Digitalisation des opérations bancaires : L’équation de la sécurité

Par Aminata Dindi Sissoko Bamako, 04 mars (AMAP) La troisième révolution industrielle continue de chambouler nos habitudes, en rendant possible ce que l’on croyait jusque-là irréalisable. La révolution numérique, après avoir supprimé les distances, promet de briser les liens physiques, qui existent encore, entre administrateurs et usagers, en dématérialisant tous les services de base. A partir de son Smartphone, nous pouvons accéder aux services de base nécessaires, depuis son bureau ou son domicile. Par ailleurs, tel un poison et son antidote, des cybercriminels développent des savoir-faire similaires visant à faire sauter les garde-fou et autres mesures de sécurisation pensées et mises en place par les établissements financiers. En effet, le digital banking, fruit de la révolution numérique, qui participe davantage à l’atteinte de l’inclusion financière, en permettant à chaque citoyen, là où il se trouve, d’avoir accès aux services financiers, se réinvente en permanence. Afin de sécuriser les opérations, s’adapter aux besoins nouveaux de la clientèle et la rassurer, par la même occasion, sur la fiabilité des services. Pour satisfaire ces exigences, de nombreuses structures bancaires implantées au Mali migrent vers le numérique. Résultats : UBA mobile banking App, Bim express, Internet banking, E-Banking, Cauris web sont entre autres services digitaux bancaires que proposent certaines structures bancaires maliennes. Les banques maliennes ont, ainsi, embarqué dans le train de la révolution numérique en développant de nombreuses possibilités de transactions en ligne. Grâce à ces produits, il est possible, aujourd’hui, de faire des transactions financières. Cela, grâce à un partenariat entre des institutions bancaires et des services de transfert d’argent, comme Orange Money. Coopération qui permet au client d’interconnecter ses comptes bancaires et Orange Money pour ainsi faire des transactions, régler ses factures d’électricité et d’eau, et même renouveler ses abonnements télé. TRANSFERT – La Banque de développement du Mali (BDM) est à la pointe de cette mutation technologique, selon sa directrice chargée du marketing et du digital. «Il s’agit, pour le client, d’être domicilié à la BDM mais aussi d’avoir un compte Orange Money. Une fois que vous souscrivez, vous pouvez à travers les menus Orange Money avoir votre solde bancaire, le mini révélé. Vous pouvez, également, transférer de l’argent de votre compte bancaire vers votre compte Orange Money et vice versa. Cette solution permet d’avoir accès à votre argent depuis votre quartier. Etant donné qu’il n’y a pas d’agences bancaires dans tous les coins de rue, mais il y a des kiosques Orange Money », explique Mme Doucouré Assan N’Diaye. Elle souligne que la BDM travaille sur ce chantier depuis plus de cinq ans et que ces projets ont connu un essor à partir de 2017. « En plus des transactions via le mobile, la banque met à la disposition de ses clients d’autres offres. Certaines sont conçues pour toute la clientèle, d’autres pour une clientèle ciblée comme les grandes entreprises ou des particuliers », spécifie-t-elle. Conçu pour les grandes entreprises, le « E-Banking » est, par exemple, dédié exclusivement à la consultation et à l’édition de coordonnées de compte. Le e-payement, lui, permet à une entreprise d’ordonner un virement à partir de son bureau. « Il n’y a plus de papiers qui circulent, plus de longue file d’attente pour pouvoir déposer des ordres de virement et attendre qu’ils soient exécutés. Depuis leur bureau, les clients peuvent télécharger les états de virement et, automatiquement, c’est intégré au niveau de la BDM », commente Mme Doucouré Assan N’Diaye. Les particuliers ne sont pas oubliés. « Une fois que vous avez des cartes bancaires, vous êtes automatiquement enrôlés sur Cauris web qui est comme un guichet automatique ambulant dans votre poche, à travers votre téléphone. Grâce à Cauris web, vous pouvez avoir accès à plusieurs transactions. Comme consulter vos soldes et avoir des mini-relevés, ou activer et désactiver votre compte», explique Mme Doucouré. Notre interlocutrice précise que sa structure considère cette année comme celle de la digitalisation. De ce fait, d’autres produits innovants seront lancés. Ils permettront à ceux qui n’ont pas de compte à la BDM d’avoir accès à certains services bancaires, à travers un portemonnaie électronique. A la