Bamako, 7 septembre 2026 (AMAP) La valorisation des savoirs endogènes, le renforcement de la recherche scientifique et l’industrialisation des médicaments traditionnels ont été au centre de la célébration de la 24e édition de la Journée africaine de la médecine traditionnelle (JAMT), a constaté l’AMAP.
Cette édition est placée, au niveau régional, sous le thème : « Réflexion sur les efforts de recherche et de développement en matière de médecine traditionnelle pour la mise en œuvre de la couverture sanitaire universelle dans la Région africaine », approuvé par la Direction régionale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Afrique. Au niveau national, le thème retenu est : « Valorisation des résultats de la recherche sur la médecine et la pharmacopée africaines dans le but de contribuer à la souveraineté sanitaire au Mali ».
La commémoration, qui s’est tenu du 3 au 5 septembre, a été marquée par plusieurs activités, notamment une conférence-débat sur le projet de production industrielle du sirop Balimor et le projet de labélisation des médicaments traditionnels. La deuxième journée a été consacrée à un symposium sur la médecine et la pharmacopée traditionnelles, un cadre de concertation entre les praticiens de la médecine conventionnelle et ceux de la médecine traditionnelle, ainsi qu’une journée de consultations gratuites en médecine traditionnelle chinoise et malienne, qui se tiendra demain.
Selon la directrice générale de l’Institut national de recherche sur la médecine et la pharmacopée traditionnelles (INRPT), Pr Rokia Sanogo, la célébration de cette journée revêt une importance particulière au regard du rôle majeur que peut jouer la médecine traditionnelle dans l’amélioration de la santé des populations.
Cette journée constitue un cadre de promotion et de valorisation de la médecine traditionnelle africaine, dont le potentiel dans la prise en charge sanitaire est aujourd’hui largement reconnu, a-t-elle indiqué.
« Il est admis qu’il ne peut y avoir de couverture sanitaire universelle sans une meilleure prise en compte de la médecine traditionnelle », a souligné Pr Rokia Sanogo, rappelant que plusieurs pays ont développé ce secteur afin de répondre aux besoins sanitaires de leurs populations.
Elle a indiqué que le Mali s’est engagé très tôt dans cette voie avec la création, dès 1968, d’une structure dédiée à la recherche sur la médecine et la pharmacopée traditionnelles.
L’enjeu, aujourd’hui, est de mieux faire connaître et de valoriser les résultats de plusieurs décennies de recherche, notamment les médicaments traditionnels améliorés mis au point par l’Institut, a expliqué la directrice générale.
Pr Rokia Sanogo a précisé que 14 médicaments traditionnels améliorés ont obtenu une autorisation de mise sur le marché depuis 1983, dont sept figurent sur la liste des médicaments essentiels. Parmi eux figure le sirop Balembo, un médicament antitussif considéré comme l’un des produits phares issus de la recherche malienne.
Dans le cadre de la célébration de cette année, l’INRPT a choisi de mettre l’accent sur la valorisation des résultats de la recherche et des savoirs endogènes, conformément à la vision du Mali Kura, qui encourage la promotion des ressources et produits locaux ainsi que le développement de l’industrialisation.
La directrice générale a notamment évoqué le projet de production industrielle du sirop Balembo, sélectionné au niveau africain parmi 102 projets. L’initiative vise à mettre en place une véritable chaîne de valeur, allant de la plante médicinale jusqu’au patient.
Selon elle, cette chaîne implique plusieurs acteurs, notamment les structures chargées de l’approvisionnement en matières premières, l’INRPT, qui prépare l’extrait constituant le principe actif, l’Usine malienne de produits pharmaceutiques (UMPP), chargée de la production industrielle, et la Pharmacie populaire du Mali (PPM), qui assure la distribution à travers le circuit pharmaceutique national.
« Il s’agit d’un projet structurant qui apporte une réponse concrète à notre ambition de souveraineté et de valorisation de nos connaissances et de nos ressources locales », a affirmé Pr Rokia Sanogo.
De son côté, le secrétaire général de la Fédération malienne des associations des thérapeutes traditionnels et herboristes (FEMATH), Toumani Diakité, a estimé que la Journée africaine de la médecine traditionnelle constitue une occasion importante de promouvoir et de valoriser les pratiques thérapeutiques traditionnelles.
