. Car, comme le dit cet adage populaire : « A quelque chose, malheur est bon ». En effet, ces deux semaines d’arrêt du bac leur ont permis de gagner beaucoup d’argent, étant donné que les pirogues étaient les seuls moyens de transport fluvial. Avec comme conséquence : tous les prix, y compris ceux des produits alimentaires, qui ont doublé, rendant ainsi la vie très chère. RECOURS AUX PIROGUES – On faisait traverser une personne à 200 Fcfa le jour et à 500 Fcfa la nuit. Le transport d’une tonne de ciment, d’une rive à l’autre, coûte 3 000 Fcfa. D’où le ras-le-bol des habitants qui ont manifesté dans les rues contre l’arrêt du bac et la cherté de la vie. Et ils ont enfoncé le clou, en accusant le Comité de gestion des bacs fluviaux d’avoir mal géré les recettes générées par ce moyen de transport. Pour tirer leur épingle du jeu, les transporteurs et les passagers n’avaient qu’une option. Celle de se rabattre sur les piroguiers pour l’acheminement de leurs marchandises et autres bagages jusqu’à l’autre rive où sont stationnés des véhicules prêts à prendre le relais. Pourtant le gérant du bac, Mamadou Diakité, a, dès le début de la panne technique, indiqué qu’il avait informé immédiatement le préfet de la situation. D’après lui, cette situation constituait un coup dur, notamment pour le personnel du bac. « C’est le bac qui nous donne le sourire. Et ce travail nous plait. Bref, le bac est notre vie. Si ce moyen tombe en panne, c’est la galère pour nous tous », affirme-il. Selon certains conducteurs de véhicules, c’était la résignation pour ceux qui ne pouvaient pas traverser le fleuve. D’autres étaient contraints de rebrousser chemin et de rester sur les bords, tout en sympathisant avec les habitants au bord du fleuve, afin d’améliorer leurs conditions de vie, faute de moyens. La nouvelle du bac ayant pris de l’ampleur sur les réseaux sociaux et lors des causeries de « grins », le préfet a convoqué une réunion d’urgence dans son bureau le 5 septembre 2022 à laquelle a pris part la société civile. Un seul point à l’ordre du jour : « Réfléchir ensemble pour trouver une solution au problème du Bac ». Cette rencontre a débouché sur des propositions concrètes. Certaines
Pr Ali Nouhoum Diallo : « La pluralité et la diversité du Mali doivent être davantage amplifiées »
Par Bembablin DOUMBIA Bamako, 11 oct (AMAP) L’ancien président de l’Assemblée nationale du Mali, le Pr Ali Nouhoum Diallo, s’est réjoui de deux progrès dans la conduite de la Transition malienne, depuis le 18 août 2020. Dans un entretien avec le quotidien national « L’Essor », publié mardi, l’ancien président de l’Assemblée nationale, par ailleurs membre de l’Association Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA), a indiqué que «le premier progrès est très important : il n’y a plus un seul soldat français sur le sol malien. » L’homme politique, qui s’est réjoui de cette avancée rappelle «les efforts déployés par tout le peuple malien pour que le dernier soldat français, à la demande du président Modibo Keïta, quitte notre sol, en janvier 1961». «Je sais également comment les colons peuvent venir, mais aussi combien il est difficile qu’ils partent. Quand j’ai appris qu’en plus des camps de Kidal et de tous les autres camps qu’ils avaient intégrés avec fierté, en disant, à la demande du Mali lui-même, je me suis demandé comment nous allons faire pour qu’ils partent», a confié le Pr Ali Nouhoum Diallo tout en félicitant l’équipe dirigée par le colonel Assimi Goïta d’avoir pu rééditer ce moment d’indépendance militaire en faisant partir la force Barkhane. Le deuxième succès, selon l’ex-titulaire du perchoir, « est la prise de conscience que le Mali est un et indivisible, pluriel et divers sur les plans politique, culturel et linguistique ». «Mon souhait est que cette prise de conscience de la pluralité et de la diversité du Mali soit amplifiée», a ajouté notre interlocuteur. Evoquant le dossier des militaires ivoiriens détenus au Mali, le Pr Ali Nouhoum Diallo a dit que l’ADEMA Association trouve que cette affaire n’aurait jamais dû connaître ce développement. «Nous avions félicité l’équipe du colonel Assimi Goïta d’avoir pu démontrer à la face du monde qu’on ne peut pas venir dans notre pays et se livrer à des activités, quelles qu’elles soient, à l’insu du Mali», a renchéri l’ancien président de l’Assemblée nationale. Notre interlocuteur s’est également réjoui du travail des services de renseignements qui ont découvert que les 49 soldats n’étaient pas peut-être tous des Ivoiriens. « Cependant, a-t-il nuancé, une fois tout cela fait, on aurait dû immédiatement envisager une autre dimension ». « Le Mali peut-il se permettre d’être en conflit avec la Côte d’Ivoire, après un embargo de six mois ? », s’est interrogé le Pr Ali Nouhoum Diallo. L’ancien président de l’Assemblée nationale a aussi