Pêche collective dans le Mandé : Un grand rituel

Par N’Famoro KEITA Bamako, 14 juin (AMAP) Au Mandé, dans une zone située à cheval entre le Mali et la Guinée, la pêche collective est un rendez-vous immanquable. Elle mobilise toutes les tranches d’âge avec des outils de pêche modernes et rudimentaires. Certains pêcheurs sont munis de paniers (soussou) en manding, de harpons (massaka). D’autres se contentent simplement d’utiliser de vieux sacs de céréale vides, des baignoires voire des bidons. Tous y viennent dans l’espoir de réaliser une bonne pêche. Au Mandé, tous les villages riverains du fleuve Niger  (ou presque) disposent d’un ou de plusieurs mares destinées à la pêche collective. À l’occasion, le village hôte invite les voisins à prendre part à ce rituel. Les invitations sont envoyées une semaine avant le grand jour déterminé en fonction des mares et des considérations locales. La pêche collective qui est profondément ancrée dans les pratiques est un vecteur de paix et de cohésion sociale entre les communautés. Elle est perçue comme ce facteur de renforcement de la paix et de la cohésion sociale entre les communautés. Cet événement mobilise toutes les tranches d’âge.  GRANDE MOBILISATION – Nous sommes un lundi du mois d’avril. La Commune de Nouga (dans le Cercle de Kangaba), à environ 4 km du territoire guinéen, lance sa saison de pêche collective. Tôt le matin, les pêcheurs préparent les filets et autres pièges à jeter dans les eaux de la mare, située à près de 3km du village. Ils arrivent, en grand nombre, à pied, dans des charrettes à traction animale, mais aussi sur des motos et des vélos. Les sentiers menant à la mare grouillent de monde. C’est la grande mobilisation autour de cette activité de pêche. Tous sont prêts et attendent le coup d’envoi de ce rituel, parce que tant que les autorités coutumières ne donnent pas le top départ, personne n’a le droit de pêcher dans la mare.  En attendant, les pêcheurs amassés autour de la mare, affutent leurs outils. Quelques instants après, le clap de départ est donné. On entend des cris de joie : «an ka ta», on y va, en français. Sur ces entrefaites, on aperçoit une personne se dirigeant avec son filet au milieu de l’eau, c’est le libérateur du jour. Il plonge son filet dans l’eau, et tout d’un coup la mare est envahie par de nombreux pécheurs. Chacun y va de sa «science» de la pêche pour avoir une bonne collecte. Dans un brouhaha général, on se bouscule et s’invective parfois. Certains lancent des «i bô n’a jô kônô», prosaïquement retire toi de mon périmètre. À ce stade, la panique s’empare de la faune aquatique qui s’y trouve, car au-delà du poisson, il y a d’autres espèces qui y vivent. GROS SILURE – Quand un gros poisson est pris dans les mailles d’un filet, dans un piège, on s’extasie. Mme Hawa Magassouba, la trentenaire, trébuche dans l’eau et aperçoit un gros silure dans les mailles de son filet de pêche. Elle appelle à l’aide pour ne pas perdre cette grosse prise.  Avec l’aide d’autres pêcheurs, elle arrive facilement à extirper le poisson des mailles de son filet. Elle se réjouit de sa moisson et explique avoir l’intention de préparer un repas copieux pour son époux avec ce gros silure. Daouda Keïta est aussi heureux de sa collecte du jour. «Cette moisson va permettre au moins d’améliorer un petit temps l’ordinaire», explique-t-il à qui veut l’entendre, avec une pointe de bonne humeur. Par contre, Adama Keïta avait toutes les raisons d’être triste avec une collecte désastreuse. Il prend les choses avec philosophie et explique que ce n’est pas forcement à toutes occasions qu’on réalise une bonne pêche. D’autres pêchent avec des harpons. Ceux-ci collectent généralement les plus gros poissons tandis que d’autres se retrouvent avec du menu fretin. Après quelques heures de pêche, la fatigue se fera sentir chez beaucoup de pêcheurs. Ils retournent heureux pour la plupart avec des collectes intéressantes.  La pêche collective au Mandé est un événement périodique qui se tient, en général, au mois d’avril et peut s’étendre jusqu’au mois de juin.  NK/MD (AMAP)  Legde : L’événement mobilise toutes les tranches d’âges  avec des outils de pêche modernes et rudimentaires Djenné : RESTAURER LA COHÉSION ENTRE ÉLEVEURS ET AGRICULTEURS   Pour restaurer la cohésion sociale entre les communautés d’éleveurs et d’agriculteurs du Cercle de Djenné au centre du Mali, un projet intégré de gestion du pastoralisme y a été lancé en septembre 2021. Son objectif est de contribuer de façon significative à la stabilité de cette zone par la construction d’infrastructures pastorales et l’aménagement de parcours pastoraux au profit de près de 36 000 ménages.  La Minusma a investi près de 495 millions de Fcfa grâce à une contribution du Royaume-uni au Fonds fiduciaire pour la paix et la sécurité. La zone ciblée comprend plusieurs communes du Cercle de Djenné. Elles ont été identifiées de manière participative et inclusive, avec le consentement des autorités et des communautés locales. Parmi les activités spécifiques du projet, figurent la cartographie, la démarcation et la réhabilitation de 225 kilomètres de pistes et d’infrastructures pastorales, la construction de trois forages, la distribution de 700 kilogrammes de semences fourragères, la régénération d’un espace pastoral de 70 hectares, la production de cartes pastorales et l’établissement de mécanismes de gestion de pistes pastorales et des infrastructures. Le projet prévoit également une série de séances publiques et de campagnes radiophoniques d’information sur le fonctionnement des Commissions foncières (CoFo) et la résolution des conflits. En 2021, à travers un projet séparé, la MINUSMA avait facilité l’établissement et la revitalisation des CoFo dans les 12 communes et 145 villages du Cercle de Djenné. Trois axes principaux de chemins de transhumance, appelés localement « bourtol », avaient été identifiés, et depuis le début du projet, 75 km de pistes pastorales ont été délimités, le forage de trois puits pastoraux a commencé et des campagnes de sensibilisation ont été menées dans 10 villages. Dans ces localités, des comités de gestion des projets ont également été mis en place. Ils ont facilité les discussions

Des agents formés aux nouvelles techniques de lutte anti-braconnage

Bamako, 12 juin (AMAP) Quinze éléments des Eaux et Forêts et cinq des Forces armées ont reçu, jeudi dernier leur certificat de formation des formateurs sur les techniques de lutte anti-braconnage pour la protection des éléphants. Cette remise de parchemin, qui sanctionne deux mois d’apprentissage, s’est déroulée au Centre de formation pratique forestier à N’Tabacoro, sous la présidence du secrétaire général du ministère du Développement rural, l’inspecteur Mamadou Gakou. «Cette initiative est à saluer car elle vient à point nommé», a indiqué l’inspecteur Mamadou Gakou, précisant que le braconnage a pris de l’ampleur au point que cette pratique illégale menace la survie de certaines faunes. Ainsi, il a exhorté les stagiaires « à mettre à profit toutes les nouvelles techniques qu’ils ont apprises partout où besoin sera ». Le ministre du Développement rural, Modibo Keïta, avait fait le lancement officiel de la session de formation, le 23 mai dernier, a rappelé, le secrétaire général du département du Développement rural.  Cette formation visait à constituer une équipe pérenne professionnelle, dynamique, de haut niveau et à même de répliquer la formation, en termes de contenus techniques aux agents forestiers et aux militaires en vue d’une meilleure protection des pachydermes, a précisé le représentant de Wild Foundation.    «La formation des formateurs en lutte anti-braconnage est une expérience inédite qui traduit la vision du Mali d’autonomiser certains agents dans la protection efficace des éléphants du Gourma contre les braconniers», a poursuivi Nomba Ganamé. Selon lui, après cette formation, le vivier est disponible et prêt avec de nouvelles et meilleures techniques pour accomplir les missions qui lui sont assignées. « Dans le cadre de la lutte anti-braconnage, la direction nationale des Eaux et Forêts, en partenariat avec Wild Foundation et l’Etat-major des armées, a développé une stratégie de protection des éléphants, basée sur la mise en place d’une brigade mixte », a-t-il expliqué.  Il a, également, suggéré que les récipiendaires soient bien équipés en matériels de dernière génération pour être efficaces sur le terrain. «Nous sommes heureux et satisfaits d’avoir bénéficié de cette formation des formateurs, car durant cette formation nous avons appris de nouvelles techniques de lutte anti braconnage», a assuré le stagiaire Lagabé Maïga.  « Les stagiaires sont en mesure de former d’autres agents sur les connaissances acquises au cours de la session », a-t-il affirmé.  Enfin, il a exhorté ses collègues à utiliser à bon escient les nouvelles techniques apprises. Les partenaires de ce projet sont la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), l’Union européenne (UE), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Canada et le Royaume unis qui soutiennent la protection des éléphants du Gourma Et aussi Chengeta qui a accompagné cette formation des formateurs. Etaient présents à la cérémonie, le président de la commission développement rural, de l’environnement, de l’assainissement, de l’eau et de l’énergie du Conseil national de Transition (CNT), Mohamed Ousmane Ag Mohamedoune, la directrice nationale des Eaux et Forêts, Mme Kanouté Fatoumata Koné. YT/MD (AMAP)

Les fleuristes-paysagistes éclosent à Bamako, la capitale malienne   

Aboubacar TRAORE Bamako, 07 juil (AMAP) À Bamako, les espaces publics se transforment de plus en plus en pépinières pour les jardiniers et fleuristes. Ces derniers vendent sur ces espaces des fleurs ou des pieds de plantes d’ornement ou fruitières. Si la présence de ces fleuristes et jardiniers arrange bon nombre de nos concitoyens qui font des achats pour leurs besoins multiples, certains se plaignent également de la prolifération de ces sites qui peuvent servir de repaires pour des individus malintentionnés pour commettre leurs forfaits. Cela, à cause de la végétation de ces sites qui rend difficile la visibilité. Pourtant, l’installation de ces paysagistes est règlementée par des textes sauf que la loi n’est pas respectée par les utilisateurs. Ou plutôt, est ignorée par ces derniers et la clientèle.  Moussa Daou, chef de poste de la Direction urbaine du bon ordre et de la Protection de l’Environnement (Dupope) à la mairie de la Commune VI où le phénomène connait de l’ampleur, explique les conditions d’installation des jardiniers sur l’espace public. L’agent municipal indique que pour occuper un espace vert, le paysagiste doit adresser une demande d’occupation au maire de la commune concernée. Après réception de la demande, les services compétents de la mairie (Dupope), de l’Urbanisme, de l’Assainissement et des Eaux et Forêts effectuent une visite de terrain. Une fois autorisé par le maire sur approbation des services techniques, le jardiner doit s’acquitter des frais d’installation qui s’élèvent à 100 000 Fcfa par espace. Et après installation, il doit payer régulièrement la taxe municipale de 18 000 Fcfa par an. Selon le dernier recensement, réalisé il y a trois ans, il existe une trentaine de pépiniéristes en Commune VI, dont près de la moitié occupe illégalement les sites. « Mais la mairie, étant un service social, se montre très souvent indulgente avec les fleuristes », explique Moussa Daou. Ajoutant qu’en plus de leur contribution à l’embellissement de la ville, les pépiniéristes participent également à l’hygiène et à la préservation de l’environnement contre certains phénomènes comme la transformation des espaces vides en dépotoirs d’ordures ou autre usage répréhensible. Selon notre interlocuteur, la mairie de la Commune VI travaille en étroite collaboration avec la coopérative des horticulteurs. DÉFENSE DES INTÉRÊTS – Pour défendre leurs intérêts, les paysagistes se sont constitués en regroupement dénommé Union des sociétés coopératives des horticulteurs et pépiniéristes du District de Bamako (USCHPB). Créée en 2017, l’organisation compte environ 300 pépiniéristes repartis en coopératives entre les six Communes du District de Bamako. Selon son président, El Hadji Maïga, les fleuristes occupent les domaines publics (espaces verts) pour le besoin d’aération de la ville de Bamako. «Nous travaillons généralement sur la base de contrats avec les maries et la Direction nationale des Eaux et Forêts pour aménager les endroits et nous nous acquittons des taxes municipales», assure le fleuriste. « Les difficultés interviennent généralement lorsque des opérateurs économiques passent par les autorités pour acheter ces espaces et faire déguerpir les pépiniéristes qui opèrent sur les lieux depuis des années, voire des décennies », déplore M. Maïga. Il évoque le cas d’une dizaine de jardiniers de la Commune IV qui travaillaient sur des sites situés non loin du Palais des Sports Salamatou Maïga, à Djicoroni-Para et vers Woyowayanko. El Hadji Maïga précise que ces fleuristes ont été déguerpis par voie d’huissiers par les nouveaux acquéreurs qui se sont présentés avec des titres fonciers. Face à cette situation, l’USCHPB a entamé des démarches auprès des autorités concernées, notamment le gouverneur du District de Bamako, le ministre en charge des Domaines et des Affaires foncières, le Premier ministre, ainsi que la direction générale de l’Agence de cessions immobilières (ACI). Cette dernière est disposée à proposer une régularisation des déguerpis. Le premier responsable de l’USCHPB lance un cri du cœur à toutes les bonnes volontés pour aider les pépiniéristes de la capitale à mettre fin à ces deguerpissements qui ont déjà mis plusieurs chefs de famille au chômage. El Hadj Maïga estime que Bamako, de façon générale, et l’ACI 2000, en particulier, a aujourd’hui plus que jamais besoin de ces espaces verts pour l’épanouissement des populations, notamment la couche juvénile. Un avis que partage l’administrateur provisoire de l’ACI, Amadou Maïga, qui a rencontré les responsables de la faitière des paysagistes concernant notamment l’aménagement de la Bande verte en espace vert. Après avoir expliqué que « certains espaces verts appartenant au domaine public de l’État ont fait l’objet de changement de vocation, à travers des ré-morcèlements suivis de ventes dans la zone ACI 2000 en 2015 », Amadou Maïga a révélé que la direction de l’ACI cherche des solutions pour reclasser les nouveaux acquéreurs des espaces concernés, afin de permettre aux pépiniéristes de continuer à aménager ces endroits qui constituent des équipements de confort pour le quartier. « Toute chose qui, souligne-t-il, confère à l’ACI toute la justification de son label ». Cependant, le responsable de l’Agence indique ne pas avoir connaissance de cas de deguerpissements récents de fleuristes dans la zone ACI 2000.  UN MÉTIER QUI NOURRIT SON HOMME – Les pépinières géantes sont reconnaissables de loin par leur végétation développée et on en trouve presque sur tous les grands axes de Bamako. Des abords de la route menant à l’Aéroport international président Modibo Keïta-Sénou, en passant par les alentours des échangeurs des ponts des Martyrs et du Roi Fahd, jusqu’au rond-point Kwamé Nkrumah en face du cimetière d’Hamdallaye, il y a de véritables petites forêts partout. On y trouve des fleurs et des arbres d’une variété impressionnante. Sur les sites en face de la Pyramide du Souvenir et de la Maison des Jeunes de Bamako, sont installés plusieurs groupes de paysagistes. Vieux Traoré partage un espace d’environ un demi hectare avec cinq autres jardiniers. Sur place, ces derniers ensemencent les graines. Ils apportent les soins nécessaires au plein épanouissement des plantes et connaissent toutes les espèces végétales. Le travail des pépiniéristes consiste, également, à nourrir les plantes en les irriguant, en mettant parfois de l’engrain et en les protégeant contre les maladies et les mauvaises herbes.  Ce natif de Kolokani, qui a

Ségou : Mouton de Tabaski attend clients, désespérément

Par Aminata Dindi SISSOKO Ségou, 1er juil (AMAP) Le Mali,  à l’instar de la communauté musulmane, s’apprête à fêter l’Aïd el-Kébir, l’une des plus importantes fête de l’islam. La présence de vendeurs ambulants de bétail dans les rues, fait sentir déjà l’atmosphère de fête dans la capitale des balanzans, Ségou. Certains vendeurs ont, simplement, assiégé les alentours de la route l’An 2000, attendant en vain des preneurs. A Ségou, les différents marchés à bétail que nous avons sillonnés, sont approvisionnés même si les clients se font toujours attendre, d’après plusieurs vendeurs.  En cette matinée peu ensoleillée, Oumar Diallo se promène dans les environs de l’hôpital Nianancoro Fomba avec une dizaine de béliers. Quelques bêtes récalcitrantes ne lui facilitent pas la tâche sur cette voie fréquentée par les charretiers. Notre véhicule de reportage se gare non loin du troupeau. Le quadragénaire se précipite vers nous, laissant le soin à son fils de surveiller ses bêtes. «Approchez, j’ai de gros béliers. Venez apprécier vous-mêmes. Celui-là, je le cède à 200 000 Fcfa mais on peut marchander. Si vous trouvez ce prix cher, il y en a également pour 160 000 Fcfa. Le dernier prix, c’est 125 000 Fcfa », dit-il en essayant de nous convaincre.  Nous jugeons ses prix élevés. Le vendeur estime que le mouton, cette année, est plus abordable que l’année dernière : « L’année dernière, en cette période, il fallait débourser plus pour trouver des béliers du même gabarit. Nous ne cherchons pas beaucoup de bénéfice cette année, vu la situation qui prévaut dans le pays », assure-t-il.  Un quinquagénaire de passage se joint à notre conversation. Il se renseigne sur les prix et n’y va pas avec le dos de la cuillère. « Les moutons sont chers dans la ville de Ségou. Il faut aller dans les villages voisins pour acheter sa bête. C’est là-bas que ces vendeurs s’approvisionnent pour nous revendre plus chers.  Chaque année, je vais au marché de Konodimini pour acheter mon mouton de sacrifice », explique cet enseignant. Plus loin, Abdoulaye Konta, un vendeur de bétail a élu domicile aux alentours de la voie l’An 2000. Une manière d’attirer les usagers de cette voie principale. Il est occupé au téléphone. « Je t’envoies tout de suite les images. S’ils te conviennent ,dès demain je les envoies par le premier car à destination de Bamako », assure-t-il à un client de la capitale, au bout du fil.  A peine, a-t-il décroché qu’il se dirige vers nous. « Vous avez besoin de bélier ? Faites votre choix. On tombera d’accord sur le prix. Je cède mes bêtes entre 72 500 Fcfa et 252 500 Fcfa », nous informe-t-il. Konta fait ce commerce avec son grand frère depuis plus de 20 ans. « Nous achetons notre bétail lors des marchés hebdomadaires des villages environnants, notamment Niono, Dougabougou, Séribala, Boussain, Gara, Ntona, Konodimini », explique-t-il. Il juge que les prix ne sont pas trop élevés cette année. Mais se plaint de la rareté des clients. « Par jour, nous vendons une ou deux bêtes. Beaucoup de clients se limitent à se renseigner sur les prix. Mais l’espoir est permis. D’ici à la fin de la semaine, nous espérons faire beaucoup de ventes », dit-il.  Oumar Traoré, vendeur de bétails au marché à bétail de Médine, lui aussi, espère que la semaine prochaine,  les ventes s’accéléreront. Se désolant de l’absence de clients, il soutient : «  Souvent, on peut passer une journée sans vendre la moindre tête. Même hier ça a été mon cas ».  Cela est-il dû à la cherté des prix ? Pour lui, les prix ne sont pas élevés. Il explique que beaucoup de clients attendent la dernière minute pour acheter leur mouton de sacrifice. Egalement, avec la situation qui prévaut dans le pays, beaucoup n’ont pas d’argent.  Ici, au marché à bétail de Médine, les prix oscillent entre 65 000 et 125 000 Fcfa. Quelques rares béliers qui ont de l’embonpoint coûtent entre 300 000 et 350 000 Fcfa.  A côté de l’échangeur, se dresse le grand marché à bétail de Ségou. Le site compte plus d’une soixantaine de vendeurs. Samedi dernier, notre équipe de reportage y a fait un tour. Mamadou Tangara, un client se promenait d’un vendeur à un autre, pour se faire une idée des prix.  Pendant que des vendeurs essaient de le convaincre à l’achat. « Vraiment, je trouve que les prix sont élevés. Les vendeurs parlent de 75 000 Fcfa mais je pense que pour avoir un bon bélier il faut débourser à partir de 125 000 Fcfa », nous a-t-il indiqué.    Aguibou Dagnon, un vendeur met en avant quelques difficultés auxquelles les vendeurs font face cette année, notamment le coût élevé de l’aliment bétail, l’insécurité, la hausse du prix du carburant : « Nous partons dans les différents marchés hebdomadaires à Fangasso, Dougabougou, Fatiéna, Gara pour acheter nos animaux. Les frais de transport d’une tête coûtait entre 250 et 500 Fcfa. Aujourd’hui, c’est entre 1 000 Fcfa et 1 500 Fcfa », dit notre interlocuteur. Il ajoute acheter le sac de 50kgs de tourteau à  175 000 Fcfa et le son à 8 000 Fcfa ». « Egalement, on a dû renoncer a nous rendre en certains endroits, à cause de l’insécurité. Or, on trouvait le bétail moins chers sur ces sites là », détaille-t-il. Et de souligner que nonobstant ces difficultés, les prix à leur niveau oscillent entre 75 000 Fcfa et  300 000 Fcfa. « Le marché est bien approvisionné, comme vous pouvez le constater. Les bêtes sont bien nourries. Mais, pour le moment il n’y a pas de vente. Les clients se font rares», déplore-t-il. Lui et ses collègues misent sur la semaine de la fête pour écouler plus de bêtes. ADS/MD (AMAP)

Campagne agricole à Sikasso (Sud) : L’équation de l’engrais chimique subventionné

Par Mariam F. DIABATE Sikasso, 30 juin (AMAP) L’hivernage a commencé à s’installer à Sikasso, dans la cCité verte du Kénédougou. La campagne agricole a débuté au mois de mai et prendra fin en octobre. Quant à l’installation des cultures, elle a également démarré au mois de mai. Cependant, les producteurs ne réunissent pas tous les facteurs de production au nombre desquels l’engrais subventionné.  Les paysans sont attachés aux engrais minéraux pour leurs effets fertilisants évidents. Mais il se trouve que ces derniers ne sont pas disponibles en quantité suffisante. L’alternative des engrais organiques ne les enchante pas beaucoup. En effet, les producteurs se plaignent de l’insuffisance de la quantité d’engrais chimiques subventionnée. Comme le dit la sagesse rurale, « l’hivernage une fois amorcé n’attend pas ». Certains paysans sont contraints de recourir aux engrais organiques pour fertiliser leurs parcelles. Mais cette « solution palliative » selon eux, n’est pas aussi rapide et efficace que les effets des engrais chimiques. «Hier (Ndlr, mercredi dernier) tout près, j’ai été obligé d’acheter 4 sacs d’engrais chimiques (urée) pour une somme de 152.000 Fcfa, soit 38.000 Fcfa le sac à cause de l’insuffisance d’engrais subventionnés. Je ne suis même pas sûr que cela suffira pour mon champ», se désole Hamidou Ballo, cultivateur au village de Bamadougou. Il a ajouté que lors de la campagne précédente, il avait également utilisé de l’engrais organique dans son champ de maïs pour près de 100.000 Fcfa. «Je n’ai même pas pu récolter 1 hectare de maïs. C’était vraiment décevant. On ne sait plus que faire pour enrichir nos sols en vue d’un bon rendement de nos champs», se plaint Ballo. Mamadou Sanogo de Danderesso se voit obligé de se rabattre sur l’engrais organique. «J’ai tout récemment commandé une benne d’engrais organique pour mon champ de 5 hectares », a-t-il dit. Comme alternative, Mamadou Sanogo envisage de mélanger les graines de coton aux matières fécales. Ce qui, selon sa propre conviction, ferait de l’engrais de bonne qualité.  Le chef de la division conseil et vulgarisation agricole de la direction régionale de l’agriculture (DRA), Aboubacar Traoré, conseille l’utilisation des matières fécales dans les champs. « Ces dernières, selon lui, ne doivent pas avoir d’impacts négatifs sur les cultures vivrières car les plantes absorbent les éléments nutritifs tels que le calcium, le potassium, le magnésium et le phosphore ». Il invite les producteurs à privilégier les cultures intensives, d’une part et, d’autre part, à s’adapter à l’utilisation des engrais organiques, notamment le compostage dans les champs. Djibril Mariko et Chaka Konaté sont tous fournisseurs d’engrais au grand marché de Sikasso. Ils évoluent dans le domaine depuis plus de 30 à 40 ans. Ils confirment que la présente campagne a débuté avec des difficultés d’accès à l’engrais chimique. «Cette année, mes fournisseurs sont en train d’approvisionner la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT). Cette situation a affecté mes commandes», explique Chaka Konaté. Toutefois, a-t-il souligné, il ne vend pas les engrais subventionnés. «J’ai arrêté la vente des engrais subventionnés depuis 2017, car l’Etat tardait trop à payer mon argent», raconte-t-il. Siriman Théra est l’un des clients fidèles de Chaka Koné. Il était venu acheter deux sacs d’urée. «L’accès à l’engrais chimique subventionné est très difficile cette année. Chaque fois que je me rends à la DRA, on me fait faire des aller et retour», se plaint-il.        Nous avons approché la direction régionale de l’agriculture pour en savoir davantage sur la disponibilité des engrais subventionnés. Le chef du bureau statistique et suivi évaluation de la DRA, Moussa Dembélé a expliqué que l’Etat a mis à la disposition de la Région de Sikasso (Cercles de Sikasso et de Kadiolo) 16.456 tonnes d’engrais subventionnés.  Sur cette quantité, le Cercle de Sikasso dispose de 1.139 tonnes d’engrais chimiques, 11.200 tonnes d’engrais organiques, 8 tonnes de bio stimulant et 16 tonnes de semences pour le maïs hybride. Cette prévision ne représente que 11% des besoins exprimés par la région. « 90% des engrais subventionnés pour la Région de Sikasso sont constitués d’engrais organiques industriels et les 10% l’engrais minéral », précise Moussa Dembélé.  Rappelons que le prix subventionné de l’engrais minéral est de 12.500 Fcfa le sac de 50 kg. Le prix du complexe céréales non subventionné varie entre 31.000 et 37.750 Fcfa. Selon le chef Secteur Agriculture de la DRA, Bréhima Keita, l’affluence au niveau de la distribution de l’engrais est très timide. «Du début des opérations de distribution (le 8 juin dernier) à aujourd’hui, nous n’avons enregistré que 600 producteurs», raconte-t-il. Toutefois, a fait remarquer le technicien, les producteurs ne sont guère enthousiastes à se procurer de l’engrais organique disponible dans nos magasins. Ils assurent toujours qu’ils en ont déjà et tournent le dos. Ils préfèrent nettement les engrais chimiques aux organiques. Or, il se trouve que la quantité d’engrais organiques subventionnés est supérieure à celle de l’engrais chimique.  Par ailleurs, la distribution de l’engrais chimique subventionné n’a pas démarré car beaucoup de fournisseurs ne se sont pas encore engagés dans le processus de subvention.  « L’insuffisance de la quantité de l’engrais minéral subventionné est due à sa cherté sur le marché international », argumente le technicien. Mais d’ores et déjà, l’hivernage presse et les producteurs sont bien obligés de faire face aux besoins de fertilisation de leurs parcelles. A défaut d’engrais chimiques subventionnés en grande quantité, la seule alternative qui s’offre, dans l’immédiat, est l’engrais organique pour satisfaire les besoins de leurs plantes. MFD/MD (AMAP)

Campagne agricole 2022-2023 : l’engrais organique, une alternative prometteuse (Ministre) 

Cheick M. TRAORÉ Bamako, 28 juin (AMAP) Le ministre du Développement rural a assuré les paysans que tous les efforts sont en cours pour acheminer les engrais bloqués aux ports ivoirien et sénégalais.  En attendant, Modibo Keïta exhorte ceux qui n’ont pas encore reçu l’intégralité de leurs besoins en engrais nécessaires pour démarrer la campagne à utiliser l’engrais organique fertilisant fabriqué par nos unités industrielles, en lieu et place des complexes coton et céréales.  M. Keita, qui répondait samedi aux inquiétudes soulevées par des producteurs de Korokoro, dans la Commune rurale de Zan Coulibaly, en présence due son collègue des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, a effectué une visite de terrain dans le cadre de l’initiative : «un week-end, un champ», un engagement personnel visant à visiter au moins un champ par week-end. Le but est d’être au plus près des producteurs pour s’assurer du démarrage de la campagne et s’imprégner des difficultés auxquelles ils sont confrontés.  «Le président de la Transition a intercédé auprès de ses pairs de Côte d’Ivoire et du Sénégal pour que nos engrais qui sont au niveau de leurs ports puissent être acheminés. Avant leur arrivée, nous conseillons aux paysans d’utiliser l’engrais organique en respectant la dose indiquée : une tonne par hectare (20 sacs). Le rendement est similaire à l’engrais chimique», a déclaré le ministre en charge de l’Agriculture.  Il a rappelé que le Conseil supérieur de l’agriculture (CSA), tenu récemment sous la présidence du chef de l’État, avait exhorté les paysans à privilégier l’utilisation de cette production nationale, qui, selon lui, est disponible en quantité suffisante dans tous les grands bassins de production. «Les gens peuvent les utiliser pour démarrer la campagne en attendant l’arrivée de l’engrais chimique», a-t-il insisté.  Présent, le producteur Chaka Sangaré a confirmé que «Cet engrais organique dont vous (le ministre) venez de parler est efficace ». « On me l’a conseillé l’année dernière. Je l’ai utilisé et le résultat a été à hauteur de souhait. J’ai fait près de 2 tonnes de coton à l’hectare», affirme le paysan. Précisant qu’il a utilisé 20 sacs par hectare en lieu et place du complexe, il dit avoir mis l’urée par la suite, conformément aux conseils des techniciens.  Tout en corroborant les propos de Chaka, des spécialistes de la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT), qui participaient à la visite, ont précisé que l’engrais organique contient moins de phosphore (un nutriment essentiel au coton). Ils préconisent, pour booster la production, d’utiliser un sac de complexe coton en plus. «L’usage de l’urée est obligatoire», préviennent-ils.   Ces échanges ont eu lieu dans le champ de Lassiné Doumbia. Originaire de Sanankoroba, près de Bamako, ce paysan âgé de 74 ans s’est installé à Korokoro où il possède 20 hectares. Cette année, il a cultivé 5 hectares de coton (contre 10 l’année passée), 8 hectares de mil et 2 hectares de maïs. «J’ai décidé de réduire la culture de coton à cause de la mise en place tardive de l’engrais. Nous n’avons pas encore reçu les quantités dont nous avons besoin», répond le paysan. Il confirme que l’hivernage débute bien cette année, comparée à l’année dernière.  «Je suis très satisfait du début de l’hivernage. Les semis ont poussé. La pluie est assez intéressante», a déclaré le ministre Modibo Keïta, qui avait auparavant visité les champs de mil, de riz et de maïs de Adama Théra.  Militaire à la retraite, ce dernier dispose de 9 hectares à la périphérie de la foret classée de la Faya. Sur lesquels six hectares sont mis en valeur dont un hectare de maïs, un hectare de riz et 4 hectares de mil.  La visite a pris fin à la hacienda de Babou Diallo. Ancien employé de Microsoft aux USA, cet expatrié a investi dans l’agriculture. Il emploie 11 travailleurs permanents et beaucoup de femmes de façon temporaire. Sur ses 23 hectares, 20 sont entourés de fil de fer. Dans cet endroit verdoyant l’agro-business man élève des vaches, de la volaille, cultive du maïs, produit du mil, de la mangue, des oranges, du miel, des tubercules…    « La zone est, par ailleurs, confrontée à un problème d’eau, notamment en saison sèche. Le village est entouré de plusieurs marigots exploitables en toute saison », a affirmé le maire de la Commune de Zan Coulibaly, Amara Diakité. Au regard de ce potentiel, a répondu le ministre Modibo Keïta, «nous pouvons faire des irrigations de proximité en réalisant des micro-barrages dans le cadre du programme d’eau agricole qui verra le jour bientôt ». « Il faudrait que des zones comme Korokoro soient privilégiées en vue de permettre aux agriculteurs et aux éleveurs de pouvoir mener leurs activités 12 mois/12, contre cinq mois présentement», a -t-il ajouté. Ce qui pourrait, selon lui, « maintenir les jeunes sur place, réduisant ainsi les migrations irrégulières et leurs conséquences désastreuses ». CMT/MD (AMAP) 

Région de Kayes (Ouest du Mali) : Flambée des prix de l’engrais non subventionné

Par Bandé Moussa SISSOKO Kayes, 27 juin (AMAP) Dans la Région de Kayes (Ouest), la problématique de l’accès aux intrants agricoles plonge les producteurs dans l’inquiétude. Les paysans attendent avec impatience les engrais qui sont subventionnés par l’Etat. Alors que sur le marché, on assiste à une flambée des prix des produits non subventionnés. Certains commerçants abusent souvent de la naïveté des clients en proposant leurs marchandises à des coûts très élevés. Il faut user de l’art de la négociation ou de la persuasion pour espérer obtenir ces produits à moindre coût. Actuellement, le prix d’un sac de 50 kg d’engrais coûte 40.000 Fcfa dans certains points de vente de la Cité des rails (Kayes). Mais, d’autres engrais sont écoulés à un prix inférieur ou égal à 25.000 Fcfa dans la cité et dans certaines localités de la région. Au grand marché de Kayes, le commerçant Bakary Boundy soutient que les engrais sont chers cette année. Il vend le sac de 50 kg d’urée à 40.000 Fcfa. Pour avoir la même quantité de complexe céréales, il faut débourser 35.000 Fcfa contre 15.400 Fcfa l’an dernier et le kilo est cédé à 500 Fcfa. Ce commerçant vend une autre variété d’intrants agricoles, appelée « Complexe 17 17 17 », produite par Boubacar Sow. Le sac de 50 kg de cette variété est cédé à 35.000 Fcfa. Bien que le marchand reconnaisse la cherté des prix, il ne peut cependant donner aucune explication à sa clientèle sur la question. Selon lui, seuls les fournisseurs peuvent éclairer les producteurs sur cette flambée soudaine des prix. Par ailleurs, il déplore la lenteur dans la livraison des intrants agricoles subventionnés. Or, les producteurs en ont urgemment besoin en cette période de semis. Selon le directeur régional de l’Agriculture de Kayes, Ousmane Camara, le producteur doit débourser 31.875 Fcfa pour un sac de 50 kg d’urée, 40.500 Fcfa pour le DAP, 30.625 Fcfa pour le complexe céréales « NPK » et 3.000 Fcfa le kg de semence de maïs hybride. Il précise que les trois premiers engrais (urée, DAP et complexe céréales NPK) sont subventionnés par l’Etat à hauteur de 12.500 Fcfa, l’engrais organique à 2.500 Fcfa et la semence de maïs hybride à 1.500 Fcfa. La gamme des engrais organiques industriels est estimée à 5.500 Fcfa le sac. La direction régionale de l’Agriculture a fait diffuser des communiqués à la radio pour informer la population sur les prix standards. Le directeur Ousmane Camara est aussi intervenu sur les ondes de la station régionale de l’ORTM pour informer et sensibiliser les citoyens afin d’éviter la hausse des prix. S’agissant des engrais subventionnés, Ousmane Camara a expliqué que ses services avaient invité les producteurs à se faire inscrire, tout en donnant des informations sur leurs parcelles, au niveau des mairies. « Il n’y a pas de problème avec les engrais subventionnés. Seulement, le stock couvre à peine les 10% de nos besoins », a souligné le directeur régional. Contrairement à l’année dernière, les besoins de la Région de Kayes sont estimés à 1.368 tonnes en 2022 contre 1.336 en 2021. La région attend 91 tonnes d’urée cette année contre 311, 10 tonnes de DAP contre 23 tonnes, 34 tonnes de NPK contre 419. La part des engrais organiques industriels est très importante cette année. Les besoins sont de l’ordre de 1.242 tonnes contre 98 tonnes en 2021. Les engrais organiques industriels sont moins chers. Le directeur relève une insuffisance dans le suivi des marchés, en raison de cette période de crise et de libéralisme économique. L’encadrement technique encourage beaucoup l’utilisation des engrais organiques industriels qui favorisent la fertilisation des sols et l’accroissement de la production. Ces derniers sont produits localement contrairement aux engrais chimiques qui proviennent essentiellement d’Ukraine et de Russie. Le conflit entre ces deux grands producteurs a provoqué un renchérissement des prix de ces produits sur les marchés nationaux et internationaux.  BMS/MD (AMAP) 

Interêt croissant pour la production de melon et de pastèque au Mali

Par Kadiatou OUATTARA Bamako, 27 juin (AMAP) Salla, village situé à environ 13 km de Bamako, la capitale du Mali. Cette bourgade, de plus en plus célèbre, relève de la Région de Koulikoro. Entourée de villages abritant des unités industrielles, des auberges, des champs, elle draine des foules de visiteurs depuis quelques temps. Hommes d’affaires de premier plan, médias, politiques… y défilent souvent. Motif : visiter les champs de pastèque et de melon du richissime homme d’affaire malien, Ibrahim Diawara. Le patron de la société d’un groupe spécialisé dans l’agro-business, y possède cinq hectares : un destiné à la culture du melon et les quatre autres consacrés à celle de la pastèque. Issu de la famille des Curcubitacées, le melon, nom scientifique «Cucumis mélo », est de deux types repartis entre plusieurs variétés. Celles rencontrées sur le marché malien, ont la peau colorée et l’intérieur est orange (Cantaloup charentais) ou la peau colorée et l’intérieur est vert (Galia), les premiers sur le marché national avant l’indépendance. Puis vient le jaune canari (à la peau jaune et la chair blanche (Moussa melon) qui a été introduit par l’ancien président de la République, feu Moussa Traoré.  De la même famille que le melon, la pastèque ou «Citrulus vulgaris» est, également, de deux types avec une diversité de variétés. Celle à la chair rouge avec plusieurs variétés (Charleston gray, Sagar baby, Kaolac, Crimson sweet) est la plus répandue sur le marché malien. Jadis saisonniers, ces deux produits sont maintenant disponibles presque toute l’année dans les rayons de supermarchés locaux, les coins de rues et le long des grandes artères. Accusés à tort ou à raison d’avoir une propension à vendre cher, leurs vendeurs font croire aux clients qu’ils sont importés du Maroc. Peut-être une manière de justifier le prix onéreux qu’ils imposent à la clientèle. «En réalité, la plupart sont cultivés au Mali notamment dans la périphérie de Bamako pour le melon et dans la zone de Barouéli pour la pastèque, précisément à Sanankoroba (Près de Bamako), Ségou, Bla, (Centre), Sikasso (Sud), Samé, Diéma (Ouest)», confirme Dr Aminata Dolo Nantoumé, spécialiste au programme fruits et légumes du Centre régional de recherche agronomie (CRRA) de l’Institut d’économie rurale (IER), basé à Sotuba. La société de M. Diawara a décidé d’investir dans ce «secteur très rentable», afin de booster davantage la production nationale. Le promoteur, l’opérateur économique, lui-même, pilote le projet de la filiale «Diazon». Il tend à devenir l’un des grands producteurs de ces fruits notamment hors saison habituelle de production. Pourquoi ce choix ? MICRO-IRRIGATION – «Je suis un grand amateur de la pastèque. Un jour, une dame a voulu me vendre le kg à 7 000 Fcfa, prétextant que les pastèques provenaient du Maroc. Je me suis alors demandé comment parcourir 4 000 km pour venir nous vendre ici des fruits constitués à 90% d’eau. C’est à partir de ce jour que j’ai décidé de m’engager dans la culture de la pastèque», explique Ibrahima Diawara. Pour y arriver, l’opérateur économique jette son dévolu sur une technique appelée micro-irrigation ou la méthode «goutte à goutte». Elle consiste à diluer de l’engrais dans une machine contenant de l’eau pour ensuite l’évacuer goutte à goutte au pied des végétaux, soit 1,5 litre d’eau par heure. Selon lui, cette technique est la meilleure parce qu’elle permet d’économiser en engrais et en eau, tout en assurant une bonne récolte.  Grâce à cette technique, Ibrahima Diawara a eu 41 600 melons sur un total de 10.400 pieds plantés, chaque pied donnant quatre fruits. Avec 6 250 pieds de pastèques par hectare, notre interlocuteur assure avoir obtenu une production de 86 200 kg, soit un total de 344 800 kg pour les quatre hectares. Ce qui lui a permis de vendre le kilo du melon à 500 Fcfa, contre 350 Fcfa pour la pastèque. « En principe, il faut deux mois et 15 jours au melon et à la pastèque pour atteindre la maturité. 48 jours pour le cycle végétatif et 25 jours pour la récolte », explique celui qui dit se faire le devoir de mobiliser tous les opérateurs économiques du Mali pour qu’ils s’engagent dans ces productions «économiquement très rentables». Sans préciser combien sa production lui a apporté, M. Diawara se dit disponible à accompagner gratuitement, en termes d’appui conseil et technique, ceux qui veulent se lancer dans le domaine.  Fournisseur d’intrants au sein de l’entreprise sémencière Technisem, Bablé Diarra. confie que les semences de ces fruits sont importées d’Europe et du Maghreb. Selon lui, le sachet de 100g du «melon charentais» coûte 6 870 Fcfa contre 11.740 Fcfa pour 500g de la «pastèque kayak». Parlant des difficultés liées à la culture de ces fruits, Dr Aminata Dolo Nantoumé, évoque la non maîtrise de l’itinéraire technique, les problèmes de conservation, de commercialisation et une multitude de parasites et de maladies qui peuvent attaquer les fruits.  Par ailleurs, Dr Aminata Dolo Nantoumé explique que la culture du melon se fait en plein champs, en saison sèche et fraiche. Elle exige des températures diurnes assez élevées ainsi qu’un bon ensoleillement. Ce fruit succulent supporte moins les températures nocturnes élevées, une forte humidité de l’air et un temps couvert. «L’hivernage provoque donc des baisses de qualité et de rendement», conclut-elle. KO/MD (AMAP)

Marché du mouton de Tabaski : Gao veut ravitailler la capitale Bamako (Mali) 

Par Abdourahmane TOURE Gao, 22 juin (AMAP) La fête du mouton approche à grands pas. Il est prescrit à tout   musulman ayant les moyens d’en acquérir pour accomplir le rite sacrificiel. Au Mali, plus précisément à Gao (Nord), acheter un mouton de fête pour les bourses moyennes relève d’une équation presque impossible. En effet, à l’embargo et l’insécurité qui sévissent sur l’ensemble du territoire national, s’ajoutent les prix exorbitants du mouton de sacrifice à l’occasion de cette fête religieuse.  Notre équipe de reportage s’est rendu sur le marché à bétail de la Commune urbaine de Gao. La tête enveloppée d’un turban de couleur blanche, le revendeur de moutons Assadeck  assure qu’il exerce ce métier depuis une quinzaine d’années. «Souvent, j’achète les moutons dans la Commune rurale de Djebok pour les revendre dans la Cité des Askia (Ndlr, Gao) », dit-il. « Cette année, j’ai acheté la plupart de mes moutons à 60.000 Fcfa au marché de Djebok, un village distant de 40 km du Cercle de  Gao. Je débourse 500 Fcfa comme frais de transport pour chaque tête. Le bourgou (Ndlr, fourrage herbacé très prisé par les animaux) ou l’aliment-bétail coûte très chers cette année. Et pour réaliser un bénéfice, je compte revendre chaque bête à 70.000 Fcfa », dit le négociant. Selon lui, à cause de l’insécurité et du manque d’herbe, les prix des animaux ont flambé. « Du fait du blocage de la Route nationale 16 (RN-16), reliant Gao-Sevaré-Bamako, les rues de la Cité des Askia sont bondées d’animaux venus d’Ansongo et de Maradi (Niger) », révèle le chef de la voirie de la municipalité de Gao, Amadou Maïga. En temps normal, ces vendeurs transitent par Gao pour rejoindre la capitale. « Avec 75.000 Fcfa, on peut acheter un bon bélier et un moyen à 30.000 Fcfa sur le marché de Gao », ajoute M. Maïga.  Plus pessimiste que notre premier interlocuteur, Mohamed Haïdara pense que le prix d’un bon géniteur sur le marché de la ville varie de  80.000 à 100.000 Fcfa. Mohomodou Idrissa est un commerçant. Il estime, de son côté, que malgré l’insécurité sur l’axe Gao-Sevaré-Bamako, le prix du mouton sur le marché de bétail de Wabaria, situé à 15 km de la ville, n’a pas baissé. « Mardi passé, raconte-t-il, jour de la foire du bétail de Wabaria, j’ai été, là-bas pour me procurer des moutons de Tabaski. Après plusieurs tours, je suis tombé sur un éleveur qui fait de l’embouche, avec qui j’ai réussi à négocier trois gros béliers à raison de 92.500 Fcfa chacun », nous dit-il. «Avant la crise, on pouvait s’acheter un bon bélier à 40.000 Fcfa. Actuellement, les prix sont exorbitants. Cela s’explique par le fait que cette année, le prix du sac de 40 kg d’aliment bétail, qui se vendait à 7.500 Fcfa, a atteint 10.000 Fcfa voire 12.500 Fcfa. Et le prix du tas de bourgou est passé de 1.250 à 1.500 Fcfa. Tous ces facteurs concourent à la hausse du prix de la bête», explique le commerçant Mohomodou Idrissa.  Selon lui, la cherté fait partie des habitudes de la ville de Gao. Il corrobore sa thèse par ce qu’il a vécu l’année dernière. Il assure avoir été témoin d’une spéculation inexpliquée sur le prix du mouton. Un marchand a acheté un bélier à 150.000 Fcfa à Gao pour le revendre 100.000 Fcfa plus cher soit à 250.000 Fcfa à un étranger sur le marché à bétail de Wabari.  Le porte-parole des vendeurs de moutons, Abdoulaye Touré, confirme que quatre camions chargés de 160  à 180 têtes de bétail ont quitté Gao pour rallier Bamako. Selon lui, ces camions sont déjà arrivés à Douentza où ils seraient bloqués Par ailleurs, trois autres sont en route, ils ne sont pas loin de la localité de Gossi, selon ses dernières informations. « Pour les frais de transport de Gao à Bamako, nous avons payé 1.800.000 Fcfa par camion sans compter le prix des nattes et des pailles pour les animaux », révèle le porte-parole. Certains vendeurs de la zone de Bamba ont emprunté les pinasses pour rallier Bamako par Mopti. Malgré les difficultés rencontrées sur les marchés primaires pour acheter les animaux et celles liées au trajet Gao-Bamako, les marchands sont déterminés à assurer l’approvisionnement de la capitale en moutons. La détermination des prix, au final, dépendra fortement de tous les aléas parcourus (tracasseries routières, insécurité). Les chefs de ménage appréhendent déjà avec angoisse les préparatifs de cette fête. Beaucoup d’entre eux se résoudront à vider leur portefeuille pour satisfaire les exigences des enfants, tout en évitant l’opprobre de n’avoir pas son mouton de fête. AT/MD (AMAP)

Campagne agricole 2022-2023 : Un peu plus de 10,5 millions de tonnes de céréales (Mali-Météo)

Par Makan SISSOKO Bamako, 22 juin (AMAP) L’Agence nationale de la météorologie (Mali-Météo), organisme public spécialisé en prévisions météorologiques, prédit, cette année, une production agricole estimée à un peu plus de 10,5 millions de tonnes de céréales. Mali-Météo prévoit, aussi, une saison des pluies humide caractérisée par des dates de démarrage précoces à moyennes, de fin tardives à moyennes, des séquences sèches courtes à moyennes dans la partie Ouest et moyennes à longues dans la partie Est du pays. Cette année, il est également attendu « des écoulements globalement excédentaires à moyens dans les principaux bassins fluviaux ». Le cumul pluviométrique sera supérieur ou proche des moyennes saisonnières de la période 1991-2020 sur la majeure partie du Mali. Quelles attitudes doivent adopter les producteurs pour pouvoir booster les productions céréalières au sortir de la campagne 2022-2023 ? Sur la prévision de production d’un peu plus de 10,5 millions de tonnes de céréales,  il y a 41,2% de maïs, 28,6% de riz, 15,1% de mil, 14,3% de sorgho, 0,5% de fonio et 0,2% de blé pour une superficie à cultiver estimée à 6.061.726 hectares.  L’agriculture malienne est toujours tributaire de la pluviométrie. L’atteinte de ces résultats dépend donc, en grande partie, de l’abondance des pluies.  Ce qui paraît de plus en plus incertaine, à cause des effets néfastes du changement climatique. Dans un tel contexte, seules les semences de qualité et l’appropriation des conseils des spécialistes permettent d’avoir de bons rendements.  « Elles contribuent jusqu’à hauteur de 50% à 80% pour les hybrides », révèle Dr Dionkounda Camara, le responsable du Laboratoire d’analyses de qualité des semences (Labosem) de l’Institut d’économie rurale (IER), basé à Sotuba et expert semences.  Selon lui, il existe quatre catégories de semences : semences de pré bases, de bases, certifiées première reproduction (R1) et certifiées deuxième reproduction (R2). Elles sont identifiées respectivement par des étiquettes de couleur blanche barré de violet, blanche uniquement, bleue et de couleur rouge. « Les producteurs disposant de grandes superficies les achètent généralement », explique-t-il. Les paysans doivent, avant toute chose, chercher à comprendre auprès des compagnies semencières les qualités et variétés de semences adaptées à leur zone de production. Chaque zone agro-écologique du Mali est subdivisée en zones de cultures bien distinctes. avec des variétés répondant au changement climatique. En la matière, les nouvelles variétés développées par la recherche et homologuées par le Labosem, ont subi un certain nombre de tests appelés les épreuves de distinction homogénéité stabilité et les épreuves de valeur agronomique, technologique, environnementale. Ces variétés créées par la recherche hybride et à pollinisation libre (OPV) répondent forcément au critère de changement climatique.  Les semences homologuées sont inscrites dans le catalogue des espèces et variétés du Mali. La dernière édition de ce catalogue national parue en juin 2021, contient 298 nouvelles variétés pour 9 espèces : le mil, le maïs, le sorgho, le niébé, le riz, l’arachide, la tomate, l’oignon et l’échalote. «Pour chaque nouvelle variété où espèce inscrite dans le catalogue, il y a une pluviométrie bien décrite. C’est à cela que les producteurs doivent obligatoirement se consacrer. Chaque zone a sa pluviométrie et sa variété adaptée pour faire les semis», conseille-t-il aux producteurs. Selon lui, dans les zones où il ne pleut pas beaucoup, les agriculteurs doivent semer à bonne date et utiliser les variétés certifiées et de qualité à cycle court adaptées au changement climatique.   À Sikasso par exemple, les producteurs ont commencé les semis depuis le mois de mai. «Cette année avec le début précoce et l’intensité annoncée, il y a certaines cultures qui n’aiment pas assez d’eau. S’il y a des inondations et que la durée de l’eau atteint les 3 et 4 jours, les plants tels que le sorgho, le mil et le maïs qui ne supportent pas la stagnation d’eau, jaunissent et cela serait une perte de rendement», prévient Abdouramane Yoroté, Ingénieur agronome à l’Unité agro climatologie à l’IER, basé à Sotuba. M. Yoroté conseille aux paysans de ne pas cultiver dans des endroits comme les bas-fonds.  Le spécialiste demande aux producteurs d’être toujours à l’écoute de la météo pour suivre les prévisions et la progression de l’hivernage pour bien boucler le cycle des variétés utilisées dans les localités.  Selon Abdouramane Yoroté, les producteurs sont actuellement conscients des enjeux du changement climatique mais sont toujours réticents par rapport aux nouvelles pratiques d’utilisation des semences.  «Dans le cadre de nos enquêtes sur le changement climatique, nous avons remarqué que présentement en milieu rural, les paysans n’ont que les anciennes semences qui sont de nos jours inadaptées à la culture», fait-il savoir.  MS/MD (AMAP)