Bamako, 31 juillet 2026 (AMAP) Le panel 3 de la Semaine du Numérique, tenu ce vendredi, autour du thème « Cybersécurité et confiance numérique : piliers de la souveraineté », a mis l’accent sur deux sous-thèmes : « État de la cybersécurité au Mali et dans l’espace AES » et « Vulnérabilités prioritaires des systèmes d’information publics et des infrastructures critiques ».

Animé par des spécialistes de l’informatique et de la cybercriminalité, le panel réunissait : M. Youssouf Keïta, ingénieur en informatique ; M. Bassirou Porgo, responsable de la digitalisation à la Direction Nationale de l’État Civil ; M. Adama Berthé, ingénieur en informatique à la Présidence ; Mme Goïta Zeinaba BAMANI, responsable de la cybersécurité au ministère de l’Économie et des Finances ; et M. Thomas Alassane Ouattara, conseiller technique à l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information du Burkina Faso.

Intervenant lors du panel, M. Youssouf Keïta a défini la souveraineté numérique comme « la capacité d’un État à maîtriser ses infrastructures, ses données, ses technologies, ses compétences, et les règles qui encadrent son fonctionnement, tout en demeurant capable de coopérer avec les autres États ». « La souveraineté, ce n’est pas le fait d’être reclus sur soi-même. Il faut avoir la capacité de coopérer, de choisir et de déterminer son propre schéma », a-t-il précisé.

Selon le conférencier, le Mali, le Burkina Faso et le Niger connaissent une accélération de la transformation numérique. Elle est marquée par la dématérialisation progressive des services publics, le développement des infrastructures numériques, l’interconnexion des administrations et la multiplication des plateformes de données. « Depuis 2024, tout le monde parle de dématérialisation, de transformation numérique. On va dans tous les sens : acquisition de plateformes, développement », a-t-il souligné.

Cette évolution, a-t-il indiqué, crée de nouvelles opportunités en matière d’efficacité administrative et d’accès aux services. Mais, elle augmente également la surface d’exposition aux cybermenaces. « Lorsqu’on se développe dans le sens de la transformation numérique, on s’expose, parce que cette transformation amène un transfert de gros volumes de données et nécessite l’interconnexion avec d’autres services », a-t-il expliqué.

Faisant l’état des lieux, M. Keïta a rappelé que le Mali dispose d’une Stratégie nationale de cybersécurité et de son plan d’action, déjà validés. Il a également salué la création, il y a environ deux semaines, de l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information.« Les trois États disposent d’un cadre institutionnel, ce qui démontre une forme de prise de conscience de la situation », a-t-il affirmé.

M. Bassirou Porgo a attiré l’attention sur les enjeux de protection liés à la digitalisation en cours dans les administrations et les entreprises privées. « Les projets de digitalisation sont en cours dans nos administrations et nos entreprises privées. Il faut digitaliser nos systèmes, mais il faut aussi un plan pour leur protection en cas d’attaque », a-t-il déclaré.

Pour le conférencier, le renforcement des capacités du personnel est une urgence. « Il faut que les personnels soient compétents. Il y a une pénurie de compétences aujourd’hui dans le domaine de l’informatique », a-t-il souligné. Il a également insisté sur la nécessité d’acquérir des équipements de haut niveau pour sécuriser les systèmes.

Parmi les principales vulnérabilités, M. Porgo a cité en premier lieu le manque de sensibilisation des personnels. « J’implore les autorités à collaborer avec les professionnels au moment de la prise des décisions. C’est ensemble que nous pouvons assurer la cybersécurité dans notre espace numérique », a-t-il conclu.

Au cours du panel, M. Adama Berthé a reconnu les efforts entrepris par les autorités tout en insistant sur les défis qui restent à relever. « Certaines préoccupations ont déjà été signalées par mes co-panélistes. Aujourd’hui, ces questions sont prises en compte par les autorités », a-t-il indiqué.

Pour M. Berthé, il est urgent de renforcer la gouvernance de la cybersécurité. Il a également plaidé pour la formation des acteurs sur la cybersécurité et la protection des infrastructures critiques. « Il faut des mesures juridiques. Nous sommes conscients que beaucoup reste à faire, mais nous reconnaissons qu’il y a eu des progrès », a-t-il ajouté.

Le paneliste a souligné que la protection des identités numériques est désormais une réalité. « Chacun doit être mieux formé pour la compréhension de l’espace numérique », a-t-il recommandé. Parmi les autres vulnérabilités, il a cité le manque de sauvegarde appropriée et la nécessité de définir un objectif clair de rétablissement du service après une attaque.

Mme Goïta Zeinaba Bamani a, pour sa part, rappelé que la sécurité des systèmes d’information ne repose pas uniquement sur la technique et les outils. « Elle repose aussi bien sur les personnes qui manipulent les données, sur les processus de gestion de ces données, et surtout sur la gouvernance », a-t-elle souligné.

Pour la conférencière, la gouvernance de la sécurité des systèmes d’information est l’ensemble des moyens permettant de piloter la cybersécurité afin qu’elle réponde aux objectifs stratégiques de l’État ou de l’entreprise.

« Nous pouvons avoir les meilleurs outils et pourtant rester vulnérables. La vraie question n’est pas quels outils acheter, mais quels risques nous encourons si nous ne prenons pas les mesures nécessaires. Quels objectifs stratégiques cherchons-nous à protéger ? », a-t-elle expliqué.

Au regard de son expérience et du contexte malien, Mme Bamani a listé cinq vulnérabilités prioritaires : le manque de formation des équipes IT, le manque de sensibilisation des utilisateurs, la mauvaise gestion des correctifs de sécurité, l’absence ou l’insuffisance de gouvernance, et les fraudes liées aux services de mobile money.

Intervenant à son tour, M. Thomas ALASSANE Ouattara a mis en avant l’importance de la coopération en matière de cybersécurité au sein de la Confédération AES.

« La cybersécurité n’est plus à démontrer. Le Burkina Faso a mis en place un cadre réglementaire et juridique solide », a-t-il indiqué. Le paneliste a cité la loi n°014 qui permet d’encadrer les systèmes d’information au Burkina Faso. Cette loi est complétée par des décrets d’application. Sur le plan institutionnel, il a évoqué la Brigade Centrale de Lutte contre la Cybercriminalité et d’autres structures dédiées. En matière de gouvernance, le Burkina dispose également d’une Stratégie nationale de cybersécurité.

  1. Ouattara a annoncé un projet majeur issu de la feuille de route de l’année de la Confédération : la création d’un CERT-AES. « Son objectif est de sécuriser l’espace confédéral. Il s’agit de partager les informations entre les pays de l’AES et d’assurer une détection coordonnée des menaces», a-t-il expliqué. Un projet de convention entre les trois États est actuellement en cours d’élaboration pour concrétiser cette initiative.

En conclusion, les panelistes ont souligné que pour une souveraineté numérique effective, il faut d’abord assurer la maîtrise des données, mettre l’accent sur le choix des partenaires et envisager la création, à l’avenir, de compétences locales. Les experts appellent à renforcer la gouvernance, la formation et la coopération régionale face aux menaces

MMDKM/AMAP

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