indiqué que pour l’ADEMA Association, il fallait renvoyer, élégamment, tous ces éléments au président Alassane Dramane Ouattara en lui disant ceci : «Grand frère, ce que tu as fait est vilain et tes petits frères te montrent qu’ils sont de vrais militaires. Alors, ne recommencez plus, parce que ça ne marchera pas». «Et il n’y aurait pas eu toute cette tension», a-t-il estimé. En définitive, il a souhaité vivement que cette situation prenne fin. S’agissant de la question de militarisation de la police nationale, notre interlocuteur a rappelé que ce corps a été démilitarisé à la demande des policiers eux-mêmes. «Et nous trouvions cela normal parce qu’à l’époque où on les avait militarisés, c’était des militaires qui étaient à la tête du pays», se souvient l’ancien président du Parlement. «Très souvent, on dit que la classe politique a mal géré… On n’oublie que les militaires ont plus géré le Mali que les hommes politiques. Donc, aujourd’hui, qu’on veuille militariser la police, surtout en temps de guerre, ne me dérange pas», a-t-il laissé entendre. Parlant des réformes politiques et institutionnelles, notre interlocuteur n’est pas allé par quatre chemins, affirmant ne pas croire qu’on ira à une nouvelle Constitution au Mali. Le Pr Ali Nouhoum Diallo a poursuivi que « les élections ne seront, peut-être, pas organisées au bout des 24 mois ». Il s’est dit convaincu qu’il y a, aujourd’hui, deux classes politiques au Mali : la classe politique militaire et celle civile. Ajoutant que la classe politique militaire est loin d’être «analphabète» en politique. « On se demande souvent si elle ne maitrise pas mieux les mécanismes de la politique que des hommes politiques chevronnés », a dit le Pr Ali Nouhoum Diallo. Il a affirmé, ensuite, son «désaccord» avec ceux qui pensent que les militaires ne doivent pas faire la politique. « Mais, qui a fait une école de politique parmi nous ? », a-t-il interrogé. Étayant ses propos, il a cité en exemples les anciens présidents Thomas Sankara du Burkina Faso, Jerry Rawlings du Ghana et Gamal Abdel Nasser d’Egypte qui étaient tous des militaires. D’après l’ancien président de l’AN, « nous devrions sortir des sentiers battus et regarder la réalité en face en se demandant qui sont capables de gérer le pays. » BD/MD (AMAP)
Football : Accueil populaire pour les Aiglonnets, vainqueurs du tournoi U17 UFOA-A
Par Djènèba BAGAYOKO Bamako, 11 oct (AMAP) Après sa brillante participation au Tournoi U17 de la Zone A de l’Union des fédérations ouest-africaines (UFOA), qui s’est achevée, dimanche, en Mauritanie, (victoire 4-2 aux tirs au but face au Sénégal), la sélection nationale des cadets est rentrée lundi au bercail. Il était 9h quand l’avion de la compagnie Air Mauritanie transportant les cadets maliens a atterri sur le tarmac de l’Aéroport international Président Modibo Keïta Sénou. À leur descente d’avion, le capitaine Ibrahim Diarra et ses partenaires ont été accueillis par le 1er vice-président de la Fédération malienne de football (FEMAFOOT), Kassoum Coulibaly «Yambox» qui avait à ses côtés Chérif Ag Mohamed, chef de cabinet du ministre de la Jeunesse et des Sports, chargé de l’Instruction civique et de la Construction citoyenne. La troupe de l’Union nationale des associations des supporters des Aigles du Mali (UNASAM), conduite par son vice-président, Cheickna Demba. était également présente à l’aéroport. «C’est avec une grande fierté que nous accueillons nos cadets ce matin (Ndlr, lundi). Quand j’ai rendu visite à l’équipe avant son départ en Mauritanie, les enfants m’ont promis qu’ils feront tout pour revenir avec le trophée. Ils l’ont fait et nous sommes très heureux pour eux. Nous les exhortons à continuer sur la même lancée et souhaitons bonne chance à l’équipe pour la phase finale de la CAN, prévue l’année prochaine en Algérie», a déclaré le 1er vice-président de la FEMAFOOT après avoir reçu le trophée des mains du capitaine Ibrahim Diarra. Yambox a, ensuite, remercié le ministre en charge de la Jeunesse et des Sports pour son accompagnement et les supporters pour l’accueil chaleureux qu’ils ont réservé aux protégés du sélectionneur Soumaïla Coulibaly. De son côté, le représentant du ministre en charge de la Jeunesse et des Sports a rendu un hommage appuyé aux cadets, avant de rassurer les nouveaux champions de la Zone de l’UFOA-A que toutes les dispositions seront prises par les autorités pour une bonne préparation de la phase finale de la CAN. «Le ministre Mossa Ag Attaher m’a chargé de vous dire qu’il est très fier de l’équipe. Vous avez fait honneur à tout le peule malien avec ce sacre et cette qualification à la prochaine CAN U17. Le ministre va vous rencontrer dans les jours à venir pour échanger avec vous et votre staff technique», a dit Chérif Ag Mohamed sous les ovations et les cris de joie des supporters. «C’est la joie, je suis très heureux de voir tout ce beau monde aux côtés de cette équipe. On ne s’entendait pas à un tel accueil. Nous remercions très sincèrement les supporters pour leur présence à l’aéroport. Un grand merci au ministère en charge de la Jeunesse et des Sports et à la fédération pour le soutien apporté à l’équipe», a confié à la presse le sélectionneur Soumaïla Coulibaly. Après l’aéroport, les joueurs ont pris la route de la ville, direction le siège de la FEMAFOOT pour présenter le trophée au personnel de l’instance dirigeante du football national. Pour revenir au tournoi proprement dit, les Aiglonnets ont réalisé un parcours sans faute, totalisant 3 victoires et 1 nul en 4 sorties. Lors de la phase de poules, les cadets maliens ont battu le Cap-Vert 7-1 en ouverture du groupe B, avant de remettre cela face au Sénégal, défait 2-1. En demi-finale, le capitaine Ibrahim Diarra et ses coéquipiers ont dominé 2-0 la Mauritanie, hôte du tournoi pour ensuite se hisser sur la première marche du podium face au Sénégal, défait 4-2 aux tirs au but en finale. A l’issue du temps réglementaire et des prolongations, les deux sélections étaient à égalité 1-1. A l’ouverture du score de Mamadou Lamine Sadio pour le Sénégal (10è min), a répondu le capitaine des Aiglonnets, Ibrahim Diarra (53è min). Et dans la séance des tirs au but, les protégés de Soumaïla Coulibaly ont fait la différence, en réussissant 4 tirs contre 2 pour leurs adversaires. En quatre sorties, la sélection nationale U17 a inscrit 12 buts et n’en a concédé que 3. Cerise sur le gâteau pour les cadets maliens, le capitaine Ibrahim Diarra a été désigné Meilleur joueur et Meilleur buteur (4 réalisations) de la compétition, alors que Bourama Koné a reçu le trophée de Meilleur gardien (3 buts encaissés sur l’ensemble du tournoi). Le Mali et le Sénégal représenteront la Zone UFOA-A à la phase finale de la CAN qui se déroulera en 2023 en Algérie. Parmi les autres pays qualifiés, on peut citer le Nigeria, le Burkina Faso, l’Egypte et l’Algérie. Il reste encore six tickets à distribuer. DB (AMAP)
L’Armée malienne a capturé un lieutenant d’Amadou Kouffa (Etat-major général)
Bamako, 09 oct (AMAP) Les Forces armées maliennes (FAMA) ont interpelé 05 suspects terroristes à la foire de Sofara, Région de Mopti (Centre) parmi lesquels Alhadji Diakité, connu sous le nom d’Abou Anass, indique le communiqué hebdomadaire de l’état-major général des armées, publié le 7 octobre. Le communiqué, qui fait le point sur le terrain, révèle l’interpellation, le 27 septembre dernier, du suspect présenté comme « un responsable de la Katiba Macina commandant les secteurs de Sofara et Bandiagara. » Il a été appréhendé avec un autre suspect, Amadou Diakité, « responsable de la Katiba Macina, commandant les secteurs de Quenkoro et Mafouné », selon l’armée. Le 29 septembre 2022, une action aéroportée dans le secteur de Ganguel , cercle de Djenné, Région de Mopti (Centre) a fait un « bilan de 01 blessé léger FAMa, 02 terroristes neutralisés, 04 motos, 01 pirogue et 01 hameau détruits, 02 motos, plusieurs armes, des chargeurs de PM, des talkies walkies, des commandes à distance et des objets divers récupérés. » Du 03 au 05 octobre 2022, des patrouilles d’opportunité menées et appuyées par des frappes aériennes dans le secteur de Tiemaba et Bamada, Cercle de Niono (Centre) « à la recherche d’un groupe terroriste en mouvement et auteur de harcèlement contre les populations civiles ont fait un bilan de 31 terroristes neutralisés, 02 bases et plots logistiques détruits, de même que tous les matériels lourds », indique le communiqué de l’armée. L’état-major souligne, également, que le 03 octobre 2022, des frappes aériennes ont ciblé une position terroriste dans le secteur de Saré Dina, situé à 12km au Nord-Est de Kouakourou. « Le lendemain, à Sofara, une fouille de la localité a permis d’interpeler 33 présumés terroristes. Les enquêtes en cours ont pu identifier formellement 15 terroristes recherchés et fichés dans les bases de données », précise la source militaire. « La recherche de suspects terroristes étrangers en recrutement de locaux dans le secteur de Diabaly (Centre) s’est poursuivie, le 05 octobre 2022, avec la localisation d’objectifs ciblés par des tirs d’artillerie », nous apprend l’état-major. Une mission de reconnaissance offensive FAMa a interpelé 04 suspects terroristes, le 6 octobre, dans le secteur de Konna, région de Mopti (Centre). Le même jour, plusieurs suspects ont été interpellés, des véhicules et des minutions, des batteries et divers objets de fabrication d’engins explosif improvisés saisis dans la localité de Diengueni – Foulbé et Gouni – Foulbé située à 32 km au Nord-Est de Sofara contre une base de la Katiba Macina. En ce qui concerne les Régions de Gao (Nord) et Ménaka (Nord-Est), la priorité opérationnelle a porté sur la collecte de renseignements sur les terroristes responsables d’exactions contre les populations. Ainsi, l’état-major des Armées annonce la récupération de 03 tricycles et 05 motos de même que plusieurs pièces diverses de rechange, le 26 septembre 2022, suite à un raid FAMa aux alentours de la mare de Tessit (Nord). Des frappes sur 02 plots logistiques terroristes dans la forêt refuge de Fitilli, au Sud de Tessit, avec un bilan de 08 terroristes neutralisés, plusieurs blessés et la destruction d’importants matériels ont été menées le 27 septembre. Une mission d’escorte de 160 véhicules civils a été prise à partie par des hommes armés, le 1er octobre, dans les environs de Fafa, Région de Gao, avec un bilan de 06 blessés et 04 camions endommagés. Du 03 au 06 octobre 2022, les FAMa ont mené des patrouilles de réassurance des populations suivie d’actions civilo-miliaires dans le secteur de Djebock, région de Gao. Mais, également, à 20 km au Nord et au Nord-Est de Ménaka.Les FAMa ont consolidé, le 05 octobre 2022, la plateforme aéroportuaire de Gao, suite au crash du Sukhoi-25 en vol d’entrainement et de réassurance des populations. « La précision de renseignements a permis l’interpellation, le 07 octobre 2022, d’un suspect terroriste d’origine étrangère », indique le communiqué. Dans le secteur de Koutiala, le 04 octobre 2022, les FAMa ont procédé « à l’interpellation d’un grand terroriste logisticien recherché ». Une patrouille de réassurance des populations a été conduite, le 6 octobre, dans le village de Toumanibougou, Cercle de Kati (près de Bamako). Deux engins explosifs improvisés (EEI) ont été découverts et détruits, le 7 octobre, à environ 700 m du village de Guiré, Région de Nara, pas loin de la frontière mauritanienne. Une recherche de renseignements a été opérée sur les secteurs de Mourdiah et Kaloumba, « en vue de retrouver des terroristes auteurs de la pose d’EEI contre un convoi logistique sur l’axe Nara-Kwala, le 02 octobre 2022. » L’état-major général des armées « appelle, une fois de plus, à la vigilance et à la retenue contre ces velléités propagandistes, d’intox et de désinformation de certains médias dont le seul but est de semer le chaos, la haine, la division et la désolation au Mali. » « Des enquêtes de gendarmerie ont été ouvertes pour confirmer ou infirmer les informations faisant état d’un présumé assassinat de 53 civils dans le village Gouni-Habé, dans le secteur de Bandiagara, région de Mopti », conclut le communiqué. MT/MD (AMAP)
Mossa Ag Attaher : « La rencontre des chefferies traditionnelles doit contribuer a la paix et la sécurité »
Propos recueillis par Issa DEMBÉLÉ Bamako, 07 oct (AMAP) Du 8 au 9 octobre 2022, l’ensemble des chefferies traditionnelles du Mali se retrouvent à Bamako, la capitale, pour parler de sécurité, de paix et de développement. L’évènement est parrainé par le ministre de la Jeunesse et des Sports, chargé de l’Instruction civique et de la Construction citoyenne, Mossa Ag Attaher, qui a bien voulu nous accorder, jeudi, un entretien pour évoquer les enjeux de cette rencontre et le rôle que jouent les chefferies dans la pacification du Mali L’Essor : En tant que parrain, quelle signification donnez-vous à cette rencontre ? Mossa Ag Attaher: La tribu Kel Ansar regroupe l’ensemble des Kel Ansar du Mali, particulièrement dans la Région de Tombouctou (Nord). C’est une grande tribu dont le chef est engagé, depuis des années, pour le retour de la paix, pour la cohésion sociale et la réconciliation entre les Maliens. La tribu organise cette grande rencontre qui va réunir, du 8 au 9 octobre 2022, à Bamako, toutes les chefferies traditionnelles et coutumières de toutes les régions et du District de Bamako. Les chefferies d’autres pays, notamment la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Niger et la Libye y sont invitées. L’objectif principal de cette grande rencontre est d’impliquer ces chefferies transitionnelles et coutumières pour une contribution positive à la construction de la paix. Il s’agit de leur demander des contributions afin d’accompagner tout le processus de paix, toutes les initiatives que le Mali mène pour la paix. C’est pourquoi, j’ai accepté, à la demande du chef de la tribu Kel Ansar, de parrainer cet évènement qui est placé sous la haute présidence du chef de l’État. L’initiative cadre parfaitement avec la vision du président de la Transition, le colonel Assimi Goïta, et vient renforcer les actes qu’il a posés pour la reconnaissance des chefferies. Il n’y a pas longtemps, il a fait remettre à tous les chefs de tribu, de village, de fraction… l’emblème de l’Etat et des certificats. Nous avons le devoir d’accompagner cela et c’est pourquoi nous avons décidé de parrainer cet évènement. En le faisant, nous apportons notre soutien moral mais également notre contribution. L’Essor : Le thème retenu est : « la sécurité, la paix et le développement ». Quelle corrélation entre ces trois concepts ? MAA : Ces trois concepts sont exactement ceux le Mali a le plus besoin aujourd’hui. Nous avons besoin de paix, mais nous savons qu’il n’y a pas de paix sans sécurité et il n’y a pas de sécurité sans développement. Donc, la corrélation entre ces trois concepts est naturelle. Ouvrir le débat sur les problématiques de paix et interroger nos chefferies traditionnelles sur leurs propositions pour renforcer la paix, je pense que c’est très bien réfléchi. Interroger les mêmes entités sur les questions de sécurité est aussi pertinent. Parce que l’insécurité dont nous souffrons aujourd’hui, ne relève pas seulement du Mali. Nous vivons une insécurité partagée avec tous les pays voisins et même au-delà. Tous ceux qui viendront à Bamako, souffrent d’une manière ou d’une autre du manque de sécurité et des enjeux de la paix que nous vivons ici au Mali. Quant au développement, je pense que c’est l’aspiration profonde de toutes nos populations. Donc, poser le débat, l’ouvrir en ces termes en mettant le curseur sur les aspects les plus importants aux yeux de nos populations, c’est-à-dire retrouver la paix, la sécurité et être engagé profondément dans les actions de développement. Je pense qu’on ne pouvait pas avoir meilleur thème pour cette grande rencontre. L’Essor : Cette rencontre n’est-elle pas une opportunité pour définir un mécanisme clair permettant aux chefferies traditionnelles de participer pleinement à la pacification du Mali, plus globalement, à l’édification du Mali nouveau ? MAA : Les chefferies traditionnelles ont un rôle très important à jouer dans au Mali. Elles sont d’abord le prolongement de l’Etat et, très souvent, les représentants indirects de l’Etat là où celui-ci est absent. Elles ont, également, un rôle auprès de la population, parce qu’une communauté bien organisée est une communauté qui écoute son chef, le suit et l’accompagne. Et un bon chef de tribu ou de village, c’est celui qui prend en compte les préoccupations des communautés au nom desquelles il est choisi ou il est élu. Je pense que les chefferies traditionnelles sont déjà d’un grand apport pour l’État dans la gouvernance, dans les questions de sécurité et de développement. Nous allons saisir cette opportunité pour leur demander de s’engager davantage. Ces chefferies font déjà beaucoup. Par exemple, il y a beaucoup de zones dans les régions du Nord ou du Centre où il n’y a pas l’Etat. Mais il n’y a pas une zone où il n’y a pas un chef de village. Il s’agit pour nous de demander à l’ensemble de ces chefferies de s’impliquer là où il n’y a pas l’Etat et d’accroître leur implication là où l’Etat existe pour qu’une complémentarité constructive se fasse entre les actions de l’Etat et l’engagement des communautés à la base. À cet égard, je tiens à remercier les chefferies pour le travail qu’elles font tous les jours pour soutenir l’Etat dans ses actions de recherche de sécurité, de paix et de développement. Une zone sécurisée, c’est une zone où il y a une collaboration directe et étroite entre les services de défense et de sécurité et les populations. Et pour mieux coordonner cette coopération entre les services de sécurité et les populations, faudrait-il qu’il y ait des chefs traditionnels qui organisent cela en amont et qui facilitent la collaboration et la complémentarité. L’Essor : L’évènement est annoncé comme celui de tous les espoirs d’un Mali réconcilié. À quoi peut-on s’attendre au sortir de cette rencontre ? MAA : Le premier acquis de cette rencontre, avant même qu’elle ne se tienne, c’est le fait de réunir à Bamako toutes les chefferies traditionnelles et coutumières du Mali. C’est un grand pas pour la paix qu’elles se rencontrent déjà, se connaissent, discutent ensemble des problématiques communes et se donnent la main pour la recherche
Journée mondiale des enseignants : Les syndicats réclament de meilleures conditions de travail
Par Sidi Y. WAGUÉ Bamako, 06 oct (AMAP) À l’instar de la communauté internationale, le Mali a célébré, le mercredi 5 octobre 2022, la 28è édition de la Journée mondiale des enseignants sous le thème : «La transformation de l’éducation commence avec les enseignants». Cette journée internationale est célébrée le 5 octobre de chaque année et a pour but de sensibiliser à l’importance et au rôle des enseignants dans le système éducatif tout en examinant la qualité du travail des formateurs dans le monde. À l’occasion de la Journée des enseignants, les Syndicats de l’éducation signataires du 15 octobre 2016 ont fait une déclaration commune à la Maison de l’enseignant. Ce message lu par le porte-parole de la Synergie, Ousmane Almoudou, rappelle que la Journée mondiale des enseignants offre une opportunité de célébrer les enseignants, mais, aussi, de