Bamako, 19 septembre (AMAP) Sur la liste des grandes voix qui ont fait briller la musique malienne figure, la très célèbre griotte Mah Kouyaté N°2.  Cantatrice talentueuse et humble, connue pour sa parfaite maîtrise des histoires du Mandé, Mah Kouyaté N°2 était une figure emblématique de la musique malienne.

‎Le Djelia son héritage familial

‎Née en 1976 à Bamako, Mah Kouyaté N°2 est issue d’une prestigieuse famille de griots. Fille d’Alpha Kabiné Kouyaté, virtuose de la guitare, et de Fanta Kamissoko, à la voix sublime, celle que l’on surnommait affectueusement Djéli Farima a été très tôt baignée dans l’art et la musique.

‎Petite-fille de la grande griotte, Mariam Kouyaté, elle est la digne héritière de cantatrices de référence comme  Fanta Kamissoko, Nanteninblen Kamissoko, Manamba Kamissoko, Fanta Damba et Bako Dagnon. C’est dans ce creuset où la parole est sacrée et la mémoire est un devoir qu’elle forgea son talent inimitable.

‎Très tôt, elle a compris que le griot n’est pas seulement un chanteur, mais le gardien de l’histoire, le médiateur social et le conseiller de tous. Une responsabilité qu’elle portera avec honneur durant toute sa carrière.

Une riche discographie

‎Avec une trentaine d’œuvres, dont 11 albums, sortis entre 1996 et son décès, Mah Kouyaté N°2 a construit une discographie d’une richesse exceptionnelle. Chaque sortie d’album était un véritable événement national.

‎Icône du Djaliya, elle naviguait avec une aisance merveilleuse entre deux univers. D’un côté, la tradition pure, avec les louanges adressées à ses diatiguiw, ces familles nobles dont elle chantait la généalogie et les hauts faits. De l’autre, un style purement artistique, moderne et engagé.

‎Elle n’hésitait pas à dénoncer, avec courage , les tares de notre société : la méchanceté , l’égoïsme, l’hypocrisie et la trahison. En contrepartie, elle célébrait avec ferveur les vertus qui fondent le Mandé : la fraternité, la solidarité, la bravoure, l’amour du prochain et la fidélité.

‎Si son talent était déjà reconnu, c’est avec les deux volumes du « Sumu » qu’elle s’imposa définitivement dans le cœur des mélomanes maliens. Le volume 1, sorti en 2005, et le volume 2, en 2006, furent un raz-de-marée.

‎Pendant des années, ces deux opus sont restés au sommet des hits sur la bande FM malienne. De Bamako à Kayes, de Sikasso à Tombouctou, il n’y avait pas une cérémonie de mariage, un baptême ou une fête où ne résonnait pas la voix cristalline de Mah Kouyaté N°2.

‎Ces albums ont révélé au grand public toute l’étendue de sa virtuosité, sa capacité à transmettre l’émotion et sa maîtrise parfaite du Manden Foly.

l’incarnation de l’humilité et des valeurs

‎Malgré sa superbe voix et cet immense talent qui aurait pu lui faire perdre la tête, Mah Kouyaté N°2 est toujours restée à cheval sur les valeurs de son métier et de sa caste.

‎Très humble, discrète et respectueuse, elle n’a jamais cédé aux caprices du temps ni à une rivalité malsaine qui a poussé de nombreuses jeunes griottes et artistes à renier les valeurs traditionnelles de leurs familles pour une gloire éphémère. Elle a su rester authentique, fidèle à son éducation de Djéli.

‎Ceux qui l’ont côtoyée retiennent d’elle bien plus qu’une artiste. Ils retiennent une femme de cœur, engagée en faveur des causes nobles : l’éducation des enfants, l’émancipation féminine, la paix et la cohésion sociale. Elle mettait sa voix au service de l’unité nationale.

‎Mah Kouyaté N°2 s’est éteinte le 7 novembre 2022 à Bamako, à l’âge de 46 ans, des suites d’une maladie, après une riche et intense carrière. Selon des témoignages proches de la famille, Hadja Mah Kouyaté, comme on l’appelait avec respect, avait mis fin à sa carrière musicale juste avant son décès.

‎Sa disparition a provoqué une onde de choc dans le monde culturel malien.

‎Le célèbre avocat et ancien ministre de la Justice, Me Mamadou Ismaïla Konaté, lui a rendu un hommage poignant qui résume tout :

‎« Une superbe diva de la musique mandingue cesse désormais de donner de la voix ! Elle ne chantera plus l’amour, le pardon, les vertus de la sagesse et de l’amitié ! Elle ne parlera plus à ses diatiguiw, ne chantera plus leurs louanges ».

‎Aujourd’hui, près de quatre ans après son départ, l’héritage de Mah Kouyaté N°2 continue d’inspirer les jeunes générations de griottes et des musiciens au Mali et ailleurs.

MLD/KM (AMAP)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *