Bamako, 4 octobre (AMAP) Les Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM), peu connus du grand public, offrent aux épargnants des possibilités de placement diversifiées sur le marché financier régional.
L’Agence Nationale de Presse du Mali a rencontré M. Cheick Sanou, ingénieur financier, spécialiste des marchés de capitaux, pour en savoir plus.
Pour l’ingénieur financier et spécialiste des marchés de capitaux, leur démocratisation passe notamment par une meilleure culture boursière, une communication renforcée et une plus grande implication des acteurs financiers.
L’Agence Nationale de Presse du Mali : Quel rôle les banques peuvent-elles jouer dans la démocratisation des OPCVM ?
Cheick Sanou : Il faut d’abord préciser que les banques constituent un élément externe dans la distribution des Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM), puisque ce ne sont pas elles qui proposent directement ces véhicules d’investissement. Ce rôle revient notamment aux sociétés de gestion d’OPCVM (SGO).
Toutefois, la réglementation permet aux banques agréées dans l’espace de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) de développer des activités liées au marché financier, notamment à travers la création ou la détention de filiales spécialisées. Dans plusieurs pays de la sous-région, certaines banques disposent ainsi de sociétés de gestion et d’intermédiation (SGI).
La SGI intervient notamment comme intermédiaire sur le marché financier régional. Elle peut, dans certaines conditions, créer une société de gestion d’OPCVM. Ce sont ces sociétés de gestion qui proposent les différents véhicules d’investissement collectif, notamment les fonds communs de placement (FCP) et les sociétés d’investissement à capital variable (SICAV).
Il existe toutefois une forme de concurrence entre l’épargne bancaire et les OPCVM. Lorsqu’un client dépose son épargne dans une banque, celle-ci lui verse une rémunération selon les conditions applicables. Lorsqu’il investit dans un OPCVM, son épargne est également placée dans différents actifs avec un objectif de rendement. Orienter systématiquement un client vers un OPCVM peut donc représenter, pour une banque, un manque à gagner.
Mais il ne faut pas nécessairement opposer les deux systèmes. Je conseille plutôt de considérer la banque et les OPCVM comme complémentaires. L’épargne destinée aux besoins urgents peut rester dans une banque, tandis que l’épargne que l’on souhaite faire fructifier à moyen ou long terme peut être orientée vers des véhicules d’investissement comme les OPCVM.
L’Agence Nationale de Presse du Mali : Les clients demandent-ils davantage d’informations sur ces produits ?
Cheick Sanou : Depuis que je parle de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) et du marché financier régional, je suis régulièrement sollicité par des personnes qui souhaitent comprendre ces mécanismes. Lorsque l’on explique les possibilités offertes par le marché et les différents produits d’investissement, beaucoup découvrent des opportunités qu’ils ne connaissaient pas.
On ne peut cependant pas demander un produit que l’on ne connaît pas. À mon avis, le problème se situe donc principalement au niveau de la vulgarisation de la culture boursière.
Cette faiblesse se constate également du côté des entreprises. Le Mali ne compte actuellement qu’une seule société cotée à la BRVM, la Bank of Africa Mali (BOA Mali). Une meilleure culture boursière pourrait également contribuer à encourager davantage d’entreprises à envisager le marché financier comme une source de financement.
L’État a également un rôle à jouer dans cette vulgarisation, afin d’orienter à la fois les offertes par la cotation.
Au Mali, plusieurs acteurs agréés interviennent sur le marché financier, notamment des sociétés de gestion et d’intermédiation. Mais, dans la pratique, l’offre et la communication semblent davantage orientées vers les investisseurs institutionnels et les entreprises. Les particuliers restent encore insuffisamment ciblés.
Il existe pourtant des produits accessibles au grand public. Par exemple, la Société de gestion d’OPCVM (SGO) Mali propose des FCP. À travers notre propre expérience d’investissement, nous avons pu constater l’intérêt de ces produits et les retours positifs de personnes qui y ont investi.
L’Agence Nationale de Presse du Mali : Quels obstacles constatez-vous chez les épargnants ?
Cheick Sanou : Le premier obstacle est clairement le manque d’information et de culture boursière. Nous contribuons, à notre niveau, à la vulgarisation de ces mécanismes, mais cette démarche gagnerait à être davantage portée par les institutions publiques et les acteurs du marché.
Il existe également des considérations liées aux convictions personnelles. Certaines personnes peuvent, par exemple, ne pas souhaiter investir dans des produits qu’elles considèrent comme incompatibles avec leurs principes religieux. Cette question peut être prise en compte puisque certaines sociétés de gestion proposent des FCP conformes aux principes de la finance islamique.
Il serait donc intéressant que ce type d’offre soit davantage développé et accessible au Mali afin de permettre aux personnes qui le souhaitent d’investir en cohérence avec leurs convictions.
Un autre élément à prendre en compte concerne les habitudes d’épargne, notamment les tontines. La tontine joue un rôle important dans les pratiques financières de nombreuses communautés, mais elle présente des caractéristiques et des risques particuliers. La dépendance à la participation régulière des membres, les questions de transparence et les mécanismes de gestion peuvent notamment poser des difficultés.
Il ne s’agit pas nécessairement de condamner la tontine, mais de rappeler qu’elle ne doit pas être considérée comme un placement sans risque. Les épargnants doivent comprendre les mécanismes, les responsabilités des participants et les éventuels risques avant de s’engager.
À côté de ces mécanismes informels, les fonds communs de placement (FCP) constituent des véhicules d’investissement réglementés et gérés par des professionnels. Ils permettent de mutualiser l’épargne de plusieurs investisseurs et de l’investir dans différents actifs, notamment des actions et des obligations, selon la stratégie du fonds.
Cette mutualisation permet également à des investisseurs disposant de montants différents d’accéder à des portefeuilles diversifiés. Comme pour tout investissement, il existe cependant des risques et les performances passées ne garantissent pas les performances futures.
L’Agence Nationale de Presse du Mali : Comment rendre ces produits plus accessibles ?
Cheick Sanou : Une première piste serait d’encourager les banques à développer des activités liées au marché financier, notamment à travers des filiales spécialisées dans l’intermédiation ou la gestion d’OPCVM. Les banques disposent en effet d’un réseau important et ont accès à une grande partie de la population financièrement incluse.
Il faut également demander aux acteurs du marché présents au Mali de renforcer leurs efforts de communication et de vulgarisation. Les particuliers doivent savoir qu’ils peuvent accéder à des produits tels que les FCP ou les SICAV.
Enfin, l’accompagnement des pouvoirs publics est important. Une meilleure coordination entre l’État, les banques, les SGI et les SGO pourrait contribuer à développer la culture financière et boursière.
L’objectif ne doit toutefois pas être de présenter les OPCVM comme un substitut aux banques. Il s’agit plutôt d’un duo. Je peux conserver mon épargne d’urgence dans une banque classique et placer l’épargne destinée à être développée sur des véhicules d’investissement comme les FCP ou les SICAV, voire investir directement sur le marché à travers des actions ou des obligations.
Cette diversification permet à l’épargnant de mieux distinguer l’argent destiné à ses besoins immédiats de celui qu’il souhaite faire fructifier dans une perspective de moyen ou long terme.
L’Agence Nationale de Presse du Mali : L’Agence Nationale de Presse du Mali vous remercie pour votre disponibilité en lui accordant cette interview qui a permis d’édifier l’opinion sur ce domaine capital.
Cheick Sanou : Je remercie sincèrement l’Agence Nationale de Presse du Mali pour sa grande expérience en matière de gestion et la mise à disposition des informations saines à l’opinion. Merci pour le service public.
OS/KM (AMAP)

