Lait et viande de dromadaire : Que de vertus et de vitamines !
Par Abdourhamane TOURE Gao, 18 oct (AMAP) « Le dromadaire est très utile. Son utilité ne se limite pas seulement au transport des bagages. Ce que beaucoup de gens ignorent, c’est que le lait et la viande du dromadaire ont des vertus et sont très riches vitamines A et C», révèle le directeur du Centre régional de recherche agronomique (CRRA) et représentant de l’Institut d’économie rurale (IER) à Gao, le Dr Mohomodou Moussa. Selon le directeur du CRRA, qui a soutenu sa thèse de doctorat sur l’évaluation de la production et de la productivité du dromadaire en zone subhumide et sahélienne, assure que le lait du dromadaire contient du cholestérol digestif qui n’a pas d’inconvénient sur la santé. « Le lait du dromadaire est très digestif, il contient beaucoup d’insulines et peut aider à traiter le diabète. Un litre de lait du dromadaire peut contenir jusqu’à 5,8 unités d’insulines », indique-t-il. Ce n’est pas tout, notre interlocuteur ajoute que le lait du dromadaire « est également très efficace dans le traitement des maladies métaboliques notamment l’hypertension artérielle et peut être utilisé dans le traitement de l’arthrose. » Selon Dr Mohomodou Moussa qu’il n’existe pas de chameaux au Mali, mais plutôt des dromadaires dont le nom scientifique est «camelus dromaderus». Le dromadaire a seulement une bosse. Le Mali compte environ 1,2 million de têtes de dromadaire, grand mammifère domestique du genre camelus, selon les statistiques de 2015 de la Direction nationale des productions et industries animales (DNPIA). «En fonction des localités, notre pays possède plusieurs espèces de dromadaires : le dromadaire de Tamasna, de Dossahak , du Sahel, de Berebiche, de l’Adrar des Ifogas et le dromadaire de Timitrine de Gao», précise-t-il. VERTUS THERAPEUTIQUES – Selon Dr Mohomodou Moussa, la direction du CRRA a déjà lancé des projets de recherche pour la production de fromages et de yaourts à base de lait de dromadaire mélangé avec de la papaye. La structure a également initié l’élevage des dromadaires au centre, à l’IER de Bamako et Niono. Le président de la Coopérative des éleveurs de dromadaires du Sahel de Gao, Mohamed Ag Hamati, indique que le regroupement est constitué de 80 éleveurs. Elle compte des hommes et des femmes et dispose d’un point de vente de lait qui peut collecter 20 litres de lait par jour. La vente du lait de dromadaire est lente, parce que les populations de Gao ne sont pas friandes de ce lait. Ce sont surtout les nomades qui consomment le lait de cet animal. Ils achètent un à trois litres chaque semaine à raison de 1 500 Fcfa le litre. « Le problème principal de la coopérative, explique Mohamed Ag Hamati, c’est le manque de vétérinaires et le fait que l’animal ne peut pas être élevé en ville ». Le directeur général de l’hôpital de Gao, Dr Youssouf Touré, se souvient que que durant son enfance, ses parents lui donnaient à boire le lait de dromadaire pour étancher sa soif. A cette époque-là, les puits n’étaient pas nombreux dans la brousse. «A cause de la rareté de l’eau, souvent nous constations sur le passage des ossements de bergers ou de voyageurs morts de soif. » CINQ TÊTES PAR JOUR – Dr Touré ne cite pas de documents scientifiques sur le dromadaire au Mali, mais il se souvient que ses parents utilisaient l’urine, l’estomac et les bouses du dromadaire pour traiter des maladies comme le paludisme, l’ulcère, le hoquet etc. La viande du dromadaire a les mêmes vertus que le lait de l’animal. L’estomac du dromadaire est utilisé dans le traitement traditionnel de l’hémorroïde, de l’ulcère gastrique et de l’asthme. Certaines personnes traitent le rhumatisme avec les os de l’animal. Médecin nutritionniste à la Direction régionale de la santé de Gao, Dr Isaac Kodio affirme que la viande de dromadaire diffère de la viande bovine. Boucher de son état, Hado vend la viande de dromadaire au marché de Gao depuis près d’une trentaine d’années. «Avant la crise (Ndlr, sanctions de la CEDEAO et de l’UEMOA), je pouvais abattre cinq têtes par jour. Sur le marché de Wabaari, le prix d’achat d’un dromadaire varie entre de 600.000 à 650.000 Fcfa. Un kilo de viande du dromadaire sans os coûte 3 000 Fcfa contre 2 500 Fcfa pour la viande avec os ». « La viande du dromadaire est meilleure que celle de la vache», tranche le boucher qui ajouter «La viande du dromadaire, la peau, l’estomac et même les sabots de l’animal sont utilisés dans le traitement de plusieurs maladies. Quant à son urine, elle sert pour le traitement du paludisme». Harber Maiga est routier entre Gao et le Ghana. Lui aussi connaît bien la viande de dromadaire et ne tarit pas d’éloges sur l’animal. Selon lui, la plupart des médecins traditionnels conseillent la viande de l’animal aux personnes du troisième âge à la place du boeuf, du mouton ou de la chèvre. Harber Maiga assure que la consommation de la viande du dromadaire peut guérir de nombreuses maladies. « Quand on y goûte une fois, on ne peut plus s’en passer », affirme-t-il. AT/MD (AMAP)
Economie : La bonne affaire du commerce de l’arachide au Mali
Par Fatoumata M. SIDIBÉ Bamako, 06 oct (AMAP) «Venez acheter de l’arachide», «Vous en voulez ?». Des vendeurs d’arachides hèlent, presqu’en chœur, la clientèle au marché de Ouolofobougou, en Commune III du District de Bamako, la capitale du Mali. Aux différentes entrées de cette place firte de négoce, ces hommes exposent des sacs de 100 kg d’arachides. En cette période, ce produit s’écoule très bien à Bamako. Assis sur une chaise, Oumar Sangaré accepte de se confier. Il importe l’arachide de Garalo, une localité située à 55 Km de la ville de Bougouni, dans le Sud du Mali. Le commerçant achète le sac de 100 kg à 15.000 Fcfa. Ses fournisseurs le livrent à Bamako où il revend avec une marge bénéficiaire. Il explique clairement qu’il peut avoir en stockenviron 2 000 sacs. Il relève aussi que ce négoce est avantageux en période d’hivernage, mais comporte aussi des risques. Les cacahouètes peuvent, par exemple, pourrir quand le véhicule de transport tombe en panne. Parfois, on peut aussi avoir des graines non mûres. Mais notre vendeur se préoccupe de la récolte globale de l’arachide cette année. «La saison paraît moins productive que les autres années. Les producteurs ont eu des difficultés pour acheter de l’engrais. Ainsi, certains n’ont pu emblaver les superficies habituelles», dit-il. Et d’ajouter que l’abondance du produit sur le marché profite moins aux vendeurs. La quantité écoulée sur les marchés de Bamako dépasse de loin les besoins. Ce qui justifie les exportations vers un pays voisin, en l’occurrence le Sénégal pour faire des profits. Pour les vendeurs, c’est une alternative pour compenser les