réfléchir au soutien dont ils ont besoin pour mettre leurs connaissances au service du bien de la communauté, notamment dans l’apprentissage des élèves. L’évènement permet, également, de reconsidérer la perspective d’avenir de la profession au niveau mondial. Le thème de la fête des « soldats de la craie », soutient le leader syndicaliste, est évocateur de la réalité malienne. Selon lui, « cette transformation de l’éducation passe nécessairement par les enseignants surtout s’ils sont mieux payés, protégés et sécurisés dans leur profession ». « Autrement dit des enseignants mis dans les meilleures conditions de travail », a déclaré Ousmane Almouudou. Le syndicaliste a rappelé que l’ancien président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta, avait donné une autre tonalité à la Journée en la célébrant officiellement au Palais de Koulouba, en 2019. En cette occasion, il avait rendu un hommage appuyé aux enseignants et reconnu que le Mali avait accusé un retard dans la reconnaissance de cette Journée. Le porte-parole des Syndicats de l’éducation signataires du 15 octobre 2016 regrette de voir cet événement tomber dans les oubliettes. Selon le syndicaliste, au lieu de réunir toutes les conditions pour l’amélioration de la qualité de l’enseignement, le gouvernement a préféré retirer aux enseignants les acquis syndicaux qui sont le fruit des années de lutte. «Cet acte hautement dommageable est une source de perturbation. Il est contraire aux textes internationaux, à l’esprit qui a prévalu lors de l’obtention du statut du personnel enseignant et symbolise le mépris pour l’enseignant et sa fonction», soutient Ousmane Almoudou. Et le leader syndical d’ajouter que la Synergie invite les autorités de la Transition à valoriser la Journée mondiale des enseignants. Il exhorte, également, les autorités de la Transition à remettre les enseignants dans leurs droits. Et Ousmane Almoudou d’appeler ses collègues à la solidarité et au maintien de la cohésion dans leur mouvement pour la préservation des acquis syndicaux. La Journée a été décrétée conjointement par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), l’Organisation internationale du travail (OIT) et l’International de l’éducation, depuis le 5 octobre 1994. On dénombre plus 70.000 enseignants au Mali. SYW (AMAP)
Economie : La bonne affaire du commerce de l’arachide au Mali
Par Fatoumata M. SIDIBÉ Bamako, 06 oct (AMAP) «Venez acheter de l’arachide», «Vous en voulez ?». Des vendeurs d’arachides hèlent, presqu’en chœur, la clientèle au marché de Ouolofobougou, en Commune III du District de Bamako, la capitale du Mali. Aux différentes entrées de cette place firte de négoce, ces hommes exposent des sacs de 100 kg d’arachides. En cette période, ce produit s’écoule très bien à Bamako. Assis sur une chaise, Oumar Sangaré accepte de se confier. Il importe l’arachide de Garalo, une localité située à 55 Km de la ville de Bougouni, dans le Sud du Mali. Le commerçant achète le sac de 100 kg à 15.000 Fcfa. Ses fournisseurs le livrent à Bamako où il revend avec une marge bénéficiaire. Il explique clairement qu’il peut avoir en stockenviron 2 000 sacs. Il relève aussi que ce négoce est avantageux en période d’hivernage, mais comporte aussi des risques. Les cacahouètes peuvent, par exemple, pourrir quand le véhicule de transport tombe en panne. Parfois, on peut aussi avoir des graines non mûres. Mais notre vendeur se préoccupe de la récolte globale de l’arachide cette année. «La saison paraît moins productive que les autres années. Les producteurs ont eu des difficultés pour acheter de l’engrais. Ainsi, certains n’ont pu emblaver les superficies habituelles», dit-il. Et d’ajouter que l’abondance du produit sur le marché profite moins aux vendeurs. La quantité écoulée sur les marchés de Bamako dépasse de loin les besoins. Ce qui justifie les exportations vers un pays voisin, en l’occurrence le Sénégal pour faire des profits. Pour les vendeurs, c’est une alternative pour compenser les pertes dues à la mévente sur nos marchés. Depuis plus de 10 ans, Aguibou Diarra s’est installé dans ce domaine comme rabatteur. Il invite la clientèle à s’approvisionner chez un vendeur qui propose de l’arachide de qualité en provenance du Wassoulou, de Bougouni (Sud) et de Niono (Centre). Celui-ci est fourni par les grands commerçants. «Et nous le vendons au prix du marché», laisse entendre Aguibou Diarra. Il dit réaliser un bénéficie de 1.000 Fcfa sur chaque sac d’arachide vendu. Grâce à son entregent, le vendeur arrive à écouler une cinquantaine de sacs certains jours. Ce qui lui rapporte une somme substantielle souvent. « Quand il y a surabondance d’arachides sur le marché, dit-il, les grossistes demandent aux livreurs de limiter l’approvisionnement pour leur permettre d’écouler les stocks ». Daouda Traoré, étudiant à la Faculté des sciences économiques et de gestion (FSEG), qui cumule une expérience de 8 ans dans le commerce d’arachide qu’il pratique pendant les vacances. Assis devant sa marchandise, il échange avec des clients. Il note qu’il y a peu d’arachides sur le marché mais pense que cette situation est liée à la conjoncture économique. Pas avare en commentaires, il apprécie bien la qualité de l’arachide cette année du fait de l’abondance de pluie. « Des Sénégalais et Nigériens viennent acheter notre arachide pour le revendre chez eux », indique-t-il. «Les Sénégalais représentent le plus gros contingent de notre clientèle d’arachide. Ils peuvent acheter entre 50 à 60 sacs». Des femmes aussi s’approvisionnent chez nous. Celles-ci achètent par jour souvent 2 sacs :, poursuit M. Traoré. «Les cacahouètes qui entrent dans la production de la pâte d’arachide sont cédées à 70.000 Fcfa le sac de 100 kg», rappelle le jeune étudiant de 24 ans. Certains importent l’arachide de la Côte d’Ivoire entre novembre et mai. La production nationale inonde le marché entre juin et octobre. « Cette période, renchérit-il, coïncide avec la récolte de l’arachide au Mali qui s’étend de juillet à octobre ». Par jour, l’étudiant peut gagner 15 000 Fcfa de bénéfice. Il s’en réjouit puisqu’il est soutien de famille. Ce gain lui permet de faire face à certaines dépenses. « Cette année, regrette-t-il, le prix de l’arachide a augmenté à cause de la hausse du carburant ». Alima Traoré, foulard noir sur la tête, sépare le bon grain de l’ivraie. La jeune fille de 18 ans quitte Kati (sur les hauteurs de Bamako) pour s’approvisionner en arachide, tous les quatre jours, chez Daouda Traoré, pendant la saison des pluies. Elle achète le grand seau d’arachide à 5.000 Fcfa. La vendeuse d’arachide grillée, depuis 5 ans, précise que le marché est timide cette année par rapport aux années précédentes. Elle cède l’arachide à partir de 50 Fcfa et y trouve son compte. Parce qu’il lui arrive de faire 1 500 à 2 000 Fcfa de bénéfice. Au Marché de Niaréla, Fatoumata Dacko possède plusieurs fours traditionnels pour la grillade d’arachide. A côté d’elle, une dizaine de femmes sont à l’œuvre. Elle explique louer ces fours à ces femmes et travaille dans ce secteur depuis plus de 20 ans. «L’arachide coûte cher cette année. Nous nous approvisionnons à partir des marchés de Ouolofobougou et «Soukounikoura». Aujourd’hui, j’ai acheté le sac de 50Kg à 10 000 Fcfa. On parvient à écouler le produit en trois ou quatre jours», affirme Maman Tangara, parmi le groupe de femmes. Elle dit que ce travail leur permet de subvenir à leurs besoins. «Je peux gagner 3 000 Fcfa à 4 000 Fcfa de bénéfice par sac», indique-t-elle. Niakalé Fadiga est une vendeuse de pâte d’arachide depuis trois ans à Bozola, en Commune II du district de Bamako. Elle achète deux sacs pour en tirer de la pâte d’arachide et revendre dans des seaux de 5Kg à 7 500 Fcfa l’unité, mais aussi de 10 Kg à 15 000 Fcfa l’unité. Selon le chef de la statistique, suivi et évaluation à la Direction nationale de l’agriculture (DNA), Samba Barry, la production d’arachide pour la campagne agricole 2021 était de 367.822 tonnes sur une prévision de 512.785 tonnes, soit 71,73% de réalisation. «Cette production était en baisse de 20,8% par rapport à la campagne 2020 qui était de 464.538 tonnes. Ce qui s’explique en partie par des difficultés pluviométriques », dit M. Barry. Les superficies semées en arachide, pour cette année, sont de 339.764 hectares pour les hommes et 188.299 hectares pour les femmes soit un total de 528.063 hectares. Et ce, sur un objectif de 508.749 hectares
Le procureur Idrissa Hamidou Touré parle de la bonne distribution de la justice
Propos recueillis par Aboubacar TRAORE Bamako, 05 oct (AMAP) Dans cette interview, le procureur du Tribunal de grande instance de la Commune IV de Bamako aborde la problématique de la lenteur de la justice. Il explique les causes de cette situation préjudiciable à la bonne distribution de la justice. L’Essor : Quelles sont les causes de la lenteur de la justice ? Et comment se manifeste-t-elle ? Idrissa Hamidou Touré : On parle de l’incompétence lorsqu’un agent de la chaine judicaire est négligeant dans le traitement d’un dossier ou lorsqu’il produit un dossier avec des nullités ou omet de solliciter l’avis d’un expert en cas de besoin. Cela met en péril l’issue de la procédure et l’efficacité de la décision à rendre. L’efficacité d’une décision de justice est largement tributaire des qualités professionnelles de l’agent qui l’a rendue. La compétence professionnelle des praticiens de justice tient au respect d’un ensemble d’éléments : d’abord, le respect de l’éthique et de la déontologie. Aussi, des attitudes inappropriées du genre : afficher des signes d’ennui ; de nonchalance, d’impatience voire d’irritabilité, peuvent entamer la qualité des procédures voire la confiance des parties en l’appareil judiciaire. Par exemple, une victime ou même un témoin qui manque de confiance pourrait être en mesure de faire une description détaillée de ce qui s’est passé, dans un environnement émotionnellement favorable, mais pourrait être embarrassé ou se renfermer s’il a l’impression d’être exposé à la vue du public ou attaqué. Ensuite, le respect des règles de procédure telle que le principe du délai raisonnable. Il s’agit là d’une vertu qui n’est pas que personnelle mais qui engage collectivement la justice. La garantie du délai raisonnable commence à courir dès la naissance de la procédure, donc à partir des enquêtes préliminaires, par exemple, jusqu’à l’exécution de la décision par l’huissier de justice. La diligence n’est pas la rapidité ou la précipitation, lesquelles peuvent être source d’erreurs mais bien la nécessaire conscience chez l’agent de justice que sa décision est attendue et que sa négligence ou son laxisme dans le traitement des affaires peut avoir des répercussions négatives pour les parties et pour l’ordre public. Enfin, il y a le manque de moyens (humains et matériels). Nous sommes 532 magistrats sur lesquels beaucoup ne sont plus dans la distribution de la justice pour plus de 20 millions d’habitants. L’Essor : Quelles sont les formes de la lenteur de la justice ? IHT : Elle revêt plusieurs formes qui vont des enquêtes policières enlisées, des erreurs de procédures, des dossiers jamais réglés à temps aussi bien par les parquets que par les cabinets d’instruction. Mais également des dessaisissements de procédures motivés par des questions de personne, des renvois successifs et autres sine die, des cédules de citation irrégulièrement formalisées, ou qui ne le sont jamais parce que les honoraires des huissiers ne sont pas payés par l’État de sorte qu’eux aussi s’abstiennent de dépenser encore. S’y ajoutent des rabats de délibérés injustifiés et autres délibérés prorogés, la rédaction tardive des factums par les juges, le manque de ponctualité du magistrat pour l’examen des causes soumises à son office. Or, la longueur du temps obscurcit la clarté des décisions de justice. L’Essor : Que répondez-vous à ceux qui trouvent qu’il y a trop de mandats de dépôt actuellement et que les gens ne sortent pas de prison ? IHT : Il faut souligner que le taux de délinquance a explosé et que tout le monde a démissionné, laissant la régulation sociale à la seule justice. On n’a donc que le choix de réprimer. Comme disait Montesquieu : «on examine la cause de tous les relâchements, on verra qu’elle vient de l’impunité des crimes et non pas de la modération des peines». L’impunité avait trop droit de cité dans ce pays, il fallait la combattre et on est en train de gagner ce combat aussi bien dans le monde physique que dans le monde virtuel. Par exemple aujourd’hui en Commune IV, il n’y a plus ou presque de spéculateurs fonciers. Ces délinquants qui pouvaient en toute impunité, morceler même votre titre foncier et le vendre ou vendre un seul terrain à deux, trois personnes. Ils sont pour la plupart en prison et ceux qui n’ont pas été retrouvés, ont fui le pays. Depuis, les gens sont tranquilles par ici. Dans le monde virtuel, les injures grossières de père et de mère à visage découvert sur le territoire national, c’est du passé. Il ne reste plus que ceux qui sont à l’extérieur. Contre la plupart, il y a des mandats d’arrêts au niveau d’Interpol. Seulement, il se trouve que tant que la personne ne se présente pas dans un aéroport en vue de voyager ou qu’elle ne fait pas l’objet d’un contrôle de police, elle n’est pas interpellée car les agents ont tellement de choses à faire qu’ils ne vont pas les chercher. C’est souvent à la suite d’un banal contrôle de police qu’ils se rendent compte qu’il y a un mandat et alors, ils arrêtent la personne. L’avantage est que dès qu’un mandat est envoyé à Interpol, la personne visée est tout de suite inscrite au Tableau des antécédents judiciaires (TAJ) de sorte que dès qu’elle est contrôlée par la police quelque part, tout de suite, elle est arrêtée. Donc, on n’est nullement pressé concernant ces gens. Tôt ou tard ils seront arrêtés et renvoyés au pays. Aussi, ce que les gens ne disent pas à propos de la surpopulation carcérale, si la Maison centrale d’arrêt de Bamako (MCA) a été construite pour recevoir 400 personnes, c’est parce qu’à cette époque, ce n’était pas le même nombre d’habitants qu’il y a aujourd’hui dans la capitale. La population a explosé. Or, plus il y a du monde dans une ville, plus le taux de délinquance grimpe. Malgré tout, les magistrats, qui sont largement en nombre insuffisant, font de leur mieux. Par exemple, ici en Commune IV, de janvier 2022 à maintenant, on est à près de 800 mandats pour le parquet sur lesquels près de 700 ont été

