Bamako, 29 juillet (AMAP)  L’Agence nationale de presse du Mali a rencontré Sekou Togo, ingénieur systèmes réseau et sécurité, membre de la start-up MDS (Moon Drive Solution) en marge de la Semaine du Numérique. Il revient sur le projet Moonscan, l’état de l’écosystème numérique malien et les défis auxquels sont confrontées les jeunes entreprises technologiques.

L’Agence nationale de presse du Mali : Bonjour. Pouvez-vous nous présenter votre start-up et son domaine d’activité ?

Sekou Togo : Je suis Sekou Togo, membre de la start-up MDS, Moon Drive Solution. Notre entreprise a été créée par une data scientist très brillante, Maïmouna Dicko, qui a mis en place le projet Moonscan. Il s’agit d’une intelligence artificielle appliquée à la radiographie thoracique.

Cette solution a été développée avec des données recueillies à la polyclinique Pasteur. C’est donc réellement une solution conçue à partir de données 100 % maliennes. Elle répond à un problème concret : le manque de radiologues face à une demande importante de consultations radiographiques. Moonscan facilite leur travail en les aidant à détecter plus rapidement les pathologies.

La solution est également équipée d’indices qui permettent de calculer les anomalies détectées. À la fin, le résultat proposé au médecin reste sous son contrôle : il peut valider ou non les anomalies relevées par l’IA. S’il est d’accord, il valide ; s’il n’est pas d’accord, il peut refuser et modifier ce qui ne convient pas. En résumé, l’objectif est de permettre aux radiologues de travailler plus rapidement et de traiter davantage de patients.

L’ Agence nationale de presse du Mali : Comment évaluez-vous l’évolution de l’écosystème numérique au Mali, et quelles opportunités voyez-vous ?

Sekou Togo : Au Mali, nous avons réellement des jeunes talentueux qui essaient de faire bouger les choses. Mais il ne faut pas oublier notre mentalité et notre culture. Il faut donc trouver le juste équilibre entre le numérique et la culture, pour que les solutions soient réellement adoptées.

Dans le domaine du numérique, il y a déjà eu plusieurs innovations, mais il reste beaucoup à faire, notamment dans le domaine administratif. On le dit souvent, mais concrètement, il manque encore un vrai programme de dématérialisation et de sécurisation des documents administratifs. On vit cela au quotidien.

Dans le domaine de la santé, il y a une réelle évolution, notamment avec des solutions comme la nôtre, et d’autres qui arrivent. Le domaine agricole commence aussi à bouger. C’est un secteur très pratique, et on voit maintenant apparaître des outils et des appareils qui facilitent le travail des agriculteurs pour produire davantage. Concrètement, certaines solutions s’appuient sur des données climatiques pour proposer des recommandations destinées à améliorer les pratiques agricoles.

L’Agence nationale de presse du Mali : Quels sont les principaux défis auxquels votre start-up est confrontée ?

Sekou Togo : Notre principal défi concerne l’accès aux données. Comme il s’agit d’une intelligence artificielle, il faut un maximum de données pour l’entraîner. Pouvoir collaborer avec les hôpitaux, les cliniques et les centres de santé afin d’obtenir des images médicales constitue donc un enjeu majeur.

Ces données sont considérées comme sensibles. Les recueillir, les travailler et les peaufiner représentent un défi important.

Concernant les ressources humaines compétentes : oui, elles existent. Nous avons déjà la brillante développeuse du projet, qui, avant même la création de la start-up, portait le projet à elle seule. Elle l’a mené haut la main.

L’Agence nationale de presse du Mali : Selon vous, quel rôle les start-ups peuvent-elles jouer pour accélérer la transformation numérique et contribuer au développement économique et social du Mali ?

Sekou Togo : Avant de parler du rôle des start-ups, il faudrait d’abord interroger les difficultés qu’elles rencontrent et qui les empêchent de contribuer pleinement au développement.

Les start-ups font face à de nombreux problèmes : difficultés financières, manque de ressources, et parfois aussi un déficit de compétences. Beaucoup abordent encore les choses de manière trop sentimentale plutôt qu’objective. Il faut revoir cela.

Il est également important de regarder la pertinence des solutions proposées. Les start-ups doivent s’attaquer à des problèmes majeurs rencontrés au quotidien, et non simplement répliquer des solutions vues à l’extérieur. Une solution conçue avec des données maliennes a bien plus de sens qu’une copie importée. C’est un point que j’ai constaté et que je souhaite souligner.

Interview par Oumar SANKARÉ

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