pertes dues à la mévente sur nos marchés. Depuis plus de 10 ans, Aguibou Diarra s’est installé dans ce domaine comme rabatteur. Il invite la clientèle à s’approvisionner chez un vendeur qui propose de l’arachide de qualité en provenance du Wassoulou, de Bougouni (Sud) et de Niono (Centre). Celui-ci est fourni par les grands commerçants. «Et nous le vendons au prix du marché», laisse entendre Aguibou Diarra. Il dit réaliser un bénéficie de 1.000 Fcfa sur chaque sac d’arachide vendu. Grâce à son entregent, le vendeur arrive à écouler une cinquantaine de sacs certains jours. Ce qui lui rapporte une somme substantielle souvent. « Quand il y a surabondance d’arachides sur le marché, dit-il, les grossistes demandent aux livreurs de limiter l’approvisionnement pour leur permettre d’écouler les stocks ». Daouda Traoré, étudiant à la Faculté des sciences économiques et de gestion (FSEG), qui cumule une expérience de 8 ans dans le commerce d’arachide qu’il pratique pendant les vacances. Assis devant sa marchandise, il échange avec des clients. Il note qu’il y a peu d’arachides sur le marché mais pense que cette situation est liée à la conjoncture économique. Pas avare en commentaires, il apprécie bien la qualité de l’arachide cette année du fait de l’abondance de pluie. « Des Sénégalais et Nigériens viennent acheter notre arachide pour le revendre chez eux », indique-t-il. «Les Sénégalais représentent le plus gros contingent de notre clientèle d’arachide. Ils peuvent acheter entre 50 à 60 sacs». Des femmes aussi s’approvisionnent chez nous. Celles-ci achètent par jour souvent 2 sacs :, poursuit M. Traoré. «Les cacahouètes qui entrent dans la production de la pâte d’arachide sont cédées à 70.000 Fcfa le sac de 100 kg», rappelle le jeune étudiant de 24 ans. Certains importent l’arachide de la Côte d’Ivoire entre novembre et mai. La production nationale inonde le marché entre juin et octobre. « Cette période, renchérit-il, coïncide avec la récolte de l’arachide au Mali qui s’étend de juillet à octobre ». Par jour, l’étudiant peut gagner 15 000 Fcfa de bénéfice. Il s’en réjouit puisqu’il est soutien de famille. Ce gain lui permet de faire face à certaines dépenses. « Cette année, regrette-t-il, le prix de l’arachide a augmenté à cause de la hausse du carburant ». Alima Traoré, foulard noir sur la tête, sépare le bon grain de l’ivraie. La jeune fille de 18 ans quitte Kati (sur les hauteurs de Bamako) pour s’approvisionner en arachide, tous les quatre jours, chez Daouda Traoré, pendant la saison des pluies. Elle achète le grand seau d’arachide à 5.000 Fcfa. La vendeuse d’arachide grillée, depuis 5 ans, précise que le marché est timide cette année par rapport aux années précédentes. Elle cède l’arachide à partir de 50 Fcfa et y trouve son compte. Parce qu’il lui arrive de faire 1 500 à 2 000 Fcfa de bénéfice. Au Marché de Niaréla, Fatoumata Dacko possède plusieurs fours traditionnels pour la grillade d’arachide. A côté d’elle, une dizaine de femmes sont à l’œuvre. Elle explique louer ces fours à ces femmes et travaille dans ce secteur depuis plus de 20 ans. «L’arachide coûte cher cette année. Nous nous approvisionnons à partir des marchés de Ouolofobougou et «Soukounikoura». Aujourd’hui, j’ai acheté le sac de 50Kg à 10 000 Fcfa. On parvient à écouler le produit en trois ou quatre jours», affirme Maman Tangara, parmi le groupe de femmes. Elle dit que ce travail leur permet de subvenir à leurs besoins. «Je peux gagner 3 000 Fcfa à 4 000 Fcfa de bénéfice par sac», indique-t-elle. Niakalé Fadiga est une vendeuse de pâte d’arachide depuis trois ans à Bozola, en Commune II du district de Bamako. Elle achète deux sacs pour en tirer de la pâte d’arachide et revendre dans des seaux de 5Kg à 7 500 Fcfa l’unité, mais aussi de 10 Kg à 15 000 Fcfa l’unité. Selon le chef de la statistique, suivi et évaluation à la Direction nationale de l’agriculture (DNA), Samba Barry, la production d’arachide pour la campagne agricole 2021 était de 367.822 tonnes sur une prévision de 512.785 tonnes, soit 71,73% de réalisation. «Cette production était en baisse de 20,8% par rapport à la campagne 2020 qui était de 464.538 tonnes. Ce qui s’explique en partie par des difficultés pluviométriques », dit M. Barry. Les superficies semées en arachide, pour cette année, sont de 339.764 hectares pour les hommes et 188.299 hectares pour les femmes soit un total de 528.063 hectares. Et ce, sur un objectif de 508.749 hectares
Signature d’un accord de financement de 101 milliards de Fcfa entre les États-Unis et le Mali
Bamako, 05 oct (AMAP) Les Etats-Unis d’Amérique ont mis à la disposition du Mali 101 milliards de Fcfa (148.5 millions de dollars) dans le cadre d’un amendement à l’accord d’aide au développement entre les deux pays signé le 19 septembre dernier, par le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, et la directrice de l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID) au Mali, Miriam Lutz. Un communiqué de presse de l’ambassade Etats-Unis au Mali, rendu public mardi, indique que l’amendement comprend 17 millions de dollars (soit 11,5 milliards de Fcfa) « en aide d’urgence annoncée précédemment dans le secteur de l’agriculture et la nutrition destinée aux communautés du Mali pour faire face à la flambée des prix sur les aliments; une flambée causée par la guerre de la Russie contre l’Ukraine. » Selon la même source, « ce nouveau financement permettra à directement 300 000 familles d’agriculteurs de bénéficier d’engrais et de semences améliorées afin de renforcer la capacité (du Mali) à pouvoir nourrir sa population sans avoir à dépendre d’importations onéreuses. » Une partie de cette aide « est déjà perceptible sur le terrain avec la distribution par l’USAID de 1,2 million de sacs de 500 g de farine enrichie à plus de cinq mille femmes enceintes et allaitantes et 30 000 jeunes enfants ». Cet appui permettra de lutter contre la malnutrition aiguë en période de soudure dans certaines des localités les plus touchées dans le Centre du Mali. « Ce soutien du peuple américain au Mali, à travers l’USAID, ne représente qu’une partie de notre aide globale », explique le communiqué. « Il couvrira le financement de nouvelles activités et celles en cours dans les domaines de la santé, de la gouvernance, de l’agriculture et de l’éducation de base », ajoute le texte. Le montant, objet de l’amendement, s’ajoute aux plus de 250 millions de dollars (soit 170 milliards de Fcfa) que Washington a accordé à Bamako, « à travers l’USAID, au cours de l’année écoulée y compris 90 millions de dollars (soit 61 milliards de Fcfa) en aide humanitaire. » La signature de cet accord d’aide au développement est présentée comme l’illustration de l’engagement « indéfectible des États-Unis en faveur d’un Mali plus pacifique et plus prospère qui dirige son propre développement ». Selon le chargé d’affaires, p.i. de l’Ambassade des Etats-Unis, Brian Neubert, cité par le communiqué, « depuis 1961, nous travaillons aux côtés du peuple malien pour bâtir un avenir meilleur. Ce nouveau financement reflète la force continue de nos liens ». Au cours des vingt dernières années, les États-Unis ont accordé, au peuple malien, à travers l’USAID, près de 3.5 milliards de dollars, soit 2,4 trillions de Fcfa (Un trillion vaut un milliard de milliards) en aide humanitaire et en aide au développement, au taux de change actuel MD (AMAP)
