Gao, 25 octobre (AMAP) La tresse songhoy est un véritable langage culturel et social qui indique l’âge, le statut matrimonial, et les étapes de vie d’une femme. En milieu sonrhaï, dans le nord du Mail, chaque étape de la vie d’une femme correspond au port de certaines parures, de la naissance à la mort, en passant par la jeunesse, le mariage, la maternité et la vieillesse.
Les tresses grosses, moyennes expriment merveilleusement le génie artistique Songhoy. Quant aux parures, elles sont confectionnées dans une multitude d’objets très significatifs chez les songhoy. C’est le cas des perles fabriquées à partir de coquillages d’ambre : bagues, bracelets et autres.
La culture, l’identité ethnique, les événements, les envies déterminent la tresse
La secrétaire stagiaire au Musée du Sahel à Gao, Mme Maiga Farimata Touré, explique que les tresses songhoy sont créées en fonction de la culture, de l’identité ethnique, des événements, des envies et, surtout , pour le respect que les femmes ont de la beauté des coiffures. Mme Maiga lève le voile sur l’art des tresses songhoy : « elles peuvent être faites de manière torsadée sur le cuir chevelu.
Dans le milieu traditionnel, elles sont multiples et très variées. Les tresses songhoy se classent en trois catégories : les tresses avant l’âge nubile, les tresses de beauté, les tresses frappées d’interdit.
Les tresses avant l’âge nubile, « Jisi » signifie « réservé » la jeune fille est rasée. Une mince de bande de cheveux est gardée de la gauche à la droite. Le « Tchiéchi » est tressé sur la tête des jeunes filles de 10 à 15 ans. Le message qu’elle transmet, en songhoy, est : ce qui est posé sur la bordure ». Cette tresse s’accompagne toujours d’un boubou blanc, d’un pagne noir et la fille porte des chaussures en peau d’animal. Les tresses « Sourgou-sourgou » sont réservées à la jeune fille de 13 ans ou plus.
La tresse de beauté « Zourazoura » orne la tête de la jeune femme et est portée au moment des différentes fêtes. « Les Zoota-kamba » sont également les tresses de la beauté réservées aux femmes célibataires. La maternité est traduite par une tresse appelée « Kokara ». Après l’accouchement la mère du bébé transmet son message en portant cette coiffure. Il existe deux. Les tresses sont entrelacées de perles (Kawla » qui ont des significations. Premièrement, si la femme porte au front trois « Kawla », l’enfant qu’elle porte sur le dos est un garçon »D’où le nom de « Kokara-Izé-aro ». Si elle porte quatre « Kawla », l’enfant est une fille. Cette coiffure porte le nom de « Kokara-Izo-W0yo ».
Les femmes mariées qui ont deux maternités, portent la coiffure « Zumbu » qui a la forme d’une crête de Coq. Ainsi, les cheveux sont tressés de tous les côtés parsemés de perles. Le front est couvert de nattes de perles. Le milieu de la tête est couvert par le « Zumbu » à la crête agrémentée de lambeaux de fils rouges qui tombent sur les joues. « Zoota-kamba » ou « manche de louche » désignent les cheveux tressés sur tous les côtés mélangés ou entrecoupés de perles « Kawla ». Ce sont des tresses de beauté rassemblées sous forme de manche de louche qui sont la marque des femmes célibataires, en quête de l’âme sœur. Elles révèlent la situation sociale de la femme. La coiffure « Yolo-Gorbo » ou « Yola-Yola » est compliquée. Les cheveux sont divisés et tressés de telle sorte que les tresses pendent de deux côtés sur les joues. Une touffe de tresses tombe sur le front. Plusieurs tresses éparpillées recouvrent la nuque. « Bamba-Bamba » ou encore « Yénia hiri » sont des réussites de perles disposées sur le front. Les cheveux sont tressés en remontant de la nuque au front. Ce travail est enrichi avec les perles « Kawla ».
Ces perles multicolores soutiennent les tresses. La nouvelle mariée porte cette coiffure toute la semaine après le mariage. Elle est interdite aux veuves, femmes non mariées et âgées. La tresse « Moorari » est interdite aux filles. Elle est uniquement l’attribut des femmes âgées. La vue de la tresse « Binda » est interdite à tout homme qui peut marier la femme après son veuvage de quatre mois et dix jours. Selon les confessions religieuses.
La « Faata » est interdite aux femmes. Les tresses « Hilo Hilo »appartenaient aux seules femmes de l’ethnie « Gorongobou » de Gao. Par contre les tresses « Bamba –Bamba », « Manga-Fa », « Zumbu » sont utilisées par toutes les catégories des femmes de la communauté songhoy. Qu’elles que soient grandes dames, épouses du roi, d’empereurs ou d’hommes libres. Cette tresse se fait le premier jour du mariage. Elle est interdite au nouveau marié de voir cette tresse, car elle serait possédée par les esprits. Le modèle « Moorari » signifie caresse en milieu songhoy.
Les cheveux sont divisés en deux ou trois parties et sont tressés sans finesse du front vers la nuque. Il est propre aux femmes qui ont atteint l’âge de la ménopause. Mais elle est interdite aux autres femmes songhoy. Dans certains milieux, on l’appelle « Kum-Kum », « Faata » ou encore « Faata-Koli » qui veut dire rassembler, réunir. Cette coiffure se distingue par sa simplicité.
Les tresses songhoy permettent aux femmes de se rapprocher, de partager les moments de bonheur et de malheur
Le directeur régional du Musée du Sahel de Gao, Abdoulaye Boncona Maiga explique que les tresses songhoy permettent aux femmes de se rapprocher, de partager les moments de bonheur et de malheur. Il précise aussi que le rôle social des tresses, en milieu songhoy, se reflète dans l’apprentissage car la transmission du savoir-faire des compétences dure longtemps entre les générations.
Mme Maiga Mariam Maiga, secrétaire au gouvernorat de Gao, exprime sa fierté d’être descendante de l’ethnie sorgho. Cependant, elle ne croit pas aux interdits de certaines tresses. Selon elle le mariage est un destin.
Elle affirma avoir déjà porté des tresses songhoy (Hilo Hilo, Bamba –Bamba et zota-Kamba) sur exigence de sa mère, ajoutant que certaines coutumes n’ont plus leur place.
Mme Halimatou Touré dite Halibara est la gardienne des tresses songhoy de la région de Gao qu’elle a hérité de sa grand-mère, Agaïchatou Bilal, originaire de Gao et de la famille « Gorongobou ».
Selon elle, grâce au métier de coiffeuse des tresses Songhoy, elle est connue sur les plans régional et national. Au niveau de l’artisanat de Gao, elle est la seule qui fait encore les tresses et forme les jeunes filles dans ce métier. Elle vend aussi des tresses pour les étrangers et prêtent pour les nationaux moyennant des sous.
AT/KM (AMAP)

