Diamou, 24 août (AMAP) Dans les champs d’arachide du Khasso, les vacances scolaires prennent des airs de fête. Sous le soleil, les jeunes filles travaillent, chantent, dansent et plaisantent. Les coups de daba se succèdent au rythme des voix et des rires. Ici, le travail collectif est aussi un moment de retrouvailles, de partage et de renforcement des liens.

Travaux champêtres collectifs

Durant la période des travaux champêtres, les jeunes d’une même génération se mobilisent pour venir en appui aux familles. Les filles interviennent notamment dans les champs d’arachide, une culture traditionnellement pratiquée par les femmes. Elles se déplacent à tour de rôle dans les différentes parcelles et peuvent également travailler dans les champs de particuliers contre rémunération.

Le groupe de Mariam Baldé, composé de neuf jeunes filles scolarisées, de la huitième année au lycée, participe à cette dynamique. Comme beaucoup d’autres jeunes du Khasso, elles profitent des vacances pour travailler avant de reprendre le chemin de l’école.

Pour Mariam Baldé, ces journées ont surtout une valeur sociale. Elles permettent aux membres du groupe de se retrouver régulièrement et de consolider leurs relations.

« Cela nous permet de rester ensemble et de renforcer nos liens. Avec l’argent que nous gagnons, nous pouvons aussi acheter des habits pour la nouvelle rentrée scolaire », explique-t-elle.

L’activité leur procure ainsi un petit revenu, mais elle leur offre surtout l’occasion de vivre ensemble une expérience qui renforce la solidarité entre les membres. Le travail partagé, les discussions, les chants et les moments de détente créent une véritable complicité au sein du groupe.

Cette expérience peut aussi les préparer à leur future vie familiale. En participant aux activités agricoles, elles se familiarisent avec un travail qui occupe une place importante dans la vie des ménages du Khasso. « Cela nous permet également d’apprendre et d’aimer l’agriculture avant notre mariage », souligne Mariam Baldé.

Rareté de la main d’œuvre

Cette transmission des savoir-faire agricoles prend une importance particulière dans un contexte où la main-d’œuvre se fait de plus en plus rare. De nombreux jeunes à la recherche de revenus se tournent aujourd’hui vers les activités minières. Les agriculteurs peinent alors à trouver suffisamment de bras pendant les périodes de pointe.

La mobilisation des jeunes apporte une réponse locale à cette difficulté. Les propriétaires de champs disposent d’une main-d’œuvre disponible, tandis que les jeunes peuvent gagner de l’argent pendant leurs vacances.

Des souvenirs au rythme des tam-tams

Pour Djeneba Diallo, ménagère, les scènes observées aujourd’hui dans son champ rappellent une époque où la pratique était encore plus largement partagée entre les jeunes d’un même quartier.

Elle raconte avec nostalgie qu’à son époque, filles et garçons formaient un même groupe pour effectuer les travaux champêtres. Les journées de travail étaient alors accompagnées des tam-tams, qui donnaient le rythme aux différentes activités.

Les garçons s’occupaient de la culture tandis que les filles chantaient et faisaient les louanges des plus grands travailleurs. Ces chants constituaient à la fois des encouragements et une manière de valoriser les efforts de chacun.

Le champ devenait ainsi un véritable lieu de rencontre et d’animation. On y travaillait, mais on y chantait aussi, on plaisantait et on dansait. La convivialité occupait une place centrale dans ces journées collectives.

Pour Djeneba Diallo, ces souvenirs illustrent la force des liens qui existaient entre les jeunes. Le travail agricole constituait alors un moyen de se retrouver, de s’entraider et de maintenir la cohésion au sein du quartier.

Si les formes ont évolué avec le temps, l’esprit de solidarité demeure. Aujourd’hui encore, les jeunes continuent de se retrouver pendant les vacances pour apporter leur contribution aux travaux agricoles et partager des moments qui renforcent leur proximité.

Une fête pour se dire au revoir

Pour les jeunes filles, cette période de travail constitue également une parenthèse avant le retour sur les bancs de l’école. Une parenthèse qu’elles souhaitent terminer dans la joie.

Le groupe de Mariam Baldé prévoit ainsi une grande fête le 22 septembre, à l’approche de la rentrée scolaire. L’occasion pour les membres de se retrouver une dernière fois avant de reprendre leurs activités scolaires et de se dire au revoir.

« Nous allons faire une grande fête le 22 septembre pour nous dire au revoir », annonce Mariam Baldé.

Cette fête viendra clôturer une saison faite de travail, de chants, de danses, de rires et de partage. Elle sera aussi un moment pour célébrer les liens tissés ou renforcés au fil des journées passées ensemble dans les champs.

Des générations précédentes aux jeunes d’aujourd’hui, le “Ton Sènô” continue ainsi de faire vivre une valeur essentielle de la société Khassonké : l’entraide. Dans les champs d’arachide, les jeunes ne cultivent pas seulement la terre. Ils cultivent aussi l’amitié, la solidarité et la cohésion qui unissent toute une génération.

ATB/KM (AMAP)

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