Il a rappelé que les organisations de tradithérapeutes ont enregistré des progrès importants au Mali au cours des dernières décennies. Après les événements de mars 1991, le pays disposait de peu d’associations structurées de thérapeutes traditionnels. Les premières organisations ont commencé à voir le jour à partir de 1993 avant de se multiplier progressivement à travers le territoire national.
Aujourd’hui, la FEMATH regroupe de nombreuses associations et travaille en collaboration avec les autorités sanitaires, notamment à travers les programmes consacrés à la médecine traditionnelle et ceux du ministère de la Santé et du Développement social, a-t-il indiqué.
Selon Toumani Diakité, les tradithérapeutes ont également été associés à plusieurs campagnes et actions sanitaires, notamment lors des crises liées à Ebola, à la Covid-19 et à la dengue.
Il a, par ailleurs, relevé l’intérêt croissant des populations pour la médecine traditionnelle, rappelant le recours important à certaines plantes médicinales pendant la pandémie de Covid-19, qui avait entraîné une forte sollicitation de plusieurs espèces végétales.
Abordant les difficultés du secteur, le secrétaire général de la FEMATH a insisté sur la nécessité de relire et d’actualiser les textes régissant la médecine traditionnelle, dont certains remontent au milieu des années 1990.
Selon lui, cette relecture permettrait notamment de résoudre certaines difficultés administratives rencontrées par les praticiens traditionnels dans l’obtention de leurs autorisations d’exercer et dans l’organisation de leurs cabinets.
La question de la collaboration entre les médecines traditionnelles africaine et chinoise a également été au cœur des échanges. Le Pr Boubacar Diarra, spécialiste de la médecine chinoise et directeur général de l’Atelier Luban de la médecine traditionnelle, a animé un symposium consacré à cette problématique.
Selon lui, l’expérience chinoise constitue une source d’inspiration pour l’Afrique et particulièrement pour le Mali dans la valorisation des savoirs et des pratiques médicaux traditionnels.
« La Chine a connu, dans son histoire, des débats sur l’avenir de sa médecine traditionnelle. Mais les autorités ont finalement choisi de la préserver et de la développer, considérant qu’elle constitue une partie importante de la culture nationale et qu’elle recèle de nombreuses potentialités », a-t-il expliqué.
Le Pr Boubacar Diarra a souligné que la coexistence et la complémentarité entre la médecine traditionnelle et la médecine conventionnelle ont permis à la Chine de renforcer son système de santé publique.
Pour le Mali, il estime que la médecine traditionnelle dispose également d’un potentiel important, notamment dans la prise en charge de certaines maladies chroniques et des douleurs.
Il a ainsi appelé au renforcement de la recherche scientifique sur les plantes médicinales et les savoirs endogènes.
« Les universités, les enseignants-chercheurs et les institutions spécialisées dans la pharmacopée traditionnelle doivent mettre leurs compétences en commun afin d’étudier, de valider et de valoriser nos ressources », a indiqué le spécialiste.
Selon lui, une meilleure exploitation des plantes médicinales locales pourrait contribuer à améliorer l’accès aux soins tout en réduisant les dépenses liées à l’importation de certains médicaments.
Le Pr Boubacar Diarra a également rappelé que de nombreux médicaments modernes tirent leur origine de substances naturelles, estimant que la recherche sur les plantes et les connaissances traditionnelles demeure une voie importante pour le développement de nouvelles solutions thérapeutiques.
Pour lui, la valorisation scientifique de la médecine traditionnelle constitue ainsi un enjeu à la fois sanitaire, économique et de souveraineté, permettant au Mali de mieux exploiter ses propres ressources au service de la santé des populations.
À travers cette 24e édition de la Journée africaine de la médecine traditionnelle, les différents intervenants ont ainsi plaidé pour un renforcement de la recherche, une meilleure organisation du secteur, la labélisation et la sécurisation des médicaments traditionnels, ainsi qu’une collaboration accrue entre les praticiens de la médecine traditionnelle et ceux de la médecine conventionnelle.
MMD/KM (AMAP)

