Bamako, 31 juillet (AMAP) Après ses reportages sur la Grande mosquée de Bamako et sur la Cathédrale Sacrée Cœur de Bamako, l’Agence Nationale de Presse du Mali, s’intéresse aujourd’hui à l’Eglise évangélique protestante de Bamako-Coura.  A cet effet,  pour en savoir plus, son reporter a rencontré le Révérend pasteur Pierre Dacko, pour échanger avec lui sur l’histoire de ce cet édifice religieux protestant et sur l’implantation du Protestantisme en terres maliennes. Fin connaisseur du sujet, l’homme d’église nous a décortiqué l’historique « des multiples tentatives des missionnaires » pour semer les graines du Protestantisme au Soudan français, actuel Mali.

Et le pasteur principal Pierre Dacko de scotcher littéralement notre attention avec un récit digne d’un véritable roman à rebondissements. « La mission protestante était déjà sur les côtes de l’Afrique, notamment au Libéria, en Sierra Leone, au Ghana,  en Côte d’Ivoire, au Togo, au Bénin et en Guinée-Conakry, vers les années 1800. C’est vers 1889 que le fils d’un ancien missionnaire, qui a beaucoup œuvré au Libéria, a pensé au Soudan français, actuel Mali », a rappelé le pasteur.

Echec des premières tentatives d’entrée au Soudan Français

Notre interlocuteur nous a fait comprendre que, cette première intention de mission d’évangélisation dirigée vers le Soudan français s’est soldée par une tragédie. « Le missionnaire évoqué plus haut s’est alors rendu aux Etats-Unis. Là-bas, il va organiser un camp de jeunes (camp biblique de formation, de partage de vision et des enseignements de la Bible pour les jeunes) au cours duquel il va inciter ses coreligionnaires à se porter candidats pour une mission au Soudan français, sol qu’aucun missionnaire n’avait encore foulé les pieds », indique le pasteur Dacko. Lequel nous raconte, avec un sens poussé du détail, que le premier jeune à s’être porté candidat pour le Soudan français, « s’est noyé » à l’approche des côtes africaines.

Toujours suivant le récit du pasteur, le Soudan français « devait être une terre décidément difficile » puisque, peu de temps après, « 9 autres jeunes occidentaux (7 hommes et 2 demoiselles), décidés à apporter la parole de Dieu au Soudan français, ont trouvé la mort à Freetown, après avoir attrapé le paludisme. »

Arrivée de deux missionnaires au Soudan Français en 1913

 Ces drames en série ne découragèrent pas pour autant les chantres du protestantisme, explique le pasteur Dacko. Il raconte que deux missionnaires, l’un Américain et l’autre Canadien, ont décidé de relever le défi : « George Fisher, qui a fait un bon moment en Afrique ; et George Ride, qui était au Maroc, à Casablanca, pendant 15 ans, en qualité de ministre de l’administration, ont décidé de venir au Soudan français pour la mission et l’Évangile. Partis du Maroc, les deux missionnaires, après une halte à Dakar, parviendront à rallier Kayes. De là-bas, ils prendront le train pour Koulikoro. Ensuite,  ils toucheront Bamako en 1913 », rapporte le pasteur avec une certaine émotion. Mais, ajoute le pasteur Dacko, pendant que les deux missionnaires sillonnaient le pays, la première Guerre mondiale éclata en 1914.

« Les colons français virent subitement d’un mauvais œil les activités des deux missionnaires  américain et canadien », surligne le pasteur, qui ajoute que les missionnaires ont alors dû renoncer et repartir. « En août 1919, les deux missionnaires ont décidé de revenir au Soudan français, à la faveur de la fin de la guerre, pour s’y installer définitivement », fait savoir le pasteur.

Implantation de l’Eglise Protestante au Soudan Français, actuel Mali en 1919 et 1946 premier édifice de l’Eglise évangélique Protestante

L’année 1919 marque-t-elle donc la première implantation de l’église protestante au Mali ? « Oui, le 25 septembre 1919 », répond notre interlocuteur. Le pasteur, heureux de trouver en nous une oreille             attentive, poursuit : « En 1946, le premier édifice de l’église évangélique et protestante fut construit. C’est la première assemblée locale protestante à Bamako et au Mali (actuelle église protestante de Bamako-Coura).

Le lieu de culte a été reconstruit en 1993.   L’édifice, actuellement, peut accueillir jusqu’à 1500 places assises. Cependant les rangs des fidèles sont en train de croître et le bâtiment ne peut plus contenir tous les croyants lorsqu’ il y a une activité commune des deux cultes. Nous attendons du seigneur et prions pour un agrandissement de l’église », a espéré le révérend Pasteur Pierre Dacko.

