Bamako, 27 octobre (AMAP) En cette année de la culture et de l’Education, décrétée par le Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, l’Agence Nationale de Presse du Mali a décidé de porter un regard sur les grandes célébrités qui ont marqué l’histoire de notre pays. Parmi celles -ci figurent l’artiste et chanteur, Feu Ibrahim Sory Kouyaté dit Kalory Sory qui a tiré sa référence en 2016.
Au début des années 1980, Ibrahima Sory Kouyaté dit Kalori Sory était le rasta et le reggae man de la musique malienne le plus connu. Avec des morceaux comme Pèchèkè, Louansé, Dourouni ou Djénébani il a longtemps caracolé en tête des mesures d’audience de la musique qu’on appelle Hit parade des radios et des télévisions.
Un succès étendu dans la sous région et en Europe
Son succès s’est étendu à la Côte d’Ivoire, au Sénégal, en Guinée Conakry et même dans certains pays d’Europe. Il fut donc l’un des précurseurs du reggae dans notre pays. Avec thèmes sur les préoccupations des populations comme le problème de transport urbain, les locations des maisons d’habitation ou la rareté de l’argent, Kalori Sory était devenu l’un des artistes les plus populaires surtout chez les jeunes au point où certains commentateurs le comparait à Alpha Blody, le célèbre reggae man ivoirien. Il a tiré sa révérence en 2016 après plus de 30 ans de carrière musicale à l’âge de 65 ans.
Ce griot bon teint, est venu tout naturellement à la musique dès l’âge de 12- 13 ans, car nous expliquait-il quelques années, son talent de chateur précoce était déjà reconnu à l’école de Ké-Macina dans la région de Ségou. Il devait même aider parfois ses jeunes camarades à bien chanter.
Par contre, c’est sur un terrain de football qu’il reçu le surnom de Kalori Sory. Pendant les vacances 1968- 1969, qu’il passait à Bamako, plus précisément dans le quartier de Bamako-coura que Ibrahima a reçu le sobriquet de Kalori par son encadreur. Ce dernier avait constaté que Ibrahim Sory était très actif et qu’il dégageait beaucoup de calories.
Plus tard, il abandonnera le Lycée en classe de 11è lettre pour se consacrer à son groupe de musique amateur qu’il venait de créer à Lafiabougou en Commune IV du District de Bamako. Puis Kalori Sory est recruté en 1980 par l’orchestre national Badema, où il évolue quatre ans aux côtés de Feu Amadou Ba Guindo, chef d’orchestre et de Kassé Mady Diabaté. Il participera à de nombreux enregistrements, représentations et tournées à travers l’intérieur du pays. C’est ainsi qu’à Kayes et Ségou le public appréciera en avant première son titre chouchou Petchéké. Ce qui l’encouragera plus tard à sortir le morceau. L’administration décide de l’envoyer en 1985 à l’Institut national des arts (INA) pour qu’il se perfectionne.
En 1989, il trouve enfin un producteur pour son premier album. Intitulé Pètchèkè, ou l’argent. L’artiste fustige le pouvoir de l’argent dans notre société. Il dénonce le fait que tout soit lié au pouvoir de l’argent. Ce qui lui a vaut un grand succès. L’artiste reconnaît d’ailleurs que cette création initiale fut l’une de ses plus grosses ventes. Puis c’est le casse-tête du transport en commun dans la ville de Bamako qui l’inspire avec son 2è album en 1994. A l’époque les véhicules de transport les Peugeots 404 bâchés, appelés Dourouni posaient des problèmes aux usagers : peu nombreux aux heures de pointe, conditions insalubre et précaire. Puis ce fut « Louancé Kalifa » en 2000. Les propriétaires ont peu de respect pour les locateurs. Les difficultés de la vie en commun entre voisins.
Kalori Sory, une figure importante du Reggae
Lassana Igo Diarra, membre du Mouvement des rastas du Mali (MORASMA), estime que Kalori Sory était une figure importante du reggae et du mouvement du rastafarisme au Mali. Ses créations comme « Ambè yé Rasta yé » a beaucoup contribué à faire comprendre le rastafarisme à nos concitoyens. C’est là où l’artiste indique toutes les grandes figures de la décolonisation et les pères de l’indépendance sont tous des rastas.
Pour notre interlocuteur, le reggae man était aussi un précurseur de l’adaptation de cette musique aux rythmes maliens et africains. Il fut l’un des premiers à parler du Donso-reggae. C’est à dire utiliser le rythme de la musique des chasseurs dans ses arrangements. Le MORASMA tient à lui rendre un hommage mérité pour tout ce qu’il a fait dans ce domaine.
L’artiste dénonce encore une fois l’égocentrisme qui gagne du terrain chez nous
Il s’absente de la scène musicale pendant cinq bonnes années. A son retour il sort N’ta (le mien) en 2008. Sur ce dernier, les mélomanes constatent que sa sensibilité face aux souffrances des populations et aux maux qui minent notre société. L’artiste dénonce encore une fois l’égocentrisme qui gagne du terrain chez nous. « Lorsqu’une personne veut que tout tourne autour de soi et que celle-là n’est pas prête à partager, il y a problème » explique Kalori Sory.
Cet album contient 7 titres que sont : N’tori, Anderezo, Demissenw, Afrique France, Djogo, Nounia et Bakary Djan. Et les remix de Petchéké et Walata complètent cet album. Presque tous ces morceaux sont dans style de reggae bambara, une sorte de conte-chanté.
Youssouf DOUMBIA/Kader MAÏGA (AMAP)
