New York (24 septembre (AMAP) La 81è session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies s’est ouverte, mercredi à New York, en présence du secrétaire général sortant, le Portugais Antonio Guterres, du nouveau secrétaire général élu en juin dernier de l’Assemblée générale, le diplomate bangladais, Khalilur Rahman, et de plusieurs Chefs d’État et de gouvernement, dont le président américain Donald Trump.

Prenant la parole pour son dernier discours puisqu’il est en fin de mandat, Antonio Guterres a dressé un bilan sans complaisance de la santé du monde. Il a rappelé que les fractures de notre monde ne cessent de s’élargir. Les fissures sont devenues des gouffres béants.

Eclatement de guerres

Au cours de la dernière décennie, des guerres ont éclaté avec leurs cortèges de conséquences dévastatrices et n’ont fait que s’éterniser avec une cruauté odieuse. Les populations civiles ont été prises pour cible, les droits humains piétinés, la faim a été instrumentalisée comme une arme, des humanitaires ont été tués, le droit international a été relégué aux oubliettes, les clivages géopolitiques se sont creusés, les inégalités se sont aggravées. La confiance s’est érodée.

Crise climatique

La crise climatique n’est plus une menace lointaine, c’est une réalité quotidienne et l’intelligence artificielle a évolué à un rythme tel que même ses créateurs en restent médusés. Toutes ces crises ne sont pas isolées, ce sont les chapitres d’une même histoire, l’histoire du pouvoir, de ceux qui le détiennent, de ceux qui en sont privés, de l’usage qui en est fait, et des mûs qui l’opèrent. Il exhorte à la redéfinition du pouvoir qui s’opère au temps de trois grands axes.

Tout d’abord entre États. De nouveaux pôles d’influence économique, politique et technologique ont vu le jour. Deuxièmement, dans un basculement spectaculaire, le pouvoir échappe de plus en plus au gouvernement pour se concentrer entre les mains d’une poignée d’entreprises privées et de particuliers. L’influence de ces acteurs s’étend désormais à la politique, à l’économie, au flux d’informations, au développement technologique et à l’espace civique dont dépend le développement de la société. Troisièmement, les êtres humains cèdent de plus en plus le pouvoir à la machine. Les agents d’intelligence artificielle deviennent incontrôlables et les armes létales autonomes ne relèvent plus de la science-fiction, mais sont aujourd’hui une réalité militaire.

Un monde multipolaire

Nos institutions et nos systèmes de gouvernance mondiale, eux, sont toujours le reflet des réalités du pouvoir et des intérêts d’une époque largement révolue. Tel est le défi d’ampleur que nous devons relever. À l’heure où l’humanité fait face à une conjonction de menaces inédites, nos mécanismes d’action collective ploient sous des difficultés de plus en plus nombreuses.

Nous nous dirigeons, de toute évidence, vers un monde multipolaire. C’est une volution irréversible. Mais la multipolarité peut revêtir des formes différentes.

Le risque est celui de voir advenir un monde fragmenté, transactionnel, un monde gagné par la montée des tensions et l’aggravation de la méfiance, où les marchés seraient fracturés, les institutions affaiblies, où la coopération céderait la place à des calculs à somme nulle. À bien des égards, c’est le chemin que nous suivons pour l’instant. Mais il y en a un autre possible.

Un monde qui nous permet d’échapper aux tendances hégémoniques et à ce que j’ai -dire la division du monde en deux blocs rivaux avec des systèmes économiques et technologiques et des dispositifs de sécurité distincts. Nous devons éviter cela.

Un monde en réseau est fondé sur les principes selon lesquels aucune puissance ne peut relever à elle seule les défis contemporains. Bien entendu, la concurrence restera une constante des relations internationales. Mais la concurrence ne doit pas nécessairement mener à la confrontation. Les événements de ces dernières années l’ont amplement démontré. La puissance militaire ne saurait à elle seule garantir la paix.

La puissance économique ne suffit pas à elle seule à assurer la stabilité. Et la puissance technologique ne peut à elle seule apporter la sécurité. Un monde multipolaire en réseau peut créer les conditions permettant de régler les problèmes mondiaux de manière plus équilibrée, plus représentative.