Zones de production de l’Office du Niger : La campagne agricole s’annonce prometteuse
Par Aminata Dindi SISSOKO Ségou, 26 sept (AMAP) Une délégation de l’Office du Niger 9ON) a effectué, du 16 au 18 septembre dernier une visite de terrain dans les sept zones de production, à savoir Ké Macina, Kolongo, M’Bewani, Kouroumari, N’Débougou, Molodo et Niono, dans le cadre de la supervision de la campagne agricole 2022-2023 afin d’apprécier la physionomie de la campagne, de s’imprégner de l’état d’approvisionnement des engrais (chimique et organique) et des efforts fournis par les producteurs. Les trois jours de tournée ont permis à l’équipe de supervision, avec à sa tête, le chargé de communication de l’ON, Moulaye Alassane Diarra de s’enquérir de la situation sécuritaire dans les différentes zones de production. Elle s’est assurée du bon déroulement des travaux d’entretien effectués au début de la campagne et de la disponibilité des producteurs. La mission, lors de son passage, a pu constater un grand engouement dans les différents magasins de vente d’intrants après les efforts du gouvernement d’augmenter et d’ouvrir la livraison aux gros fournisseurs traditionnels. Des camions déchargeaient des stocks d’engrais dans les différents magasins à Ké-Macina et Kolongo. La campagne agricole 2022-2023 dans les zones de production de l’ON, d’une manière générale s’annonce prometteuse. La physionomie des champs est satisfaisante dans l’ensemble, comme a pu constater l’équipe de reportage de l’AMAP. Malgré le retard dans la disponibilité de la subvention du gouvernement en intrants et l’insécurité dans certaines zones, les producteurs espèrent une bonne campagne. Mamadou Diarra est un producteur de riz que nous renncontré dans son champ situé dans la zone de production de Ké-macina. «Nous remercions Dieu. Au début, nous avons eu des difficultés liées l’engrais. Le DAP était cédé à 39.000 Fcfa, l’urée 35.000 Fcfa. Pour mes premiers travaux, j’ai dû vendre des stocks de riz pour acheter de l’engrais. Mais, récemment j’ai reçu la subvention de l’Etat à raison de deux sacs par hectare. Cela a été un bol d’air. A l’heure actuelle, mon champ a reçu tout l’engrais dont il a besoin » a-t-il indiqué. Mamadou Diarra, qui espère une grosse production, cette année par rapport à l’année précédente, salue les autorités pour leur engagement dans le cadre de la sécurisation de leur zone et remercie la direction de l’Office du Niger pour avoir réhabilité le canal et le distributeur de Ké-Macina qui a réglé le problème d’eau dans leur zone. Dans la zone de production de Kolongo, Souleymane Coulibaly dit Koblen, un producteur de riz a pu exploiter une superficie de huit ha et demie cette année. Son champ que nous avons visité, présente une bonne physionomie et est rassurant quant à une bonne récolte. Son secret : la fumure organique. « Je n’ai pas eu de difficulté par rapport à la campagne. J’ai commencé mes premiers travaux avec la fumure organique que je prépare moi-même. Appréciez, vous même, le résultat » s’est-il exclamé. Le vieux producteur salue la présence des forces de l’ordre qui font des patrouilles. « La zone s’est beaucoup stabilisée. Cette année je compte sur 100 à 120 sacs à l’ha » a-t-il confié. De vendeuse de son, Maïmouna Coulibaly dite Bou Maï est aujourd’hui productrice de riz. Dans la zone de production de l’Office du Niger à Molodo, elle exploite une superficie de quatre ha. Bou Maï cultive du riz, du maïs, du haricot et fait du maraîchage en contre saison. Pour la campagne en cours,, elle espère un bon rendement : « Les superficies cultivées nous donnent espoir. La difficulté majeure a été l’engrais. Les sacs que j’ai reçus n’ont pas été donnés à temps. Il y a une période pour mettre l’engrais. Passé ce délai, cela peut avoir un impact sur la production ». a-t-elle expliqué. Tout comme Koblen, elle a d’abord utilisé la fumure organique. Bou Maï estime que la sécurité s’est beaucoup améliorée. «J’ai pu travailler sans contrainte aucune grâce à la présence des forces de l’ordre», a-t-elle dit. Gaoussou Traoré, producteur de riz à Dogofry, souhaite plus de sécurité dans sa zone. « La campagne se déroule bien même si on a été confronté à des difficultés liées à la sécurité et à l’engrais. J’ai dû faire des manœuvres pour acheter la quantité nécessaire pour mon champ. Mais il y a trois jours, j’ai bénéficié de la subvention », a-t-il dit. Il a expliqué que là où se trouve son champ à Dogofry, la situation s’est améliorée. « Cependant, a-t-il indiqué, les producteurs à cause de l’insécurité, n’arrivent pas à accéder à leurs champs situés sur la ligne de Farabougou. » EFFORTS CONTINUS – Dans les zones de production de l’Office du Niger, les directeurs ont bon espoir quant à l’atteinte des objectifs. Ils souhaitent que les efforts se poursuivent sur le plan sécuritaire afin que l’espoir ne s’effrite au moment des récoltes. Le directeur de la zone de production de Ké Macina, Daouda Diarra, a précisé que sa zone compte sur un rendement de 6 tonnes à l’hectare, cette année. «Sur une prévision de 10.352 ha en casier, nous avons tout cultivé soit 100%. La sécurité est assurée dans nos trois casiers. Il n’y a pas d’endroit où nos producteurs ne peuvent se rendre. Les travaux d’entretien ont, aussi, été faits à cent pour cent. C’est ce qui nous a permis cet bon résultat», a-t-il expliqué. A Niono, le directeur, qui se veut rassurant, est convaincu que sa zone fera une campagne exceptionnelle cette année. « La physionomie est satisfaisante. Sur une prévision de 14.346 ha, nous avons pu mettre en valeur 14.145 soit 98,60%. Un taux record cette année », a-t-il indiqué, soulignant que la situation sécuritaire s’est beaucoup améliorée cette année par rapport à l’année dernière. Le directeur de la zone de production de M’bewani, Auguste Drago, espère sur une production de 149.890 tonnes. Dans sa zone, sur une prévision de 23 060 ha en casier, environ 19.500 ha ont été mis en valeur soit un taux de réalisation de 81%. « Les terres aménagées et réceptionnées de l’Union européenne (UE) et de la Banque mondiale, d’une superficie de 3.000 ha n’ont pas été exploitées à cause de l’insécurité. Les préparatifs
Spécial 22 septembre 2022-Textile malien : Retour en grâce du «Made in Mali»
Par Amadou SOW Ce grand essor des tissus traditionnels maliens est perçu comme un symbole de fierté nationale et une expression de patriotisme. Mais surtout de soutien à la volonté de s’extraire du joug de la domination extérieure L’affirmation de notre identité passe-t-elle aussi par le textile malien ? Beaucoup répondent par l’affirmative au regard des actions de promotion de nos tissus traditionnels par les autorités de la Transition. Ainsi, celles-ci ont fait du développement du coton local, leur cheval de bataille. La valorisation des habits à base de cotonnade est un grand pas dans ce sens. Le processus remonte aux premières heures de l’indépendance de notre pays. Bien que l’état a réussi des actions comme la création d’usines, de centres de formation, l’organisation des foires et l’adoption de textes relatifs à la promotion et la vulgarisation du textile malien, le chemin à parcourir pour imposer le made in Mali à une plus grande échelle reste long et plein d’embûches. Le «Mali Kura» doit se nourrir d’une gouvernance vertueuse, de la volonté de retourner à certains fondamentaux. Il doit aussi reposer sur la mise en valeur de nos tissus «Malifiniw». C’est dans cette vision que les nouvelles autorités ont entrepris de mettre en exergue le label malien. Un accent particulier a été mis sur la production locale afin d’imposer la marque du pays. PLUS DE 42% DE LA POPULATION – Le directeur général du Centre de développement de l’artisanat textile (CDAT), Ousmane Coulibaly, rappelle les efforts de relance du textile à travers le ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme. Et l’adoption par le gouvernement de la Politique nationale de l’artisanat qui intègre le textile. Notre interlocuteur évoque aussi les mécanismes de production et de consommation du textile malien, l’organisation de la 3è édition du Salon international de l’artisanat du Mali (Siama) qui traduit la volonté du président de la Transition, le colonel Assimi Goïta, de répondre à l’aspiration profonde de faire de l’artisanat un moteur de croissance, de développement, de création d’emplois et de richesses. Ce secteur occupe plus de 42% de la population et contribue significativement au Produit intérieur brut (PIB) du pays. Ousmane Coulibaly parle également des initiatives privées comme les Journées textiles du Mali à l’initiative de l’Alliance des journalistes pour le développement de la culture (AJDE). Le développement de la filière coton qui a servi de stimulant à la relance des usines et unités de fabrique de tissus, l’appui institutionnel aux faitières, la création de la route du textile (Bamako-Ségou-Markala), de plateformes promotionnelles du textile, entre autres, sont à mettre à l’actif des autorités. L’Etat a aussi relancé la Compagnie malienne de Textile (COMATEX) en injectant une première tranche de plus de 600 millions de Fcfa. Il y a eu aussi l’organisation d’un atelier national intitulé : «Vision concertée dans le secteur de l’industrie textile», la formation des acteurs de la chaine, l’augmentation de la production à travers la validation d’un programme quinquennal du CDAT. Toutes ces actions ont permis à notre pays de retrouver son leadership dans la production du coton. Environ 2% seulement sont transformés. D’où la nécessité d’œuvrer à la promotion du made in Mali. Cela implique la disponibilité de ressources humaines qualifiées, la revitalisation des structures de formation comme le Centre de recherche et de formation pour l’industrie textile (Cerfitex) de Ségou. ADHÉSION – «Oui, le textile malien a connu un grand essor pendant la Transition», constate le promoteur de Biotex, Moussa Bagayoko. Le sexagénaire rappelle que jadis, un tissu traditionnel à base de cotonnade était offert au marié par sa belle-mère qui confectionnait elle-même la matière première (le fil). Avec ce tissu, le beau-fils devait coudre un grand boubou. Aujourd’hui la population adhère à la valorisation du textile malien. Tisserands, revendeurs, tailleurs et autres acteurs des métiers connexes se frottent les mains. Ce boom du made in Mali est perçu comme un symbole de fierté nationale et une expression de patriotisme et de soutien à la volonté de s’extraire du joug de la domination étrangère. Premier ministre, membres du gouvernement et présidents des institutions s’habillent fièrement de tissus maliens. On se souvient du passage du Premier ministre Choguel Kokalla Maïga à la tribune des Nations unies en septembre 2021, vêtu de son grand boubou en tissu de cotonnade. Aussi des millions de Fcfa ont été injectés dans des projets de relance d’usines de fabrique de tissus ou de fils. Le gouvernement et ses partenaires entendent convenablement approvisionner le marché en matière première. Un projet de labélisation du textile malien est actuellement en cours en vue de permettre à nos compatriotes de consommer malien. Aïchatou Dembélé, styliste et promotrice de Farafina Design, souligne les difficultés à accéder aux matières premières : «l’accès aux matières premières est toujours difficile alors que la demande augmente». Oumarou Tamboura, tisserand à Daoudabougou, confie que sa profession reprend des couleurs. Elle se réjouit du fait que l’accompagnement du ministère en charge de l’Artisanat y est pour quelque chose. Précisons que le CADT a été créé en 2012 grâce au projet Tissuthèque initié par le gouvernement et l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel, avec l’appui financier du Japon. La structure a pour mission la transformation artisanale des textiles produits localement. AS (AMAP)
Spécial 22 septembre 2022-Filière coton : Plus que jamais essentielle au tissu économique
Par Moriba COULIBALY L’or blanc se positionne comme la culture de rente leader et stratégique représentant 15% du Produit intérieur brut et 25% des recettes d’exportation. Il génère par an un chiffre d’affaires de 250 à 300 milliards de Fcfa en favorisant beaucoup d’activités qui font tourner l’économie à l’échelle locale, régionale et nationale L’économie malienne tient sur deux piliers essentiels et incontournables que sont la production agricole (agriculture, élevage, pêche) et la production aurifère. Pour la production agricole qui nous intéresse ici, le coton se positionne comme la culture de rente leader et stratégique qui occupe une place de choix dans les recettes d’exportation. En effet, la filière coton représente 15% du Produit intérieur brut (PIB) et 25% des recettes d’exportation. En moyenne, le coton représente un chiffre d’affaires de 250 à 300 milliards de Fcfa par an, ce qui justifie bien la place qu’occupe le Mali dans le peloton de tête des producteurs africains. L’importance de la filière coton se mesure également au nombre d’activités qu’elle génère et fait tourner l’économie à l’échelle locale, régionale et nationale. Par un effet d’entrainement, la production cotonnière implique outre les producteurs et plusieurs autres segments de l’économie comme les transporteurs, les transitaires, les douanes, les fournisseurs de pièces d’usine, de lubrifiants, d’engrais. Par ailleurs, les unités de production d’aliments bétail, d’huile alimentaire extraite de la graine de coton, les entreprises de travaux publics, les banques etc. sont autant d’activités en lien avec la production de coton. Au-delà de ses effets d’entrainement très bénéfiques pour l’économie nationale, la filière coton étend ses activités en dehors des frontières de notre pays. À ce titre, la Côte d’Ivoire représente une destination historique pour l’évacuation de la fibre vers le marché international, a révélé Cheick Tidiane O. Doucouré, directeur général adjoint de la Holding Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT). Le port autonome d’Abidjan est secondé par celui de San Pedro, ajoute notre interlocuteur. Ainsi, la Côte d’Ivoire représente près de la moitié des évacuations du coton vers le marché international (49%), le reste de la production est répartie entre les autres ports de Dakar (Sénégal, 2è position), Lomé (Togo) tout récemment Conakry (Guinée Conakry) et Nouakchott (Mauritanie) qui sont venus s’ajouter depuis l’instauration de l’embargo de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) et de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) en janvier dernier. Ces deux dernières destinations ont représenté la bouée de sauvetage offerte par la Guinée Conakry et la Mauritanie en vue de desserrer l’étau que constituait l’application de l’embargo contre notre pays. 5 À 7 MILLIARDS DE FCFA – La Côte d’Ivoire représente une part non négligeable dans l’expédition du coton malien vers l’extérieur, confirme avec fierté Cheick Tidiane O. Doucouré. Ainsi au cours de la campagne agricole 2017/2018 ce sont 147.300 tonnes de fibres qui ont été évacuées vers ce pays voisin. La campagne suivante ce sont 136.500 tonnes et en 2019/2020, ce sont 129.000 tonnes, soit 44% de la production de coton qui ont été évacués sur la Côte d’Ivoire. Pour la présente campagne d’exportation, la CMDT est à un peu plus de 50.000 tonnes de fibres évacuées par la Côte d’Ivoire. Et les opérations d’exportation se poursuivent normalement aussi bien sur la destination ivoirienne que sur les autres corridors comme Dakar, Conakry et Nouakchott, révèle le directeur général adjoint. Il précise ensuite que les évacuations de la fibre de coton représentent un chiffre d’affaires de l’ordre de 5 à 7 milliards de Fcfa qui sont versés pour assurer les frais d’assurance, de douane, de transit et de transport. Au retour, les transporteurs chargent du fret constitué généralement d’engrais minéraux qui sont commandés par la CMDT pour la prochaine campagne agricole. Cheick Tidiane O. Doucouré révèle aussi que la CMDT utilise les ports de la Côte d’Ivoire pour d’autres opérations. Il expliquera à ce propos que les commandes de pièces d’usine, les engrais minéraux (300.000 tonnes en moyenne par an), les produits pétroliers (gaz-oil et pétrole pour les unités d’égrenage et les véhicules), les emballages en polypropylène dans lesquelles est emballée la fibre de coton, arrivent généralement par les ports de ce pays voisin. Ces opérations génèrent des ressources et contribuent à renforcer l’économie ivoirienne. La valeur marchande de ces différentes opérations de transactions tourne autour de 193 milliards de Fcfa. Ainsi les produits pétroliers qui représentent plus de 13 millions de litres par an par la CMDT sont raffinés sur place et ensuite transportés vers le Mali. Il en est de même pour les engrais qui, arrivés en vrac par bateaux en Côte d’Ivoire, sont ensachés sur place avant d’être expédiés vers le Mali. Signe de l’importance du transit par la Côte d’Ivoire : le géant du coton prévoit de construire un entrepôt à San Pedro pour un investissement de près de 4 milliards de Fcfa. C’est fort de la qualité des opérations dans les différents ports ivoiriens que la CMDT maintient sa coopération avec ce pays voisin. Toutefois, elle se réjouit de l’ouverture vers d’autres ports comme cela a été le cas pendant l’embargo. Cette bouée de sauvetage offert par les voisins guinéens et mauritaniens permet au géant du coton de ne pas mettre tous ses œufs dans un même panier et lui offre l’opportunité de trouver d’autres solutions de rechange si par malheur la situation de blocage de l’économie devrait se répéter. MC (AMAP) Encadré : Diversification Comme le dit l’adage, «l’appétit vient en mangeant» avec ces nouveaux débouchés trouvés, la CMDT élargit la voilure. Elle envisage d’augmenter progressivement sa production et d’agrandir en conséquence son parc industriel. Pour cela dans le cadre de son plan stratégique de développement de la filière, elle envisage d’améliorer la productivité du coton à travers la recherche agronomique et de s’ouvrir à d’autres filières agricoles rentables et prometteuses comme la culture du soja et du maïs. Le soja a pour particularité de fixer l’azote dans le sol dont les plantes ont besoin. De ce fait, l’introduction à grande échelle de cette plante va contribuer à
Spécial 22 septembre 2022-Sécurité alimentaire et nutritionnelle : Plus de 34.000 tonnes à la disposition des couches vulnérables
Par Yacouba TRAORE Le nombre de personnes en insécurité alimentaire est en croissance constante dans notre pays. De 2016 à 2022, il est passé de 500.000 à un peu moins de 2 millions (8,48% de la population). L’État a mobilisé des moyens pour une réponse adéquate Depuis quelques décennies, le Mali fait face à des défis majeurs en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle à savoir, le changement climatique, la sécheresse et la mauvaise répartition de la pluviométrie qui ont engendré une insécurité alimentaire et nutritionnelle devenue récurrente. Il y a près d’une décennie bientôt, dans les régions du nord et du centre, notamment Ségou, Mopti, Tombouctou, Gao et Ménaka, les terroristes harcèlent les producteurs agricoles en les empêchant d’accéder à leurs champs. Les rares producteurs qui arrivent à cultiver les champs, assistent à la destruction de leurs récoltes. C’est le cas dans la Région de Mopti et une partie de celle de Ségou. Le Sahel occidental à savoir les Cercles de Kayes, Nioro, Diéma, Yélimané et Nara sont devenus des poches endémiques d’insécurité alimentaire et nutritionnelle aiguë à cause des insuffisances pluviométriques et des