Premier Révérend pasteur, 1966

Des propos de l’ecclésiastique, l’on note aussi que, jusqu’en 1970, l’église de Bamako-Coura était la seule église protestante de toute la capitale et l’église à connu son premier révérend pasteur en 1966, qui le révérend pasteur Kassoum Keita, après les périodes (1946 à 1966) des pasteurs blancs : Garnett Macrosty (Américain), Earl Gripp(Canadien), Lael Macrosty (Américain), Edward Tschetter (Américain). Le premier révérend pasteur malien, Kassoum Keïta, prend les rênes de ce premier l’édifice de l’Eglise protestante malienne de 1966 à 2000, le révérend Daniel Tangara de 2000 à 2023 et le révérend pasteur Pierre Dacko depuis 2023 jusqu’à nos jours », a-t-il fait savoir le révérend pasteur Pierre Dacko. Et d’enchaîner en ces termes : « Je suis le troisième pasteur de cette église, après les Révérends Pasteurs Kassoum Keïta et Daniel Tangara. » Le révérend pasteur Pierre Dacko nous a confié que :

Les pasteurs prennent leur retraite à 60 ans

 « Selon  nos textes initiaux, les pasteurs partaient à la retraite à l’âge de  60 ans. Kassoum Keïta est parti à la retraite à 60 ans. Par la suite, des amendements ont été apportés aux textes, et l’âge de la retraite a été allongé à 65 ans. C’est ainsi que Daniel Tangara est parti à la retraite à 65 ans ». Y allant toujours de ses éclaircissements sur ce point, le pasteur Dacko a voulu mettre l’accent sur un aspect sacerdotal : « Certes, le texte dit que la retraite est à 65 ans. Mais cela ne signifie pas la fin du ministère pastoral. Tant que physiquement et moralement on tient bon et on peut encore continuer à aider l’église ; on a l’obligation morale de faire de son mieux pour la propagation de la foi. »

Nous avons poussé la curiosité pour savoir quel a été le deuxième site d’implantation des missionnaires canadien et américain ayant planté le premier drapeau du protestantisme au Soudan français. Le révérend pasteur s’est fait le devoir de répondre à notre question : « Après l’église évangélique et protestante de  Bamako Coura, Bougouni est le deuxième site missionnaire. Peu à peu, c’est ainsi que nous avons établi et implanté   des sites missionnaires dans plusieurs localités du Mali. »

L’architecture institutionnelle de l’Eglise

Nous avons également amené le pasteur Dacko à décrire l’architecture institutionnelle de l’église protestante évangélique malienne. Le placide religieux nous a donné la réponse suivante : « L’Association des Groupements d’Églises Évangéliques Protestantes au Mali (AGEMP), qui dispose d’un Délégué Général, représente les grandes familles évangéliques auprès des autorités étatiques et sert d’interlocuteur privilégié lorsque l’État et la communauté doivent communiquer. »

Et Dacko de poursuivre sa description ainsi : « Cette association est hiérarchisée comme suit : la Conférence Nationale (l’instance suprême), le Conseil National et l’Église locale, l’équivalent de l’église de quartier. »

Il a ajouté qu’au niveau de la communauté locale, « chaque communauté locale est placée sous la responsabilité d’un pasteur ; lequel, à son tour, est assisté d’un conseil restreint composé de 9 membres dans la plupart des cas. » Il est aussi fréquent de voir, souligne Dacko, que les « anciens et des figures morales et spirituelles respectées, véritables repères » soient mis à contribution afin de « conseiller le pasteur et guider les fidèles. »

Organisation de la vie communautaire

Si vous vous demandez souvent quelles peuvent être les missions attachées à la fonction de Diacre, le pasteur Dacko n’a pas esquivé la question. « Les Diacres sont chargés de la gestion matérielle et logistique, ainsi que du travail opérationnel, au sein du temple. Enfin, la vie communautaire s’organise en divers départements et comités internes (conseil des femmes, mouvement des jeunes, école du dimanche pour l’enseignement biblique des enfants), garantissant ainsi l’implication de toutes les tranches de la population », a-t-il fait remarquer.

Grâce à cette organisation méthodique, assure le pasteur Dacko, « la communauté évangélique a réussi à allier une forte représentativité au niveau national et gestion de proximité efficace au cœur des quartiers ».

ST/KM (AMAP)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *