Spécial 22 septembre 2022-Textile malien : Retour en grâce du «Made in Mali»
Par Amadou SOW Ce grand essor des tissus traditionnels maliens est perçu comme un symbole de fierté nationale et une expression de patriotisme. Mais surtout de soutien à la volonté de s’extraire du joug de la domination extérieure L’affirmation de notre identité passe-t-elle aussi par le textile malien ? Beaucoup répondent par l’affirmative au regard des actions de promotion de nos tissus traditionnels par les autorités de la Transition. Ainsi, celles-ci ont fait du développement du coton local, leur cheval de bataille. La valorisation des habits à base de cotonnade est un grand pas dans ce sens. Le processus remonte aux premières heures de l’indépendance de notre pays. Bien que l’état a réussi des actions comme la création d’usines, de centres de formation, l’organisation des foires et l’adoption de textes relatifs à la promotion et la vulgarisation du textile malien, le chemin à parcourir pour imposer le made in Mali à une plus grande échelle reste long et plein d’embûches. Le «Mali Kura» doit se nourrir d’une gouvernance vertueuse, de la volonté de retourner à certains fondamentaux. Il doit aussi reposer sur la mise en valeur de nos tissus «Malifiniw». C’est dans cette vision que les nouvelles autorités ont entrepris de mettre en exergue le label malien. Un accent particulier a été mis sur la production locale afin d’imposer la marque du pays. PLUS DE 42% DE LA POPULATION – Le directeur général du Centre de développement de l’artisanat textile (CDAT), Ousmane Coulibaly, rappelle les efforts de relance du textile à travers le ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme. Et l’adoption par le gouvernement de la Politique nationale de l’artisanat qui intègre le textile. Notre interlocuteur évoque aussi les mécanismes de production et de consommation du textile malien, l’organisation de la 3è édition du Salon international de l’artisanat du Mali (Siama) qui traduit la volonté du président de la Transition, le colonel Assimi Goïta, de répondre à l’aspiration profonde de faire de l’artisanat un moteur de croissance, de développement, de création d’emplois et de richesses. Ce secteur occupe plus de 42% de la population et contribue significativement au Produit intérieur brut (PIB) du pays. Ousmane Coulibaly parle également des initiatives privées comme les Journées textiles du Mali à l’initiative de l’Alliance des journalistes pour le développement de la culture (AJDE). Le développement de la filière coton qui a servi de stimulant à la relance des usines et unités de fabrique de tissus, l’appui institutionnel aux faitières, la création de la route du textile (Bamako-Ségou-Markala), de plateformes promotionnelles du textile, entre autres, sont à mettre à l’actif des autorités. L’Etat a aussi relancé la Compagnie malienne de Textile (COMATEX) en injectant une première tranche de plus de 600 millions de Fcfa. Il y a eu aussi l’organisation d’un atelier national intitulé : «Vision concertée dans le secteur de l’industrie textile», la formation des acteurs de la chaine, l’augmentation de la production à travers la validation d’un programme quinquennal du CDAT. Toutes ces actions ont permis à notre pays de retrouver son leadership dans la production du coton. Environ 2% seulement sont transformés. D’où la nécessité d’œuvrer à la promotion du made in Mali. Cela implique la disponibilité de ressources humaines qualifiées, la revitalisation des structures de formation comme le Centre de recherche et de formation pour l’industrie textile (Cerfitex) de Ségou. ADHÉSION – «Oui, le textile malien a connu un grand essor pendant la Transition», constate le promoteur de Biotex, Moussa Bagayoko. Le sexagénaire rappelle que jadis, un tissu traditionnel à base de cotonnade était offert au marié par sa belle-mère qui confectionnait elle-même la matière première (le fil). Avec ce tissu, le beau-fils devait coudre un grand boubou. Aujourd’hui la population adhère à la valorisation du textile malien. Tisserands, revendeurs, tailleurs et autres acteurs des métiers connexes se frottent les mains. Ce boom du made in Mali est perçu comme un symbole de fierté nationale et une expression de patriotisme et de soutien à la volonté de s’extraire du joug de la domination étrangère. Premier ministre, membres du gouvernement et présidents des institutions s’habillent fièrement de tissus maliens. On se souvient du passage du Premier ministre Choguel Kokalla Maïga à la tribune des Nations unies en septembre 2021, vêtu de son grand boubou en tissu de cotonnade. Aussi des millions de Fcfa ont été injectés dans des projets de relance d’usines de fabrique de tissus ou de fils. Le gouvernement et ses partenaires entendent convenablement approvisionner le marché en matière première. Un projet de labélisation du textile malien est actuellement en cours en vue de permettre à nos compatriotes de consommer malien. Aïchatou Dembélé, styliste et promotrice de Farafina Design, souligne les difficultés à accéder aux matières premières : «l’accès aux matières premières est toujours difficile alors que la demande augmente». Oumarou Tamboura, tisserand à Daoudabougou, confie que sa profession reprend des couleurs. Elle se réjouit du fait que l’accompagnement du ministère en charge de l’Artisanat y est pour quelque chose. Précisons que le CADT a été créé en 2012 grâce au projet Tissuthèque initié par le gouvernement et l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel, avec l’appui financier du Japon. La structure a pour mission la transformation artisanale des textiles produits localement. AS (AMAP)
Spécial 22 septembre 2022-Filière coton : Plus que jamais essentielle au tissu économique
Par Moriba COULIBALY L’or blanc se positionne comme la culture de rente leader et stratégique représentant 15% du Produit intérieur brut et 25% des recettes d’exportation. Il génère par an un chiffre d’affaires de 250 à 300 milliards de Fcfa en favorisant beaucoup d’activités qui font tourner l’économie à l’échelle locale, régionale et nationale L’économie malienne tient sur deux piliers essentiels et incontournables que sont la production agricole (agriculture, élevage, pêche) et la production aurifère. Pour la production agricole qui nous intéresse ici, le coton se positionne comme la culture de rente leader et stratégique qui occupe une place de choix dans les recettes d’exportation. En effet, la filière coton représente 15% du Produit intérieur brut (PIB) et 25% des recettes d’exportation. En moyenne, le coton représente un chiffre d’affaires de 250 à 300 milliards de Fcfa par an, ce qui justifie bien la place qu’occupe le Mali dans le peloton de tête des producteurs africains. L’importance de la filière coton se mesure également au nombre d’activités qu’elle génère et fait tourner l’économie à l’échelle locale, régionale et nationale. Par un effet d’entrainement, la production cotonnière implique outre les producteurs et plusieurs autres segments de l’économie comme les transporteurs, les transitaires, les douanes, les fournisseurs de pièces d’usine, de lubrifiants, d’engrais. Par ailleurs, les unités de production d’aliments bétail, d’huile alimentaire extraite de la graine de coton, les entreprises de travaux publics, les banques etc. sont autant d’activités en lien avec la production de coton. Au-delà de ses effets d’entrainement très bénéfiques pour l’économie nationale, la filière coton étend ses activités en dehors des frontières de notre pays. À ce titre, la Côte d’Ivoire représente une destination historique pour l’évacuation de la fibre vers le marché international, a révélé Cheick Tidiane O. Doucouré, directeur général adjoint de la Holding Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT). Le port autonome d’Abidjan est secondé par celui de San Pedro, ajoute notre interlocuteur. Ainsi, la Côte d’Ivoire représente près de la moitié des évacuations du coton vers le marché international (49%), le reste de la production est répartie entre les autres ports de Dakar (Sénégal, 2è position), Lomé (Togo) tout récemment Conakry (Guinée Conakry) et Nouakchott (Mauritanie) qui sont venus s’ajouter depuis l’instauration de l’embargo de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) et de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) en janvier dernier. Ces deux dernières destinations ont représenté la bouée de sauvetage offerte par la Guinée Conakry et la Mauritanie en vue de desserrer l’étau que constituait l’application de l’embargo contre notre pays. 5 À 7 MILLIARDS DE FCFA – La Côte d’Ivoire représente une part non négligeable dans l’expédition du coton malien vers l’extérieur, confirme avec fierté Cheick Tidiane O. Doucouré. Ainsi au cours de la campagne agricole 2017/2018 ce sont 147.300 tonnes de fibres qui ont été évacuées vers ce pays voisin. La campagne suivante ce sont 136.500 tonnes et en 2019/2020, ce sont 129.000 tonnes, soit 44% de la production de coton qui ont été évacués sur la Côte d’Ivoire. Pour la présente campagne d’exportation, la CMDT est à un peu plus de 50.000 tonnes de fibres évacuées par la Côte d’Ivoire. Et les opérations d’exportation se poursuivent normalement aussi bien sur la destination ivoirienne que sur les autres corridors comme Dakar, Conakry et Nouakchott, révèle le directeur général adjoint. Il précise ensuite que les évacuations de la fibre de coton représentent un chiffre d’affaires de l’ordre de 5 à 7 milliards de Fcfa qui sont versés pour assurer les frais d’assurance, de douane, de transit et de transport. Au retour, les transporteurs chargent du fret constitué généralement d’engrais minéraux qui sont commandés par la CMDT pour la prochaine campagne agricole. Cheick Tidiane O. Doucouré révèle aussi que la CMDT utilise les ports de la Côte d’Ivoire pour d’autres opérations. Il expliquera à ce propos que les commandes de pièces d’usine, les engrais minéraux (300.000 tonnes en moyenne par an), les produits pétroliers (gaz-oil et pétrole pour les unités d’égrenage et les véhicules), les emballages en polypropylène dans lesquelles est emballée la fibre de coton, arrivent généralement par les ports de ce pays voisin. Ces opérations génèrent des ressources et contribuent à renforcer l’économie ivoirienne. La valeur marchande de ces différentes opérations de transactions tourne autour de 193 milliards de Fcfa. Ainsi les produits pétroliers qui représentent plus de 13 millions de litres par an par la CMDT sont raffinés sur place et ensuite transportés vers le Mali. Il en est de même pour les engrais qui, arrivés en vrac par bateaux en Côte d’Ivoire, sont ensachés sur place avant d’être expédiés vers le Mali. Signe de l’importance du transit par la Côte d’Ivoire : le géant du coton prévoit de construire un entrepôt à San Pedro pour un investissement de près de 4 milliards de Fcfa. C’est fort de la qualité des opérations dans les différents ports ivoiriens que la CMDT maintient sa coopération avec ce pays voisin. Toutefois, elle se réjouit de l’ouverture vers d’autres ports comme cela a été le cas pendant l’embargo. Cette bouée de sauvetage offert par les voisins guinéens et mauritaniens permet au géant du coton de ne pas mettre tous ses œufs dans un même panier et lui offre l’opportunité de trouver d’autres solutions de rechange si par malheur la situation de blocage de l’économie devrait se répéter. MC (AMAP) Encadré : Diversification Comme le dit l’adage, «l’appétit vient en mangeant» avec ces nouveaux débouchés trouvés, la CMDT élargit la voilure. Elle envisage d’augmenter progressivement sa production et d’agrandir en conséquence son parc industriel. Pour cela dans le cadre de son plan stratégique de développement de la filière, elle envisage d’améliorer la productivité du coton à travers la recherche agronomique et de s’ouvrir à d’autres filières agricoles rentables et prometteuses comme la culture du soja et du maïs. Le soja a pour particularité de fixer l’azote dans le sol dont les plantes ont besoin. De ce fait, l’introduction à grande échelle de cette plante va contribuer à
Spécial 22 septembre 2022-Sécurité alimentaire et nutritionnelle : Plus de 34.000 tonnes à la disposition des couches vulnérables
Par Yacouba TRAORE Le nombre de personnes en insécurité alimentaire est en croissance constante dans notre pays. De 2016 à 2022, il est passé de 500.000 à un peu moins de 2 millions (8,48% de la population). L’État a mobilisé des moyens pour une réponse adéquate Depuis quelques décennies, le Mali fait face à des défis majeurs en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle à savoir, le changement climatique, la sécheresse et la mauvaise répartition de la pluviométrie qui ont engendré une insécurité alimentaire et nutritionnelle devenue récurrente. Il y a près d’une décennie bientôt, dans les régions du nord et du centre, notamment Ségou, Mopti, Tombouctou, Gao et Ménaka, les terroristes harcèlent les producteurs agricoles en les empêchant d’accéder à leurs champs. Les rares producteurs qui arrivent à cultiver les champs, assistent à la destruction de leurs récoltes. C’est le cas dans la Région de Mopti et une partie de celle de Ségou. Le Sahel occidental à savoir les Cercles de Kayes, Nioro, Diéma, Yélimané et Nara sont devenus des poches endémiques d’insécurité alimentaire et nutritionnelle aiguë à cause des insuffisances pluviométriques et des attaques des terroristes. Par ailleurs, les zones agricoles du Delta central du fleuve Niger de Macina à Ténenkou en passant par Diré, Goundam, Niafunké jusqu’à Tombouctou, connaissent d’importantes inondations suite aux constantes crues. En outre, depuis le début de la crise ukrainienne, les marchés internationaux subissent de plein fouet une inflation, avec une répercussion sur les prix de certaines denrées alimentaires, notamment le blé, le riz, le sucre, l’huile, et cela a impacté toutes les mesures d’anticipation prises. À cela s’ajoute la pandémie de la Covid-19 et les conséquences de l’embargo imposé à notre pays par les institutions régionales et sous régionales. Le ministre commissaire à la sécurité alimentaire, Redouwane Ag Mohamed Ali, explique que son Service est l’instrument fondamental du gouvernement pour évaluer et analyser chaque année après la campagne agricole la situation alimentaire et nutritionnelle du pays, et développer un plan de réponses, assorti d’une évaluation des besoins. La mission dévolue à cette structure, est d’assurer à tout moment, à l’ensemble des populations, la disponibilité d’une alimentation équilibrée, suffisante et saine afin de contribuer à la réduction de la pauvreté, à la consolidation de la paix sociale et à la réalisation d’un développement durable. Pour atteindre cet objectif majeur, précise Redouwane Ag Mohamed Ali, notre pays s’est doté d’une politique nationale de sécurité alimentaire et nutritionnelle qui constitue désormais le cadre fédérateur des problématiques. INVASIONS ACRIDIENNES – Ce processus commence par le Système d’alerte précoce (SAP) qui est au début et à la fin du processus de sécurité alimentaire au Mali. Le SAP est au cœur des mesures qui permettent de limiter la perte de vies et de moyens de subsistance due aux aléas et aux catastrophes. Pour le coordinateur du SAP, Moussa Goïta, les aléas en l’occurrence sont ceux qui surviennent à la suite d’un événement avec peu ou pas de signes précurseurs, tels que les inondations, les invasions acridiennes, etc. Dans les deux cas, la capacité de faire face aux facteurs qui font qu’un aléa devient une catastrophe, peut aider à sauver les vies mais également les moyens de subsistance des populations à risque. Les données du SAP sont utilisées pour atténuer la perte en vies humaine et de moyens de subsistance due aux aléas et aux catastrophes. Ils sont constitués d’une série de mécanismes de surveillance organisée ou d’actions qui collectent des informations sur les aléas potentiels dans un lieu donné afin de déclencher en temps opportun des interventions coordonnées. En effet, l’Observatoire des marchés agricoles (OMA) intervient pour nous renseigner sur les prix des produits de première nécessité sur les marchés agricoles mais aussi leur disponibilité. Et enfin, l’Office des produits agricoles du Mali (OPAM) est mobilisé pour procéder aux achats des stocks qui seront distribués gratuitement aux personnes en situation de vulnérabilité. L’insécurité alimentaire dans notre pays connait une croissance constante de 2016 à 2022. C’est pourquoi dans le cadre du Plan national de réponse (PNR), certaines zones touchées bénéficieront d’une réponse adéquate. Le PNR 2022 couvrira les 1.2 million de personnes. L’État mettra à la disposition des couches vulnérables 34.147 tonnes qui seront distribuées sur l’ensemble des communes du Mali. Le coup d’envoi de l’opération de distribution de vivres a été donné en juillet dernier par le président de la Transition, le colonel Assimi Goïta. La majeure partie des populations en urgence se trouve dans les Cercles d’Ansongo, Bourem, Gao, Ménaka, Nioro, Bandiagara, Bankass, Djenné, Douentza, Koro, Niono et Gourma Rharous. La situation des personnes déplacées internes des Régions de Ségou, Mopti, Tombouctou, Gao, Ménaka et Bamako a été analysée par le cadre harmonisé et est évaluée à 140.401 personnes. Les zones de production en précarité recevront également de l’aliment bétail, de l’aliment pour les poissons mais aussi des appuis pécuniaires destinés aux ménages vulnérables. Le PNR comprend également des actions de soutien, d’appui aux maraîchers, en termes de semences, d’aménagement, d’accès à l’eau et d’outils agricoles. Pour atteindre les résultats escomptés, le gouvernement a mobilisé cette année sur le budget national, plus de 8 milliards de Fcfa en plus des 7,5 milliards mobilisés dans le cadre de l’indemnisation de l’assurance African Risk Capacity (ARC). YT (AMAP)
Spécial 22 septembre 2022-Barrage de Markala : Grand corps malade
Par Cheick Amadou DIA Le barrage de Markala est la pièce maîtresse du système d’irrigation de l’Office du Niger. Sa construction a commencé en 1934 pour s’achever en 1947. Il est construit en deux parties, un barrage mobile et un barrage fixe constitué de digues en terre. La partie mobile est un barrage à hausses basculantes et de type AUBERT. Elle comporte une structure en béton constituée d’un radier sur lequel sont installées les hausses mobiles. Construit avec la technologie des années 1930, l’ouvrage vieux de 90 ans, présente des signes d’usure structurelle. Il connaît des pannes récurrentes, en particulier sur les chariots de manœuvre des hausses et sur le système électrique depuis 2016. L’étude d’inspection technique et d’auscultation du barrage et des ouvrages connexes réalisée en 2017 a relevé des avaries multiples, causées par les pannes mécaniques et électriques. L’usure de la structure métallique est due à la corrosion. Il y a aussi l’état précaire des chariots de manœuvre des hausses, l’état défectueux des cabines de commande, des équipements mécaniques et électriques des chariots. Le système électrique et mécanique dégradé et vieillissant, manque de pièces de rechange qui ne sont plus disponibles sur le marché. Ce qui conduit à un écoulement anormal des puits de drainage et le bouchage des piézomètres. Le système hydromécanique et les ouvrages connexes sur le barrage sont défectueux. On constate des fuites d’eau au niveau du bajoyer de l’écluse de Thio. Des problèmes électriques et mécaniques sont enregistrés sur tous les ouvrages annexes. Devant l’urgence des travaux de réparation, la direction de l’Office du Niger a informé son département de tutelle en vue de prendre des dispositions pour réaliser les travaux de sauvegarde du barrage et de ses ouvrages annexes, pour un budget de 3,5 milliards de Fcfa. Une convention de partenariat a été signée avec les Ateliers militaires centraux de Markala (AMC) pour la réalisation des travaux de réparation. Lors d’un conseil de cabinet restreint tenu à la Primature, le 14 décembre 2021, le gouvernement a décidé de prélever sur les fonds du département du Développement rural. Le montant est réparti entre le Fonds national d’appui à l’agriculture (1 milliard Fcfa), le Contrat-plan État/Office du Niger/exploitants agricoles 2019-2023 (1 milliard Fcfa) et le Programme de subvention des équipements agricoles (1,5 milliards Fcfa). Après la signature de convention, des dispositions devaient être prises par les ministères de l’Économie et des Finances et du Développement rural pour procéder au paiement. à ce jour, les ressources financières n’ont pas été mises à la disposition des AMC, constate-t-on au niveau de l’Office du Niger. Malgré ce retard dans le paiement, les AMC sont à pied d’œuvre pour la réalisation des travaux. CAD (AMAP)
Spécial 22 septembre 2022-Office du Niger : L’insécurité plane sur le grenier à riz
Par Cheick Amadou DIA Dans leur combat pour imposer un islam obscurantiste dans notre pays, les terroristes empêchent les paysans d’accéder aux champs et détruisent les récoltes et le matériel agricole. L’objectif est de soumettre les populations par la terreur de la faim Qui veut asservir un peuple, l’affame. Tel semble être le « modus operandi » des groupes terroristes qui sévissent dans la zone Office du Niger, depuis plusieurs années. Véritable « grenier à riz » du Mali, c’est l’un des périmètres irrigués les plus étendus et les plus anciens de l’Afrique de l’Ouest, située sur la rive gauche du fleuve Niger, dans son delta intérieur du cours d’eau, à 250 km en aval de Bamako. Avec ses 100.000 hectares de terres irrigués, l’Office du Niger compte aujourd’hui parmi les plus grands aménagements hydro-agricoles du continent africain et contribue fortement à la sécurité alimentaire de notre pays, avec une production annuelle d’environ 500.000 tonnes de riz. Les productions principales sont le riz, le maraîchage, le sucre et les produits d’élevage. Depuis plus de 3 ans, l’Office du Niger n’arrive plus à atteindre ses objectifs de production à cause de l’insécurité qui s’est installée dans la zone. Pendant la campagne 2020-2021, cette situation a provoqué de nombreuses pertes en vies humaines, des destructions de biens et d’ouvrages hydrauliques, des vols de récoltes et de bétail, des incendies criminels de gerbiers et de champs à maturité, de matériels agricoles, l’impossibilité d’accéder à certaines parcelles et la réduction du rayon d’action de l’encadrement technique, regrette Abdel Kader Konaté, Président directeur général de l’Office du Niger. MANQUE À GAGNER – La situation a conduit la direction et les Comités paritaires de l’Office à accorder aux producteurs victimes de l’insécurité, un dégrèvement total (abandon de la redevance-eau) sur 5 271,67 hectares et un manque à gagner de 303.157.002 Fcfa pour le budget 2021 de l’Office du Niger, qui a été également affecté par le non-recouvrement de 841 millions de Fcfa et une réduction de 600 millions de Fcfa opérée sur la contribution de l’État, précise Bamoye Keïta, directeur de l’Appui au monde rural à l’ON au moment de notre passage. Malgré ce niveau de dégrèvement sans précédent, au 31 mars 2021, date limite de paiement de la redevance, le montant recouvré était de 3,8 milliards de Fcfa sur un montant à recouvrer de 6,9 milliards de Fcfa qui représente un taux de 55,18% et un reliquat de 3,1 milliards de Fcfa. Face à ce constat alarmant, l’Office du Niger, à la demande des producteurs à travers leurs responsables, a reporté le délai de paiement de la redevance de 3 mois, le ramenant au 30 juin 2021. Aussi, les décisions d’éviction pour non-paiement de la redevance au titre de la campagne agricole 2020-2021, n’ont été signées que le 22 juillet 2021, signale-t-on à la direction de l’Appui au monde rural. Suite à une requête du président de la Chambre régionale d’agriculture de Ségou, lui demandant le différé du paiement de la redevance jusqu’au 30 novembre 2021, au bénéfice des producteurs impactés par l’insécurité, le ministre du Développement rural a demandé à l’Office du Niger de convenir avec la Chambre, des modalités de recouvrement du reliquat, tout en préservant les acquis fondamentaux de l’entreprise. Un moratoire a été accordé à cet effet, sur l’application de la décision d’éviction, aux producteurs en difficulté qui acceptent de s’engager par écrit, à s’acquitter de leur dette au plus tard, le 30 novembre 2021. 20.678 PERSONNES DÉPLACÉES – Malgré toutes ces facilités accordées et les mesures d’apaisement prises par la direction de l’Office, le taux global de recouvrement n’a atteint que 87% avec un reliquat non recouvré de 840,8 millions de Fcfa. En prenant en compte le dégrèvement de 303 millions et la réduction de 600 millions de Fcfa opérée sur la contribution de l’État, la perte globale de ressources au niveau de l’Office du Niger, au titre de la campagne agricole 2020-2021, s’élève à 1,7 milliard de Fcfa. Dès le début de la campagne 2021-2022, des entraves à la circulation des personnes et des biens ont été constatées sur les principaux axes routiers de la zone Office du Niger et les chemins d’accès aux villages et aux périmètres. La recrudescence des attaques terroristes et la multiplication des groupes d’auto-défense ont de graves conséquences sur la vie des populations. On enregistre à ce jour, 298 pertes en vies humaines, 132 personnes portées disparues, 96 villages et hameaux déplacés, 20 678 personnes sont déplacées, 6 292 hectares de champs abandonnés pour une perte des récoltes estimée à 60.797,21 tonnes. Il y a aussi la destruction de 402 matériels agricoles, tous types confondus. La mise en valeur des terres a été énormément perturbée, signale Bamoye Keïta. Sur les 130.993 hectares prévus cette saison, seuls 106.098 hectares ont pu être mis en valeur, soit une différence de 24.894,93 hectares. En effet, les 2.548 hectares, en cours d’aménagement à M’Béwani et réalisés à 95%, n’ont pas pu être achevés à cause des attaques récurrentes sur le chantier avec des enlèvements de personnes et de véhicules et des destructions d’engins lourds de chantier. Il en est de même des 500 hectares, précédemment réalisés par le Projet d’accroissement de la productivité agricole au Mali (PAPAM), qui n’ont pas pu être mis en valeur parce qu’ils dépendent du même réseau que les 2 548 hectares non achevés. Les 400 hectares du projet Molodo Nord, réceptionnés et attribués, n’ont pas pu être mis en valeur à cause de l’insécurité. Interdiction ayant été faite aux attributaires d’y accéder. Dans l’ensemble des zones et, de manière plus prononcée à Kouroumari, N’Débougou et Molodo, ce sont 21.936,93 hectares qui n’ont pas pu être exploités à cause des déplacements de populations et de l’impossibilité d’accéder aux périmètres. INTERDICTION D’ACCÈS AUX PARCELLES – Les opérations de récolte en cours dans toutes les zones sont fortement entravées par l’insécurité avec l’interdiction d’accès aux parcelles en maturité. Ainsi, il n’est pas garanti que les 106.098 hectares mis en valeur puissent être entièrement récoltés, avertit le responsable
Spécial 22 septembre 2022-Accès à l’engrais subventionné : Parcours du combattant pour les producteurs
Par Cheick Mocatr TRAORE L’Etat a prévu de mobiliser 17 milliards de Fcfa, cette année, pour permettre aux paysans de disposer d’une partie de leurs besoins en fertilisants chimiques à un prix abordable. Mais les quantités commandées ne sont pas disponibles du fait de la défaillance de certains fournisseurs. Du coup, le sac de 50 kg à 12.500 Fcfa demeure un mirage pour beaucoup de producteurs agricoles La flambée et la volatilité des prix des engrais persistent à travers le monde. Au Mali, à cause des prix élevés, les engrais ne sont pas à la portée de la bourse de l’écrasante majorité des producteurs agricoles. Pour pallier la difficulté, l’Etat mobilise des ressources pour subventionner une partie de l’approvisionnement en engrais. Problème : l’accès à l’engrais subventionné est un parcours du combattant pour les producteurs. Administration et opérateurs économiques se rejettent la faute. Quelles en sont les raisons véritables ? Cette situation risque-t-elle de compromettre la sécurité alimentaire, cette année ? Est-il encore possible de rectifier le tir ? Pour la présente campagne agricole, l’engrais subventionné représente 15% des besoins des producteurs des zones hors CMDT. Il est cédé à 12.500 Fcfa. L’État paie les fournisseurs selon un prix convenu pour que les producteurs puissent obtenir le précieux fertilisant à 12.500 Fcfa le sac de 50 kg. Le montant total des ressources financières mobilisées, pour cette campagne, se chiffre à 17 milliards de Fcfa. C’est au prix du marché que producteurs achèteront les 85% de leurs besoins en engrais. Sur les six fournisseurs sélectionnés pour ravitailler l’Office du Niger en engrais subventionné, un seul a pu honorer entièrement son contrat. Cette situation est, de l’avis du ministre du Développement rural, Modibo Keïta, due essentiellement à l’accès difficile au prêt bancaire par certains fournisseurs. Il faut dire que de nouveaux fournisseurs ont fait leur apparition dans le négoce de l’engrais cette année parce que les pouvoirs publics en ont décidé ainsi, avec l’objectif de casser le quasi monopole des sociétés Gnoumani, Toguna, Doucouré. Le ministre du Développement rural pense que l’ouverture du marché à d’autres opérateurs économiques n’a pas été du goût des fournisseurs traditionnels qui auraient exigé le règlement des impayés de 2019 et 2021, avant toute nouvelle fourniture d’engrais. Le ministre Modibo Keïta croit savoir que les magnats de l’engrais ont rechigné à jouer le jeu parce qu’il leur est plus profitable de vendre l’engrais au comptant, en mettant en avant le prétexte de la «hausse mondiale des prix». C’est ainsi qu’ils aurient exigé de vendre le sac d’engrais à 50.000 Fcfa à l’État et continuer à servir les zones qu’ils ravitaillaient habituellement. VRAIMENT TARD – Les fournisseurs d’engrais disent n’avoir jamais tenu de tels propos. Précisons que la Société Doucouré partenaires agro-industrie (DPA) et Gnoumani S.A sont les principaux fournisseurs d’engrais en zone Office du Niger. Diadjé Ba, le patron de Gnoumani S.A, soutient que le ministère du Développement rural a exclu les fournisseurs traditionnels du marché de l’engrais subventionné. Il assure que la quantité d’engrais nécessaire à la campagne agricole en cours est disponible dans ses magasins. Quant à la société DPA, elle dit disposer d’un stock estimé à 700.000 tonnes, suffisant également pour satisfaire les besoins des producteurs. La société DPA fournit de l’engrais à 193 organisations paysannes de l’Office du Niger. Le sac de 50 kg de NPK 162-612 est cédé à 37.500 Fcfa, soit 750.000 Fcfa la tonne. Celui de l’Urée est vendu à 33.750 Fcfa, soit 675.000 Fcfa la tonne. Pendant que les autorités et les fournisseurs se rejettent la responsabilité, les producteurs voient leurs cultures pâtir du manque de fertilisants. « L’engrais fait défaut cette année, déplore le président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCAM). Les fournisseurs n’ont pas pu honorer leur contrat. C’est maintenant que certains disent qu’ils vont les honorer. Il est vraiment tard ». Selon Sanoussi Bouya Sylla, les responsables n’ont pas su anticiper. « Dès la crise de Covid-19, on savait ce qui allait se passer. Si des dispositions avaient été prises à temps, si on avait donné la fourniture de l’engrais à ceux qui ont la capacité technique et logistique, on n’en serait pas là. La responsabilité incombe à ceux qui ont donné le contrat à des gens qui n’ont pas pu livrer », fustige-t-il, estimant qu’il faut situer les responsabilités et tirer les leçons. Cette situation devrait être évitée, fulmine notre interlocuteur qui rappelle qu’une mission de la direction nationale de l’agriculture à laquelle un représentant de l’APCAM a participé avait fait l’état de l’engrais dans le pays, avant la période d’hivernage. « Si on avait par exemple écouté les paysans, on aurait plaidé pour réduire le quota en engrais organique en faveur de l’engrais chimique. Dans beaucoup de zones, il y a eu ce problème de reconversion », déplore Sanoussi Bouya Sylla. Pour espérer rectifier le tir, « nous devons préparer la contre-saison de riz et une offensive maraîchère sur les tubercules…», propose le président de l’APCAM. Qui invite à revoir le mécanisme d’approvisionnement en engrais. Il plaide pour l’enregistrement des exploitations familiales avec la géolocalisation assortie de la carte professionnelle agricole comme le préconise la Loi d’orientation agricole (LOA) dans ses articles 16, 19 et 21. Le manque de fertilisants peut fortement compromettre la sécurité alimentaire dans le pays, alerte Sanoussi Bouya Sylla. Le maïs et le riz ont nécessairement besoin d’engrais chimiques. CMT (AMAP) Encadré : Avancées majeures Le président de la Transition ambitionne de faire de l’Agriculture le moteur du développement économique et sociale du Mali, en renforçant la traçabilité des investissements dans le secteur. «Je remercie le chef de l’État qui a instruit le ministre du Développement rural d’amorcer cet enregistrement des exploitations familiales agricoles avec géolocalisation pour voir la traçabilité de ses actions avec les paysans », s’est réjoui le président de l’Apcam. Aujourd’hui, renchérit Sanoussi Bouya Sylla, le président Assimi Goïta parle de la loi de programmation des investissements du secteur agricole qui est le seul cadre définit pour le financement du secteur agricole dans la Loi d’orientation agricole (LOA). Le chef de l’État a également
Spécial 22 septembre 2022-Agriculture : Passage obligé par la réforme et la mécanisation
Par Babba B. COULIBALY Le monde rural réclame des équipements modernes et une loi de programmation et d’investissement du secteur agricole à l’image de la loi de programmation militaire. L’état est en train d’œuvrer dans ce sens, convaincu que ces conditions sont nécessaires au développement de la production et de la productivité agricole Adoptée en 2017, la Loi d’orientation agricole est un instrument juridique qui fixe les orientations de la politique de développement agricole de notre pays. à travers cette loi, les pouvoirs publics veulent donner à l’agriculture une dimension très solide permettant de produire plus et d’exporter. De l’avis des acteurs du secteur, cette loi enregistre des acquis notables et les perspectives sont bonnes. Chargé de mission au ministère du Développement rural, Dr Daouda Diarra estime que la loi d’Orientation agricole offre au secteur agricole des outils structurants qui permettent d’apporter le changement nécessaire. De l’analyse de cet expert, l’application d’une loi est une demande structurante. Pour lui, un des enjeux majeurs aujourd’hui, c’est comment sécuriser les terres agricoles ? Sans la terre il n’y a pas d’agriculture. Aujourd’hui le Mali dispose d’une loi sur le foncier agricole, une politique foncière agricole. À partir de cet instant, tout ce que nous faisons, repose sur une dynamique qui donne des moyens permettant aux exploitants de se sécuriser, fait savoir Dr Diarra. Il ajoute que les terres agricoles aux alentours des grandes agglomérations transformées en construction, sont protégées par cette loi. Toute chose qui permet aux exploitants de ne plus être victime de certains abus. Outre la mise en place et le fonctionnement du Conseil supérieur de l’agriculture, présidé par le chef de l’État, la mise en place du Fonds national d’appui à l’agriculture figure parmi les acquis de la loi d’orientation agricole. L’objectif recherché est de doter le secteur agricole des moyens financiers conséquents pour pouvoir faire face à des besoins cruciaux. S’y s’ajoute la mise en place des inter-professions du secteur. S’agissant des perspectives, le spécialiste nous confie qu’il est nécessaire d’offrir des outils structurants. Notamment, l’organisation du monde rural, la protection sociale agricole, appelée instrument assuranciel. Un vaste chantier permettra, selon lui, de donner les moyens aux exploitants agricoles à l’image de l’Assurance maladie obligatoire (AMO). UNE LOI AVANT-GARDISTE – Il ressort des explications de cet expert, que la loi d’orientation agricole, prévoit en son article 195 un chapitre de programmation et d’investissement du secteur agricole à l’image de l’armée. Les perspectives se déroulent autour d’un mécanisme de protection de revenus agricoles. Sans revenu, il n’y a pas d’agriculteurs. Le revenu agricole doit être renforcé par la contractualisation en agriculture. Ce sont des contrats juridiquement solides, établis entre l’exploitant et le transformateur ou le transporteur. Ces contrats s’étaleront sur 5 à 6 ans, sur des moyens solides qui permettront de travailler dans le sens de l’investissement à court et moyen termes, précise notre interlocuteur. Abondant dans le même sens, le président de Assemblée permanente des chambres d’agriculture du Mali (APCAM), Sanoussi Bouya Sylla, estime que s’il y’a une loi qui a été véritablement débattue par toutes les couches sociales du pays, c’est bien la loi d’orientation agricole. Cependant, il reconnaît que certains décrets d’application tardent à venir. Par exemple, il est prévu une loi de programmation et d’investissement du secteur agricole. à cet effet, le président de la Transition, le colonel Assimi Goïta a donné des instructions pour l’application effective de cette loi. Le patron de l’APCAM estime que si ce document est élaboré conformément à la vision des producteurs agricoles, c’est-à-dire, 75% d’investissement et 25% de frais de fonctionnement, ce sera le début de la relance de l’agriculture de notre pays. « Nous devons refonder l’agriculture et faire un plan maréchal agricole en profondeur avec l’avis des producteurs agricoles », suggère le président de l’APCAM qui plaide pour la loi de programmation et d’investissement du secteur agricole à l’image de la loi de programmation militaire. En termes de perspectives, il estime que l’agriculture doit être repensée à travers un débat franc entre la profession agricole et l’encadrement. « à ce jour, malgré l’impulsion du chef de l’état et les directives données au Conseil supérieur de l’agriculture, la profession l’agricole a des difficultés à faire entendre sa voix », déplore le président de l’APCAM. MÉCANISATION – Notre agriculture est à 90% basée encore sur la traction animale et la daba, selon des experts en la matière. Et avec l’exode rural, trouver la main d’œuvre champêtre relève du parcours du combattant. Face cette situation, la mécanisation de l’agriculture s’impose. Selon Sanoussi Bouya Sylla, pour atteindre notre souveraineté alimentaire et exporter, ce qui est la vocation du Mali, il faut forcément mécaniser l’agriculture. à cet égard, il a félicité le chef de l’Etat pour les 225 tracteurs remis récemment aux producteurs agricoles. Pour le développement de la mécanisation agricole, notre interlocuteur préconise la création des coopératives d’utilisations des machines agricoles. De son point de vue, l’agriculture doit devenir quelque chose qui se pratique 12 mois dans l’année. Pour Aghatam Ag Alhassane, directeur national du Génie rural, la mécanisation devient indispensable pour le pays dans la mesure où la main d’œuvre n’existe plus. Pour ce faire, la population agricole a besoin d’être équipée pour diminuer la pénibilité du travail et permettre d’emblaver beaucoup plus de superficie, poursuit-il. Grace à la mécanisation de l’agriculture, beaucoup de paysans se sont dotés en équipement agricole. La loi d’orientation agricole a été une révolution pour le secteur agricole du pays, qui s’est doté d’une unité d’assemblage des tracteurs (Mali tracteur sa) à Samanko, se réjouit le ministre du Développement rural Modibo Keïta. Pour une plus grande mécanisation de notre agriculture, outre la subvention des équipements agricoles, l’état a ouvert la voie aux investisseurs dans le domaine des équipements agricoles. BBC (AMAP)
APEX-Mali : Une journée de plaidoyer pour le développement des exportations
Bamako, 20 sept (AMAP) L’Agence pour la promotion des exportations (APEX-Mali) a organisé, la semaine dernière, la journée d’information, d’appropriation et de plaidoyer pour le financement du plan d’action 2022-2023 de la Stratégie nationale de développement des exportations du Mali (SNDEX). Cette journée avait pour objectif de favoriser le développement des exportations du Mali, à travers une meilleure appropriation de la SNDEX par les acteurs publics, privés et les partenaires techniques et financiers, en vue notamment de la mobilisation du financement de la mise en œuvre de son plan d’action 2022-2025. Selon le directeur général de l’APEX-Mali, Massoudou Cissé, la balance commerciale de notre pays est chroniquement déficitaire. « En vue de réduire ce déficit et dans le cadre de la mise en œuvre de la Politique nationale de développement du commerce (PNDC), Apex Mali, a sollicité l’appui technique du Centre du commerce international (CCI) qui nous a permis d’élaborer, avec l’implication des acteurs concernés par le commerce extérieur, la feuille de route pour le développement des exportations du Mali», a souligné M. Cissé. Il a indiqué que cette feuille de route a servi de base à l’élaboration du Document de la Stratégie nationale de développement des exportations du Mali et son Plan d’action 2022 2025. « Sur les 113 actions envisagées par ce Plan, l’APEX-Mali est impliquée dans 89 actions dont 36 pour lesquelles elle est la première responsable », a précisé son directeur général. Et d’ajouter que ces actions, constituent des réponses aux défis liées au contexte actuel marqué par les crises sanitaire, économique et sécuritaire. À ce propos Massoudou Cissé a fait savoir que le gouvernement, à travers le ministère de l’Économie et des Finances, a financé la première année de la mise en œuvre de la SNDEX à hauteur 1,05 milliard de Fcfa. « Néanmoins, a-t-il signalé, les besoins restent encore énormes et des efforts supplémentaires sont demandés pour couvrir les actions prioritaires évaluées à hauteur de 3,01 milliards de Fcfa au titre de la première année de mise œuvre du Plan d’action de la SNDEX ». Le premier responsable de l’APEX-Mali a ainsi invité les participants à réfléchir à la façon dont ils peuvent contribuer à la mise en œuvre de cette stratégie qui est la pierre angulaire pour relancer le commerce au Mali. Pour sa part, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Mahmoud Ould Mohamed, a rappelé que l’élaboration de la SNDEX du Mali et son Plan d’action 2022-2025 s’inscrit dans les orientations de la Politique nationale de développement du commerce (PNDC). Selon Mahmoud Ould Mohamed, l’objectif est de tirer profit de l’appartenance du Mali à plusieurs unions économiques et douanières ainsi que des préférences commerciales mises en place par certains pays partenaires. « En outre, a-t-il poursuivi, la SNDEX arrive au moment où le marché unique africain, la Zone de libre échange continentale africaine (ZLECAF) entrera dans sa phase opérationnelle en octobre prochain. » Selon le ministre, l’accès préférentiel à ces marchés et l’appartenance à des espaces intégrés devraient lui permettre d’assurer une meilleure insertion de son commerce dans l’économie régionale et internationale, de favoriser son développement économique durable et de contribuer à la réduction de la pauvreté. « C’est pourquoi, a-t-il dit, le gouvernement du Mali, en approuvant la SNDEX, entend surmonter les difficultés liées aux crises multidimensionnelles à l’effet d’offrir des opportunités nouvelles et de développer les filières à fort potentiel d’exportation ». Les dix filières prioritaires retenues pour la première phase sont celles qui permettraient d’amorcer la transition vers une économie de transformation axée sur la création de valeur ajoutée, la compétitivité et la durabilité. Il s’agit des filières coton, textile et habillement, bétail et viande, cuirs et peaux, mangue, karité, gomme arabique, sésame, anacarde, patate douce et tourisme. Cette journée s’est tenue, sous la présidence du Premier ministre par intérim, le colonel Abdoulaye Maïga. C’était en présence de plusieurs membres du gouvernement des représentants du corps diplomatique et des organisations régionales et internationales accréditées au Mali. AG/MD (AMAP)
Mali-BAD : Des mesures fortes pour améliorer la performance du portefeuille de projets et programmes
Bamako, 19 sept (AMAP) La Banque africaine de développement (BAD) et le gouvernement malien ont évalué l’état de mise en œuvre des projets et programmes que l’institution régionale de développement finance au Mali, au cours de la revue de la performance du portefeuille. La revue politique organisée, vendredi dernier, a été présidée par le ministre de l’économie et des Finances, Alousseini Sanou. Les sessions techniques avaient commencé le lundi 12 septembre dernier. Le but étant d’apprécier ensemble (administration, société civile, secteur privé, collectivités et partenaires techniques et financiers) les avancées, de comprendre les raisons des blocages (s’il y en a) et de formuler des recommandations pertinentes visant à améliorer la qualité du portefeuille. M. Sanou a noté avec satisfaction qu’à l’issue des travaux, «un diagnostic complet a permis d’identifier et d’analyser les contraintes et les difficultés majeures qui plombent la performance du portefeuille», Il a fait remarquer que le portefeuille connaît de nos jours, «un niveau avancé de détérioration de sa qualité, soit plus de 83% d’instruments inscrits au rouge ». « Autrement dit, des projets éligibles à l’annulation», a analysé le ministre. Il s’agit, selon lui, d’un portefeuille vieillissant présentant un besoin d’assainissement. Cette situation est imputable aux conséquences de la pandémie de la Covid-19, à la crise sociopolitique que connait le pays, aux besoins de réformes pour accélérer les processus de passation des marchés et d’indemnisation des personnes. Le mal et ses raisons sont connus, «nous devons agir vigoureusement et avec diligence pour faire reverdir la performance de notre portefeuille commun», a dit le directeur général adjoint Afrique de l’Ouest du Groupe de la BAD, Joseph Ribeiro. Pour ce faire, un Plan d’amélioration de la performance du portefeuille (PAPP) est conjointement élaboré et convenu entre les équipes du Mali et celle de la Banque. Il consiste en des mesures immédiates, à court et moyen terme. Dans un premier temps, les projets seront exécutés dans les délais impartis en évitant de nombreuses prorogations. Ce qui permet d’atteindre rapidement leurs objectifs de développement, de soutenir la croissance économique et améliorer les conditions de vie des populations. En second lieu, le portefeuille sera assaini. Restructuré et alloué, il permettra de mieux recycler le stock de ressources rares dormantes vers des priorités urgentes du pays ainsi que des activités actuelles des projets qui demeurent pertinentes. Cela contribuera à l’efficacité dans l’action gouvernementale et à sa proactivité à mieux répondre aux besoins légitimes des populations. Rendu performant, le portefeuille contribuera en dernier ressort au renforcement de la capacité d’absorption des ressources allouées par le pays ainsi que sa capacité à mobiliser plus rapidement des ressources nouvelles, non seulement au niveau du Groupe de la Banque mais également auprès d’autres bailleurs. Ces propositions n’ont visiblement pas intégré les aspirations de tous les acteurs. Le secteur privé et la société civile ont insisté sur la nécessité de prioriser la production d’énergie solaire au détriment du transport d’énergie à partir des pays voisins. Mais surtout d’investir dans des actions de lutte contre les effets du changement climatique. «L’initiative ne prend malheureusement pas en compte la production d’énergie qui est primordial pour le développement de toute nation», note Cheick Hamala Simpara, membre du secteur privé malien, déplorant que ce soit seulement le volet transport d’électricité entre les différents pays d’Afrique de l’Ouest qui soit préconisé. Ce qui est, selon lui, « insensé au regard du potentiel malien en source d’énergie ». «Avec 3 000 heures d’ensoleillement annuellement, une intensité et une durée d’ensoleillement constante, permettent à notre pays de produire de l’électricité solaire de très bonne qualité et à moindre coût pour booster l’économie en tirant vers le haut les autres secteurs d’activité», a ajouté Cheick Hamala Simpara. Le président du Conseil national de la société civile du Mali a fustigé la lourdeur administrative qui affecte la performance de la Banque et les citoyens. «Le besoin est clairement là, il est incompréhensible que la Banque et l’Etat traîne les pas. Ce sont les populations qui payent le prix de cette lenteur», a commenté Boureima Allaye Touré. Et d’interpeller : «Pour un pays désertique comme le Mali, la Banque ne réserve que 2% de son portefeuille au changement climatique. » La revue politique est assimilable à l’instance de validation ou de rectification des résultats des travaux d’évaluations techniques. «Cette présente revue constitue l’occasion pour nous de nous assurer que notre partenariat avec la BAD s’exécute conformément aux orientations globales et sectorielles stratégiques du Mali et au contenu du Document de stratégie pays (DSP) de la Banque au Mali en vue de répondre aux besoins réels et vitaux de la population», a rappelé le ministre de l’Économie et des Finances. A ce titre, elle a permis « d’examiner l’état d’exécution des opérations de la Banque en cours au Mali avec les Unités de gestion de projets, notamment la gestion fiduciaire et environnementale », a corroboré Joseph Ribeiro. Le portefeuille actif du secteur public de la BAD au Mali compte, à la date du 31 août 2022, vingt projets pour un montant total approuvé de 458,484 millions d’Unités de compte (UC), environ 391,37 milliards de Fcfa. Le total des décaissements effectués sur les montants engagés est estimé à 175,236 millions d’UC, environ 149,59 milliards de Fcfa. Le taux moyen de décaissement est évalué à 38,22% pour un âge moyen du portefeuille de plus de 5 ans. Il couvre les secteurs du transport routier (représentant 39% du portefeuille), l’agriculture (19%), l’énergie (13%), l’eau et assainissement (11%) et la gouvernance (6%). Le secteur privé (finance et industrie) représente 7% de l’enveloppe du portefeuille et les autres secteurs (changement climatique et développement social) 5%. La BAD a commencé ses opérations au Mali en 1975. Les activités qu’elle finance sont cohérentes avec sa stratégie décennale 2013-2022 et ses cinq grandes priorités appelé «High 5» : éclairer l’Afrique et l’alimenter en énergie, nourrir l’Afrique, industrialiser l’Afrique, intégrer l’Afrique et améliorer la qualité de vie des Africains. OS/MD (AMAP)
Nutrition : Une stratégie nationale désormais en place au Mali
Bamako, 16 sept (AMAP) La Stratégie nationale d’intervention du secteur eau, hygiène et assainissement (EHA /Wash et nutrition) pour une amélioration de la nutrition au Mali a été lancée, jeudi, à Bamako, par le secrétaire général du ministère de la Santé et du Développement social, Dr Aly Diop. Ce lancement a été une occasion de présenter les objectifs de la Stratégie, de partager les différents axes d’intervention, les indicateurs d’impacts et le mécanisme de suivi de la mise en œuvre de la Stratégie. La malnutrition reste toujours une préoccupation au Mali, malgré les efforts déployés pour inverser la tendance. Les résultats préliminaires de l’enquête SMART 2022 démontrent même que les différents types de malnutrition y sont présents à la fois sous leur forme modérée et sévère. La situation nutritionnelle à l’état actuel demeure préoccupante, tant au niveau national, où l’on compte 10,8% de malnutrition aiguë globale et 2,1% de malnutrition aiguë sévère, qu’au niveau des régions. La représentante adjointe du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) au Mali, Francine Kimanuka, a indiqué que le phénomène reste l’une des causes majeures de morbidité et de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans. La malnutrition, bien que liée aux mauvaises pratiques nutritionnelles, demeure un problème de santé avec une dimension multifactorielle. L’une de ses causes sous-jacentes est liée aux mauvaises pratiques d’hygiène et d’assainissement et à l’insuffisance d’accès à l’eau potable. Une analyse des liens entre malnutrition et facteurs environnementaux à partir des données d’enquête MICS-2015, réalisée par le bureau UNICEF au Mali, en 2020, a permis de démontrer que plus l’environnement du ménage est assaini, plus le risque sanitaire et les taux de malnutrition sont réduits. Cette étude confirme les liens connus entre la malnutrition et l’environnement non assaini et justifie la nécessité de mieux prendre en compte les interventions WASH dans la lutte contre la malnutrition. Pour une grande opérationnalisation de cette stratégie au Mali, Mme Francine Kimanuka a lancé un appel à tous les partenaires techniques et financiers pour une grande mobilisation des financements. Elle a aussi renouvelé l’engagement de l’organisation onusienne à accompagner tous les efforts du gouvernement dans la lutte contre la malnutrition et pour la survie de chaque enfant au Mali. Le secrétaire général du département en charge de la Santé, Dr Aly Diop, a déclaré que le Mali compte beaucoup sur cette stratégie. Elle constitue, aujourd’hui, une des priorités du gouvernement en vue d’alléger les souffrances de la population liées aux problèmes de malnutrition. Dr Diop a souligné que le document « illustre les points forts du partenariat entre les quatre départements ministériels sectoriels pour la mise en œuvre de la vision de la Politique nationale de la nutrition ». Il s’agit d’assurer le droit à une nutrition adéquate à la population toute entière, en vue de satisfaire son bien-être et garantir un développement national durable. L’essence de la Stratégie consiste à générer un impact et à amplifier le retour d’investissement dans la nutrition grâce aux interventions d’accès à l’eau potable, l’hygiène et l’assainissement. Pour lui, malgré les progrès encourageants, il reste encore beaucoup à faire au cours des années à venir. C’est pourquoi, il estime qu’il ne faut pas fermer les yeux sur les menaces qui pourraient compliquer encore un peu plus la tâche. Il s’agit de la crise climatique qui a des retombées de plus en plus fortes sur l’ensemble des acquis de l’approche multisectorielle de la nutrition en particulier sur l’eau, l’hygiène et l’assainissement. «Notre travail doit être centré sur l’accès à l’eau, l’hygiène et l’assainissement dans la lutte contre toutes formes de malnutrition», a-t-il dit. Et d’ajouter qu’il ne faut pas perdre de vue les personnes les plus vulnérables marginalisées. «Cette stratégie nous encourage à travailler plus dur que jamais et montre que nous pouvons atteindre nos objectifs, si nous le décidons ensemble», a souligné Aly Diop. Il a donc exhorté les acteurs du domaine à s’approprier la Stratégie pour renforcer la couverture, la cohérence des politiques et programmes, mais aussi la continuité des interventions de promotion d’accès à l’eau potable, l’hygiène et l’assainissement. Tout ceci en vue de faire de la Politique nationale de la nutrition une réalité au niveau de chaque commune, cercle et région. FN/MD (AMAP)