question de savoir si ces offres ont un coût, elle répond : « Toute offre a des coûts qu’on le dise ou pas. Mais, ces coûts sont bien étudiés pour permettre au maximum de clients de les supporter ». CULTURE DU CASH – Toutefois, le défi est la familiarisation des clients avec ces offres. « Nous sommes dans une culture du cash, du contact physique. C’est toute une sensibilisation qui sera faite pour que le client comprenne l’importance de la digitalisation qui est un processus auquel on ne peut pas échapper. Ou vous êtes dans le train ou vous restez derrière les autres », soutient-elle. La Banque internationale pour le Mali(BIM) est, elle aussi, entrée de plain-pied dans la numérisation. « Depuis quelques temps, nous avons le SMS banking qui permet de consulter son compte via le mobile et permet de consulter le solde du compte en temps réel. A chaque fois qu’il y a une opération de débit ou de crédit, le client reçoit instantanément une alerte lui spécifiant qu’une opération est en cours sur son compte », dit le directeur adjoint des marchés des particuliers et des productions libérales à la BIM et chargé du volet formation E-banking et SMS banking, Daouda Sissoko. Et d’ajouter : « Nous avons, également, Adria ou BIM net qui permet de consulter son compte via internet. Cette offre est mieux adaptée aux entreprises. Ces deux offres permettent, également, de télécharger l’extrait de compte en formant PDF par mois pendant douze mois. Ils fonctionnent 24 heures sur 24 tant que le réseau fonctionne normalement ». Ces innovations, somme toute nécesssaires, ne ne serviraient à rien si les banques ne disposaient pas de mesures de sécurité visant à protéger les clients et les opérations.La digitalisation a comme corollaire la multiplication des attaques informatiques contre les banques, le développement de la cybercriminalité. Attaques malveillantes contre lesquelles les banques ont l’obligation de trouver des parades. A ce propos, Mme Doucouré assure que les solutions numériques de la BDM sont protégées par plusieurs niveaux de validation. « Les

Bréhima Amadou Haïdara, Directeur général de la Banque de développement du Mali (BDM) : «Les banques contribuent pour près de 3000 milliards de Fcfa, par an, au financement de l’Economie» 

Propos recueillis par Fatoumata Maïga Le Directeur général de la Banque de développement du Mali (BDM), qui est aussi le président de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers du Mali (APBEF) parle de la situation du système bancaire dans notre pays. C’était à l’occasion de la 9è édition de la Journée de l’APBEF  L’Essor: Monsieur le président, l’APBEF a organisé, le 12 décembre dernier, la 9è édition de sa Journée sous le thème : « La révolution digitale : quels enjeux pour les banques ? » Qu’est-ce qui a motivé le choix de ce thème ? Pouvez-vous expliquer ce que c’est que la révolution digitale ? Bréhima  Amadou Haïdara : La révolution digitale est un phénomène qui a entrainé un profond bouleversement de la société grâce aux techniques de l’internet, de la télécommunication et des applications numériques. Cette révolution concerne le secteur bancaire. Quant au  thème de cette 9è édition, il  est d’actualité. Il a été choisi pour accroitre la connaissance de la population, des clients, des partenaires, des autorités et des actionnaires par rapport à la nouvelle donne qui a entrainé, aujourd’hui, des bouleversements dans notre façon de faire la banque. Hier, pour faire une opération bancaire, il fallait se rendre dans une agence bancaire. Aujourd’hui, avec le digital, avec son téléphone ou même si vous avez une connexion internet, vous pouvez faire, à partir de votre maison, toutes les opérations bancaires classiques, à savoir : les virements, les paiements, les demandes de carte bancaire, les oppositions sur votre compte, votre carte. Toutes choses qui étaient impossibles, il y a quelques années. L’Essor : Quelles sont les innovations de l’édition de cette année ? B. A. H. :Cette année, nous avons effectivement fait des innovations en commençant par une caravane d’information et de sensibilisation des populations sur la Journée. Ladite caravane a sillonné les six communes de Bamako pendant trois jours. En fait, c’est après avoir fait le bilan des 8 éditions passées, que nous avons constaté que, d’année en année, la mobilisation faiblissait alors que l’objectif de ces journées, c’est d’approcher les populations afin qu’elles comprennent les opérations bancaires. Il s’agit aussi pour nous d’être plus attentifs à leurs préoccupations. L’objectif étant de rapprocher les banques des populations, nous avons réfléchi à un nouveau format qui implique lesdites innovations. Comme deuxième innovation, nous avons organisé une tombola qui a attiré beaucoup de gens puisque nous avons mis en jeux de nombreux prix. La 3è innovation, c’est la conférence débat sur le thème de la Journée. A cette occasion, des experts sont venus  expliquer les contours, les enjeux et les perspectives du digital. La 4è innovation est l’invité d’honneur qui est la Chambre permanente des   métiers des artisans. Pourquoi ? Parce que l’artisanat joue un rôle très important dans le système socio-économique du pays mais a des problèmes d’accès au financement. Nous avons invité les artisans afin  qu’ils puissent être plus proches des banques et du secteur financier, pour échanger, dialoguer et mieux nous comprendre. Par conséquent, les artisans sont massivement sortis et, en plus, des étudiants, ils ont contribué à la réussite de la Journée qui a été l’occasion d’une forte mobilisation. Ce qui a permis de faire une bonne sensibilisation grâce à une bonne communication. L’Essor: La mobilisation, c’est à Bamako seulement ou dans tout le pays ? B.A.H. : La mobilisation est générale puisque nous avons organisé une conférence de presse qui a été relayée par les médias afin que chacun se sente concerné. L’Essor: En gros, quels sont les enjeux de la révolution digitale pour les banques ? B.A.H. : L’enjeu majeur, c’est l’étendue des capacités d’adaptation et de relever le défi sécuritaire. Ce qui fait qu’aujourd’hui, la formation du personnel et des clients est une de nos principales priorités. Il faut, aussi, constamment chercher à sécuriser les opérations d’intégration des nouvelles applications et de la digitalisation des processus parce que c’est nouveau et il faut que notre système d’information puisse s’adapter. Le défi sécuritaire est un enjeu très important en ce qui concerne la digitalisation. L’Essor : Comment se caractérise aujourd’hui le paysage bancaire malien ? B.A.H. : Aujourd’hui au Mali, nous avons 14 banques et trois établissements financiers (Fonds de garantie hypothécaire du Mali, spécialisé dans la garantie du financement du logement, Alios finance spécialisé dans le crédit-bail et le Fonds de garantie du secteur privé). L’Essor : Existe-t-il une banque d’investissement au Mali ? B. A. H : Non.Aujourd’hui, nous avons des banques universelles qui font toutes les opérations. Nous n’avons pas de banque spécialisée exclusivement dans l’investissement, mais toutes les banques financent, quelque part, l’investissement en fonction de leur sensibilité et des priorités par rapports aux orientations données par les organes de décision. L’Essor : Comment évolue la bancarisation de la population ? B.A.H : La bancarisation a fait un grand bond en avant dans notre pays. Actuellement, elle permet aux populations de faire plus facilement les opérations, notamment les transactions commerciales. Le taux de bancarisation s’élève, aujourd’hui, à 23,26%. Il y a deux ans, il était autour de 15,17%. Quand on l’étend à la microfinance, il atteint 36,73% et quand on l’étend aux émetteurs de monnaie électronique, il s’affiche  à 54,19%. La semaine de l’inclusion financière, qui est organisée par la Banque centrale et la Journée de l’APBEF, contribuent, toutes, à booster la bancarisation parce que leur objectif est de rapprocher les populations  du système bancaire. L’Essor : Quelle est la contribution des banques à l’économie ? B.A. H. : Notre contribution à l’économie est très forte.J’entends souvent dire que le secteur privé est le moteur du développement. C’est une réalité parce que le secteur privé tire la croissance, mais il est essentiellement financé par le système bancaire. Aujourd’hui, notre apport dépasse les 20% du PIB. En termes de financement, nous contribuons pour près de 3000 milliards de Fcfa par an. L’Essor : Quelles sont les grandes difficultés auxquelles les banques sont confrontées ? B.A.H : Nous sommes  d’abord, confrontés au problème des ressources longues. Nous avons, généralement, des ressources à court terme. Ce qui ne permet pas de faire face au financement de l’investissement. La deuxième difficulté, c’est l’environnement juridique et judiciaire. Nous subissons, souvent, certaines décisions de justice dont nous ne

Blanchiment de capitaux et financement du terrorisme : Les mécanismes pour assécher les ressources de la criminalité

Bamako, 09 décembre (AMAP) Le Réseau des cellules nationales de traitement des informations financières des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (RECEN-UEMOA) a organisé, du 4 au 6 décembre, au Mali, les états généraux de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. La rencontre a mobilisé les représentants des CENTIF, du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), de la Banque centrale des Etats de l’Afrique centrale (BCEAO), de la Commission de l’UEMOA, les représentants des administrations publiques et privées du Mali. Durant trois jours, ils ont jeté un regard rétrospectif sur leurs résultats afin de mieux définir et orienter de nouvelles perspectives. Le président du Réseau des CENTIF, Hassane Taher, a remis au Premier ministre, Boubou Cissé, les conclusions des débats, au sein de quatre groupes de travail, vendredi,  lors de la clôture des travaux. Dans le document, des recommandations pertinentes sont faites à l’intention des autorités gouvernementales de l’UEMOA et des différents acteurs de la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Globalement, ces recommandations tendent à renforcer les capacités opérationnelles et fonctionnelles des CENTIF. LesCENTIF ont pour mission de recueillir et de traiter toutes les opérations en lien avec le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. L’immensité de leur tâche s’apprécie à l’aune des manifestations et la sophistication des méthodes des terroristes qui ont appris à orienter, à leur profit, les trafics en tous genres, le banditisme et même certains flux économiques conventionnels. La nouveauté, c’est que désormais, ils investissent les nouveaux espaces financiers virtuels. Dès lors, assécher leurs sources de financement requiert une coopération entre nos Etats pour mieux échanger les informations. Les participants ont souhaité l’institution de l’obligation de déclarer les transports transfrontaliers d’espèces, la création d’organes de recouvrement et de gestion des avoirs saisis et confisqués dans tous les pays et l’élaboration d’une procédure harmonisée de traitement des informations spontanées. Ils ont aussi exhorté l’UEMOA à appuyer financièrement les CENTIF, à ériger le RECEN en organe consultatif de l’Union et à impliquer les Cellules dans les activités du G5 Sahel. Ils ont, également, recommandé la promotion et la facilitation de l’accès direct des CENTIF aux bases de données pertinentes (CIP, INTERPOL, ONI, régies financières…) et le renforcement des modalités de contrôle des sociétés de transfert rapide d’argent. La rencontre a, aussi, demandé de prolonger le délai de 48 heures imparti pour la mise en œuvre efficace des oppositions aux opérations suspectes par les CENTIF. En vue de mettre en œuvre, de façon efficace, ces recommandations, le RECEN-UEMOA s’engage à élaborer un plan d’actions et à mettre en place un mécanisme de suivi/évaluation. Le chef du gouvernement malien, qui a jugé les réformes proposées assez pertinentes, a promis de plaider pour une prise en compte effective des recommandations par les Etats membres de l’Union. Pour Dr Boubou Cissé, le blanchement de capitaux et le financement du terrorisme constituent deux fléaux qui anéantissent les efforts de nos Etats à bâtir une économie régionale forte. Ce qui a, notamment, amené les chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)  à inscrire, en septembre dernier, à Ouagadougou, la lutte contre le financement du terrorisme parmi les priorités en matière de sécurité dans la région ouest-africaine. A cet effet, les dirigeants ont doté la CEDEAO d’un plan d’actions pour la période 2020-2024 avec pour objectif de parvenir à neutraliser les terroristes. Et dans ce cadre, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UEMOA se sont engagés à apporter une contribution de 500 millions de dollars (250 milliards de Fcfa). Un engagement qui a été réaffirmé, la semaine dernière à Dakar. Ces ressources seront débloquées pour la formation des unités engagées dans la lutte contre le terrorisme et le crime organisé, notamment les trafics d’armes, de drogues, de faux médicaments… Dr Boubou Cissé a assuré que les cellules disposeront de moyens nécessaires pour mieux appréhender les phénomènes de blanchement de capitaux et de financement du terrorisme, avec pour finalité d’assécher définitivement les sources de financement des criminels. ID/MD (AMAP)