Inégalités hommes-femmes

Mais pour cela, il faut un système multilatéral centré sur l’ONU qui soit lui aussi équilibré, représentatif. Des institutions solides et efficaces qui reflètent les réalités et l’évolution progressive du poids relatif des pays et des économies dans le monde d’aujourd’hui. Pas les rapports de force d’il y a 80 ans.

Reforme du Conseil de sécurité

Nous devons également réformer le Conseil de sécurité pour qu’il soit le reflet du monde contemporain et qu’il ait la légitimité et l’efficacité requises face aux difficultés de notre époque. Le Conseil de sécurité a été créé au lendemain de la seconde guerre mondiale mais le monde a changé du tout au tout depuis. Ces évolutions n’ont guère trouvé leur écho au Conseil de sécurité.

L’exemple le plus frappant, c’est celui de l’Afrique. Lorsque l’ONU a été fondée, la majeure partie de l’Afrique était sous domination coloniale. Aujourd’hui, l’Afrique ne dispose toujours pas de représentation permanente au Conseil.

Au XXIe siècle, il est injuste et indéfendable qu’il n’y ait pas de siège africain permanent au Conseil de sécurité. Cela doit changer. La deuxième épreuve de pouvoir, c’est celle des inégalités.

Jamais l’humanité n’a disposé d’autant de richesse, de savoir et de puissance technologique. Mais pour des milliards d’êtres humains, le progrès reste hors de portée. Ils observent la prospérité tout autour d’eux mais pas dans leur propre vie.

Et pourtant beaucoup de pays en développement sont écrasés par une dette insoutenable, frappés de plein fouet par des catastrophes dont ils ne sont guère responsables et tenus à l’écart de financements abordables. Voilà pourquoi nous avons créé de nouveaux espaces politiques pour faire avancer la réforme de l’architecture financière internationale. Pour un allègement de la dette rapide, efficace et juste. Pour des banques multilatérales de développement plus grandes, plus audacieuses et mieux armées, capables de financer de long terme à un coût abordable et à grande échelle et de mobiliser massivement les capitaux privés. Pour les droits de tirage spéciaux bénéficiaires aux pays qui en ont le plus besoin.

On ne peut parler d’inégalité sans nommer la plus universelle de toutes, l’inégalité entre les femmes et les hommes. Partout, les femmes et les filles continuent de subir des discriminations, violences, exclusions et abus. Autour du monde, leurs droits reculent, leurs voix sont réduites au silence, leur corps transformé en champ de bataille et leur liberté traitée comme une monnaie d’échange. C’est une indignité et un immense gâchis pour l’humanité. Quand les femmes participent aux négociations, la paix est plus durable. Quand les femmes ont les mêmes chances que les hommes, les économies sont plus dynamiques.

Quand les filles peuvent apprendre à vivre sans peur et prendre leur avenir en main, les sociétés sont plus résilientes. Et quand le pouvoir est partagé de manière équitable, les institutions sont plus efficaces. En dix ans, nous avons franchi un cap immense.

la suite du secrétaire général de l’ONU se sont succédé à la tribune des Nations unies, entre autres, le président de l’AG, le président américain Donald Trump qui a cherché du regard son épouse dans la salle en posant la question de savoir où elle est assise, le président brésilien Luis Ignacio Da Silva Lula. Les travaux se poursuivent jusqu’à la semaine prochaine sous très haute sécurité. Tout le périmètre du siège des Nations unies est quadrillé par les forces de sécurité sur terre, sur fleuve et dans les airs avec des rondes permanentes des hélicoptères qui survolent la zone, des chiens policiers renifleurs et des jumelles pour les gardes-côtes qui scrutent le moindre mouvement sur l’eau.

Par ailleurs, le ministre Abdoulaye Diop qui a pris la parole  à l’ouverture officielle de la session s’est rendu ensuite à la Mission permanente du Mali auprès des Nations unies pour présider la montée des couleurs en présence de la communauté malienne vivant aux tats-Unis. Après avoir chanté l’hymne national en chœur, et procédé à la montée du drapeau tricolore, le ministre Diop s’est adressé à la communauté en saluant leur esprit patriotique. 

Envoyé spécial

Moriba Coulibaly

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