Bamako, 10 août (AMAP) Parmi les grands acteurs qui ont fait briller le nom du Mali à travers le théâtre et le cinéma, figure le célèbre Balla Moussa Keïta, alias Dingana. Comédien hors pair, acteur talentueux du cinéma, chevronné des médias, grand maître de la parole et véritable surdoué de la culture, il a marqué de son empreinte l’histoire artistique du Mali.
Né en 1934 à Nango, dans l’arrondissement central de Ségou, Balla Moussa Keïta se retrouve, à l’âge de huit ans, sur les bancs de l’école à Ségou-ville. Il y poursuit ses études primaires jusqu’à l’obtention du certificat d’études primaires. Il est ensuite contraint d’arrêter l’école afin d’aider ses parents dans les travaux champêtres.
Après le décès de son père, Balla Moussa Keïta quitte sa région natale pour se rendre à Bamako. Il devient d’abord employé de commerce pendant douze ans, un métier qui lui permet de découvrir plusieurs autres villes maliennes, notamment Mopti et Dioro, où il se rendait pour acheter du riz et du poisson avant de les revendre à Bamako.
À l’âge de 18 ans, il s’essaie au cinéma avec succès. Toutefois, son véritable rapport avec le cinéma commence quelques années après l’indépendance du Mali, lorsqu’il est envoyé avec une délégation malienne en Chine afin de doubler trois films chinois en bambara. Il séjourne cinq mois en Chine. C’est le début d’une brillante carrière d’homme de culture.
Une carrière consacrée au théâtre et aux médias
En 1960, Balla Moussa Keïta intègre la compagnie du Théâtre national, puis le Haut-Commissariat à la Jeunesse. Il y travaille pendant dix-huit ans dans le domaine de l’art et du théâtre.
Il est ensuite détaché, en 1978, au ministère de l’Information. Cette transition s’explique notamment par le fait que, depuis 1967, il avait déjà commencé à intervenir à la radio, notamment à travers de petits programmes de sensibilisation sur les dangers des feux de brousse et sur la mauvaise conduite des camionneurs.
Balla Moussa devient alors « une voix » très appréciée des auditeurs. Il réalise des bulletins d’information, des avis et communiqués ainsi que des magazines pour plusieurs structures publiques et privées, notamment des agences nationales d’information et l’Agence malienne de presse et de publicité.
Filmographie
La véritable incursion de Balla Moussa Keïta dans le cinéma se fait en 1975, grâce au cinéaste Souleymane Cissé, qui lui propose un rôle dans son premier film, Den Muso. Il joue par la suite dans plusieurs films, notamment Baara, de Souleymane Cissé (1978) ; Finyè, de Souleymane Cissé (1982) ; Yeelen, de Souleymane Cissé (1987); Desebagato, le dernier salaire, d’Emmanuel Sanon (1987); Finzan, de Cheick Oumar Sissoko (1989); éré, le témoin, de Mohamed Dansogo Camara (1990); Ta Dona, d’Adama Drabo (1991); Tiefing, de Djibril Kouyaté (1993); L’Enfant noir, de Laurent Chevallier (1994); Guimba, de Cheick Oumar Sissoko (1995); Waati, de Souleymane Cissé (1995); Sita, de Missa Hébié (1995); Macadam Tribu, de José Zeka Laplaine (1996); : Faraw, une mère des sables, d’Abdoulaye Ascofaré (1997); La Genèse, de Cheick Oumar Sissoko (1999); Sita, de Missa Hébié, série télévisée (2002).
Distinctions honorifiques
Durant sa riche carrière d’homme de théâtre et de cinéma, Balla Moussa Keïta obtient plusieurs prix et distinctions honorifiques. Il reçoit notamment le Prix d’interprétation masculine au FESPACO en 1991, à Ouagadougou.
Le Prix Fah Cissé lui est également attribué. En hommage à sa contribution exceptionnelle à la culture malienne, une des salles de conférence du Centre international de conférences de Bamako (CICB) porte son nom.
Balla Moussa Keïta s’éteint le 6 mars 2001 à Bamako.
À l’occasion de sa cérémonie funèbre, les acteurs du monde de la culture et du cinéma lui ont rendu un hommage mérité. De grandes figures maliennes, notamment le regretté Souleymane Cissé et l’ancien ministre de la Culture Cheick Oumar Sissoko, reconnaissent unanimement la grandeur de l’homme.
Balla Moussa Keïta était un homme mystérieux, délicat, très cultivé et constamment sollicité pour la qualité de ses textes et de ses interprétations. Aujourd’hui encore, ses œuvres théâtrales, son talent d’acteur et surtout sa voix inimitable continuent d’inspirer les amoureux du théâtre, du cinéma et de la culture malienne.
MLD/KM (AMAP)