attaques des terroristes. Par ailleurs, les zones agricoles du Delta central du fleuve Niger de Macina à Ténenkou en passant par Diré, Goundam, Niafunké jusqu’à Tombouctou, connaissent d’importantes inondations suite aux constantes crues. En outre, depuis le début de la crise ukrainienne, les marchés internationaux subissent de plein fouet une inflation, avec une répercussion sur les prix de certaines denrées alimentaires, notamment le blé, le riz, le sucre, l’huile, et cela a impacté toutes les mesures d’anticipation prises. À cela s’ajoute la pandémie de la Covid-19 et les conséquences de l’embargo imposé à notre pays par les institutions régionales et sous régionales. Le ministre commissaire à la sécurité alimentaire, Redouwane Ag Mohamed Ali, explique que son Service est l’instrument fondamental du gouvernement pour évaluer et analyser chaque année après la campagne agricole la situation alimentaire et nutritionnelle du pays, et développer un plan de réponses, assorti d’une évaluation des besoins. La mission dévolue à cette structure, est d’assurer à tout moment, à l’ensemble des populations, la disponibilité d’une alimentation équilibrée, suffisante et saine afin de contribuer à la réduction de la pauvreté, à la consolidation de la paix sociale et à la réalisation d’un développement durable. Pour atteindre cet objectif majeur, précise Redouwane Ag Mohamed Ali, notre pays s’est doté d’une politique nationale de sécurité alimentaire et nutritionnelle qui constitue désormais le cadre fédérateur des problématiques. INVASIONS ACRIDIENNES – Ce processus commence par le Système d’alerte précoce (SAP) qui est au début et à la fin du processus de sécurité alimentaire au Mali. Le SAP est au cœur des mesures qui permettent de limiter la perte de vies et de moyens de subsistance due aux aléas et aux catastrophes. Pour le coordinateur du SAP, Moussa Goïta, les aléas en l’occurrence sont ceux qui surviennent à la suite d’un événement avec peu ou pas de signes précurseurs, tels que les inondations, les invasions acridiennes, etc. Dans les deux cas, la capacité de faire face aux facteurs qui font qu’un aléa devient une catastrophe, peut aider à sauver les vies mais également les moyens de subsistance des populations à risque. Les données du SAP sont utilisées pour atténuer la perte en vies humaine et de moyens de subsistance due aux aléas et aux catastrophes. Ils sont constitués d’une série de mécanismes de surveillance organisée ou d’actions qui collectent des informations sur les aléas potentiels dans un lieu donné afin de déclencher en temps opportun des interventions coordonnées. En effet, l’Observatoire des marchés agricoles (OMA) intervient pour nous renseigner sur les prix des produits de première nécessité sur les marchés agricoles mais aussi leur disponibilité. Et enfin, l’Office des produits agricoles du Mali (OPAM) est mobilisé pour procéder aux achats des stocks qui seront distribués gratuitement aux personnes en situation de vulnérabilité. L’insécurité alimentaire dans notre pays connait une croissance constante de 2016 à 2022. C’est pourquoi dans le cadre du Plan national de réponse (PNR), certaines zones touchées bénéficieront d’une réponse adéquate. Le PNR 2022 couvrira les 1.2 million de personnes. L’État mettra à la disposition des couches vulnérables 34.147 tonnes qui seront distribuées sur l’ensemble des communes du Mali. Le coup d’envoi de l’opération de distribution de vivres a été donné en juillet dernier par le président de la Transition, le colonel Assimi Goïta. La majeure partie des populations en urgence se trouve dans les Cercles d’Ansongo, Bourem, Gao, Ménaka, Nioro, Bandiagara, Bankass, Djenné, Douentza, Koro, Niono et Gourma Rharous. La situation des personnes déplacées internes des Régions de Ségou, Mopti, Tombouctou, Gao, Ménaka et Bamako a été analysée par le cadre harmonisé et est évaluée à 140.401 personnes. Les zones de production en précarité recevront également de l’aliment bétail, de l’aliment pour les poissons mais aussi des appuis pécuniaires destinés aux ménages vulnérables. Le PNR comprend également des actions de soutien, d’appui aux maraîchers, en termes de semences, d’aménagement, d’accès à l’eau et d’outils agricoles. Pour atteindre les résultats escomptés, le gouvernement a mobilisé cette année sur le budget national, plus de 8 milliards de Fcfa en plus des 7,5 milliards mobilisés dans le cadre de l’indemnisation de l’assurance African Risk Capacity (ARC). YT (AMAP)
Spécial 22 septembre 2022-Barrage de Markala : Grand corps malade
Par Cheick Amadou DIA Le barrage de Markala est la pièce maîtresse du système d’irrigation de l’Office du Niger. Sa construction a commencé en 1934 pour s’achever en 1947. Il est construit en deux parties, un barrage mobile et un barrage fixe constitué de digues en terre. La partie mobile est un barrage à hausses basculantes et de type AUBERT. Elle comporte une structure en béton constituée d’un radier sur lequel sont installées les hausses mobiles. Construit avec la technologie des années 1930, l’ouvrage vieux de 90 ans, présente des signes d’usure structurelle. Il connaît des pannes récurrentes, en particulier sur les chariots de manœuvre des hausses et sur le système électrique depuis 2016. L’étude d’inspection technique et d’auscultation du barrage et des ouvrages connexes réalisée en 2017 a relevé des avaries multiples, causées par les pannes mécaniques et électriques. L’usure de la structure métallique est due à la corrosion. Il y a aussi l’état précaire des chariots de manœuvre des hausses, l’état défectueux des cabines de commande, des équipements mécaniques et électriques des chariots. Le système électrique et mécanique dégradé et vieillissant, manque de pièces de rechange qui ne sont plus disponibles sur le marché. Ce qui conduit à un écoulement anormal des puits de drainage et le bouchage des piézomètres. Le système hydromécanique et les ouvrages connexes sur le barrage sont défectueux. On constate des fuites d’eau au niveau du bajoyer de l’écluse de Thio. Des problèmes électriques et mécaniques sont enregistrés sur tous les ouvrages annexes. Devant l’urgence des travaux de réparation, la direction de l’Office du Niger a informé son département de tutelle en vue de prendre des dispositions pour réaliser les travaux de sauvegarde du barrage et de ses ouvrages annexes, pour un budget de 3,5 milliards de Fcfa. Une convention de partenariat a été signée avec les Ateliers militaires centraux de Markala (AMC) pour la réalisation des travaux de réparation. Lors d’un conseil de cabinet restreint tenu à la Primature, le 14 décembre 2021, le gouvernement a décidé de prélever sur les fonds du département du Développement rural. Le montant est réparti entre le Fonds national d’appui à l’agriculture (1 milliard Fcfa), le Contrat-plan État/Office du Niger/exploitants agricoles 2019-2023 (1 milliard Fcfa) et le Programme de subvention des équipements agricoles (1,5 milliards Fcfa). Après la signature de convention, des dispositions devaient être prises par les ministères de l’Économie et des Finances et du Développement rural pour procéder au paiement. à ce jour, les ressources financières n’ont pas été mises à la disposition des AMC, constate-t-on au niveau de l’Office du Niger. Malgré ce retard dans le paiement, les AMC sont à pied d’œuvre pour la réalisation des travaux. CAD (AMAP)
Spécial 22 septembre 2022-Office du Niger : L’insécurité plane sur le grenier à riz
Par Cheick Amadou DIA Dans leur combat pour imposer un islam obscurantiste dans notre pays, les terroristes empêchent les paysans d’accéder aux champs et détruisent les récoltes et le matériel agricole. L’objectif est de soumettre les populations par la terreur de la faim Qui veut asservir un peuple, l’affame. Tel semble être le « modus operandi » des groupes terroristes qui sévissent dans la zone Office du Niger, depuis plusieurs années. Véritable « grenier à riz » du Mali, c’est l’un des périmètres irrigués les plus étendus et les plus anciens de l’Afrique de l’Ouest, située sur la rive gauche du fleuve Niger, dans son delta intérieur du cours d’eau, à 250 km en aval de Bamako. Avec ses 100.000 hectares de terres irrigués, l’Office du Niger compte aujourd’hui parmi les plus grands aménagements hydro-agricoles du continent africain et contribue fortement à la sécurité alimentaire de notre pays, avec une production annuelle d’environ 500.000 tonnes de riz. Les productions principales sont le riz, le maraîchage, le sucre et les produits d’élevage. Depuis plus de 3 ans, l’Office du Niger n’arrive plus à atteindre ses objectifs de production à cause de l’insécurité qui s’est installée dans la zone. Pendant la campagne 2020-2021, cette situation a provoqué de nombreuses pertes en vies humaines, des destructions de biens et d’ouvrages hydrauliques, des vols de récoltes et de bétail, des incendies criminels de gerbiers et de champs à maturité, de matériels agricoles, l’impossibilité d’accéder à certaines parcelles et la réduction du rayon d’action de l’encadrement technique, regrette Abdel Kader Konaté, Président directeur général de l’Office du Niger. MANQUE À GAGNER – La situation a conduit la direction et les Comités paritaires de l’Office à accorder aux producteurs victimes de l’insécurité, un dégrèvement total (abandon de la redevance-eau) sur 5 271,67 hectares et un manque à gagner de 303.157.002 Fcfa pour le budget 2021 de l’Office du Niger, qui a été également affecté par le non-recouvrement de 841 millions de Fcfa et une réduction de 600 millions de Fcfa opérée sur la contribution de l’État, précise Bamoye Keïta, directeur de l’Appui au monde rural à l’ON au moment de notre passage. Malgré ce niveau de dégrèvement sans précédent, au 31 mars 2021, date limite de paiement de la redevance, le montant recouvré était de 3,8 milliards de Fcfa sur un montant à recouvrer de 6,9 milliards de Fcfa qui représente un taux de 55,18% et un reliquat de 3,1 milliards de Fcfa. Face à ce constat alarmant, l’Office du Niger, à la demande des producteurs à travers leurs responsables, a reporté le délai de paiement de la redevance de 3 mois, le ramenant au 30 juin 2021. Aussi, les décisions d’éviction pour non-paiement de la redevance au titre de la campagne agricole 2020-2021, n’ont été signées que le 22 juillet 2021, signale-t-on à la direction de l’Appui au monde rural. Suite à une requête du président de la Chambre régionale d’agriculture de Ségou, lui demandant le différé du paiement de la redevance jusqu’au 30 novembre 2021, au bénéfice des producteurs impactés par l’insécurité, le ministre du Développement rural a demandé à l’Office du Niger de convenir avec la Chambre, des modalités de recouvrement du reliquat, tout en préservant les acquis fondamentaux de l’entreprise. Un moratoire a été accordé à cet effet, sur l’application de la décision d’éviction, aux producteurs en difficulté qui acceptent de s’engager par écrit, à s’acquitter de leur dette au plus tard, le 30 novembre 2021. 20.678 PERSONNES DÉPLACÉES – Malgré toutes ces facilités accordées et les mesures d’apaisement prises par la direction de l’Office, le taux global de recouvrement n’a atteint que 87% avec un reliquat non recouvré de 840,8 millions de Fcfa. En prenant en compte le dégrèvement de 303 millions et la réduction de 600 millions de Fcfa opérée sur la contribution de l’État, la perte globale de ressources au niveau de l’Office du Niger, au titre de la campagne agricole 2020-2021, s’élève à 1,7 milliard de Fcfa. Dès le début de la campagne 2021-2022, des entraves à la circulation des personnes et des biens ont été constatées sur les principaux axes routiers de la zone Office du Niger et les chemins d’accès aux villages et aux périmètres. La recrudescence des attaques terroristes et la multiplication des groupes d’auto-défense ont de graves conséquences sur la vie des populations. On enregistre à ce jour, 298 pertes en vies humaines, 132 personnes portées disparues, 96 villages et hameaux déplacés, 20 678 personnes sont déplacées, 6 292 hectares de champs abandonnés pour une perte des récoltes estimée à 60.797,21 tonnes. Il y a aussi la destruction de 402 matériels agricoles, tous types confondus. La mise en valeur des terres a été énormément perturbée, signale Bamoye Keïta. Sur les 130.993 hectares prévus cette saison, seuls 106.098 hectares ont pu être mis en valeur, soit une différence de 24.894,93 hectares. En effet, les 2.548 hectares, en cours d’aménagement à M’Béwani et réalisés à 95%, n’ont pas pu être achevés à cause des attaques récurrentes sur le chantier avec des enlèvements de personnes et de véhicules et des destructions d’engins lourds de chantier. Il en est de même des 500 hectares, précédemment réalisés par le Projet d’accroissement de la productivité agricole au Mali (PAPAM), qui n’ont pas pu être mis en valeur parce qu’ils dépendent du même réseau que les 2 548 hectares non achevés. Les 400 hectares du projet Molodo Nord, réceptionnés et attribués, n’ont pas pu être mis en valeur à cause de l’insécurité. Interdiction ayant été faite aux attributaires d’y accéder. Dans l’ensemble des zones et, de manière plus prononcée à Kouroumari, N’Débougou et Molodo, ce sont 21.936,93 hectares qui n’ont pas pu être exploités à cause des déplacements de populations et de l’impossibilité d’accéder aux périmètres. INTERDICTION D’ACCÈS AUX PARCELLES – Les opérations de récolte en cours dans toutes les zones sont fortement entravées par l’insécurité avec l’interdiction d’accès aux parcelles en maturité. Ainsi, il n’est pas garanti que les 106.098 hectares mis en valeur puissent être entièrement récoltés, avertit le responsable
Spécial 22 septembre 2022-Accès à l’engrais subventionné : Parcours du combattant pour les producteurs
Par Cheick Mocatr TRAORE L’Etat a prévu de mobiliser 17 milliards de Fcfa, cette année, pour permettre aux paysans de disposer d’une partie de leurs besoins en fertilisants chimiques à un prix abordable. Mais les quantités commandées ne sont pas disponibles du fait de la défaillance de certains fournisseurs. Du coup, le sac de 50 kg à 12.500 Fcfa demeure un mirage pour beaucoup de producteurs agricoles La flambée et la volatilité des prix des engrais persistent à travers le monde. Au Mali, à cause des prix élevés, les engrais ne sont pas à la portée de la bourse de l’écrasante majorité des producteurs agricoles. Pour pallier la difficulté, l’Etat mobilise des ressources pour subventionner une partie de l’approvisionnement en engrais. Problème : l’accès à l’engrais subventionné est un parcours du combattant pour les producteurs. Administration et opérateurs économiques se rejettent la faute. Quelles en sont les raisons véritables ? Cette situation risque-t-elle de compromettre la sécurité alimentaire, cette année ? Est-il encore possible de rectifier le tir ? Pour la présente campagne agricole, l’engrais subventionné représente 15% des besoins des producteurs des zones hors CMDT. Il est cédé à 12.500 Fcfa. L’État paie les fournisseurs selon un prix convenu pour que les producteurs puissent obtenir le précieux fertilisant à 12.500 Fcfa le sac de 50 kg. Le montant total des ressources financières mobilisées, pour cette campagne, se chiffre à 17 milliards de Fcfa. C’est au prix du marché que producteurs achèteront les 85% de leurs besoins en engrais. Sur les six fournisseurs sélectionnés pour ravitailler l’Office du Niger en engrais subventionné, un seul a pu honorer entièrement son contrat. Cette situation est, de l’avis du ministre du Développement rural, Modibo Keïta, due essentiellement à l’accès difficile au prêt bancaire par certains fournisseurs. Il faut dire que de nouveaux fournisseurs ont fait leur apparition dans le négoce de l’engrais cette année parce que les pouvoirs publics en ont décidé ainsi, avec l’objectif de casser le quasi monopole des sociétés Gnoumani, Toguna, Doucouré. Le ministre du Développement rural pense que l’ouverture du marché à d’autres opérateurs économiques n’a pas été du goût des fournisseurs traditionnels qui auraient exigé le règlement des impayés de 2019 et 2021, avant toute nouvelle fourniture d’engrais. Le ministre Modibo Keïta croit savoir que les magnats de l’engrais ont rechigné à jouer le jeu parce qu’il leur est plus profitable de vendre l’engrais au comptant, en mettant en avant le prétexte de la «hausse mondiale des prix». C’est ainsi qu’ils aurient exigé de vendre le sac d’engrais à 50.000 Fcfa à l’État et continuer à servir les zones qu’ils ravitaillaient habituellement. VRAIMENT TARD – Les fournisseurs d’engrais disent n’avoir jamais tenu de tels propos. Précisons que la Société Doucouré partenaires agro-industrie (DPA) et Gnoumani S.A sont les principaux fournisseurs d’engrais en zone Office du Niger. Diadjé Ba, le patron de Gnoumani S.A, soutient que le ministère du Développement rural a exclu les fournisseurs traditionnels du marché de l’engrais subventionné. Il assure que la quantité d’engrais nécessaire à la campagne agricole en cours est disponible dans ses magasins. Quant à la société DPA, elle dit disposer d’un stock estimé à 700.000 tonnes, suffisant également pour satisfaire les besoins des producteurs. La société DPA fournit de l’engrais à 193 organisations paysannes de l’Office du Niger. Le sac de 50 kg de NPK 162-612 est cédé à 37.500 Fcfa, soit 750.000 Fcfa la tonne. Celui de l’Urée est vendu à 33.750 Fcfa, soit 675.000 Fcfa la tonne. Pendant que les autorités et les fournisseurs se rejettent la responsabilité, les producteurs voient leurs cultures pâtir du manque de fertilisants. « L’engrais fait défaut cette année, déplore le président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCAM). Les fournisseurs n’ont pas pu honorer leur contrat. C’est maintenant que certains disent qu’ils vont les honorer. Il est vraiment tard ». Selon Sanoussi Bouya Sylla, les responsables n’ont pas su anticiper. « Dès la crise de Covid-19, on savait ce qui allait se passer. Si des dispositions avaient été prises à temps, si on avait donné la fourniture de l’engrais à ceux qui ont la capacité technique et logistique, on n’en serait pas là. La responsabilité incombe à ceux qui ont donné le contrat à des gens qui n’ont pas pu livrer », fustige-t-il, estimant qu’il faut situer les responsabilités et tirer les leçons. Cette situation devrait être évitée, fulmine notre interlocuteur qui rappelle qu’une mission de la direction nationale de l’agriculture à laquelle un représentant de l’APCAM a participé avait fait l’état de l’engrais dans le pays, avant la période d’hivernage. « Si on avait par exemple écouté les paysans, on aurait plaidé pour réduire le quota en engrais organique en faveur de l’engrais chimique. Dans beaucoup de zones, il y a eu ce problème de reconversion », déplore Sanoussi Bouya Sylla. Pour espérer rectifier le tir, « nous devons préparer la contre-saison de riz et une offensive maraîchère sur les tubercules…», propose le président de l’APCAM. Qui invite à revoir le mécanisme d’approvisionnement en engrais. Il plaide pour l’enregistrement des exploitations familiales avec la géolocalisation assortie de la carte professionnelle agricole comme le préconise la Loi d’orientation agricole (LOA) dans ses articles 16, 19 et 21. Le manque de fertilisants peut fortement compromettre la sécurité alimentaire dans le pays, alerte Sanoussi Bouya Sylla. Le maïs et le riz ont nécessairement besoin d’engrais chimiques. CMT (AMAP) Encadré : Avancées majeures Le président de la Transition ambitionne de faire de l’Agriculture le moteur du développement économique et sociale du Mali, en renforçant la traçabilité des investissements dans le secteur. «Je remercie le chef de l’État qui a instruit le ministre du Développement rural d’amorcer cet enregistrement des exploitations familiales agricoles avec géolocalisation pour voir la traçabilité de ses actions avec les paysans », s’est réjoui le président de l’Apcam. Aujourd’hui, renchérit Sanoussi Bouya Sylla, le président Assimi Goïta parle de la loi de programmation des investissements du secteur agricole qui est le seul cadre définit pour le financement du secteur agricole dans la Loi d’orientation agricole (LOA). Le chef de l’État a également

