Bamako, 14 juillet (AMAP) Avec l’hivernage qui a débuté, les départs des aides ménagères se multiplient vers leur localité de provenance. Pour de nombreuses aides ménagères, c’est le moment de quitter Bamako et de retrouver leurs familles, laissant derrière elles un quotidien qu’elles reprendront seulement après la saison des pluies.

Dans beaucoup de gares routières de la capitale, les sacs de voyage s’entassent sur le toit des cars et mini bus. Des jeunes filles attendent leur départ. Certaines échangent quelques mots avec leurs employeurs, d’autres serrent leurs proches dans les bras avant de prendre la route du village. Mais derrière ces départs saisonniers se cache une réalité bien plus complexe qu’il n’y paraît.

C’était à 7h30 que nous avons rencontré à la gare routière de Sogoniko au milieu des voyageurs, des aides ménagères, transportant des sacs de voyage et autres bagages et des cars prêt à quitter la capitale ; une jeune fille attend patiemment son départ. À ses côtés, une grande bassine remplie d’ustensiles de cuisine, quelques effets personnels soigneusement rangés dans un sac, portant un pagne traditionnel et sa patronne venue l’accompagner. Alima Guindo s’apprête à quitter ici pour rejoindre son village, près des falaises de Bandiagara. Habituée à sa vie auprès de sa famille d’accueil, elle confie qu’elle aurait souhaité rester encore quelque temps.  « Je suis habituée à vivre ici, mais mes parents m’ont demandé de rentrer. Je n’avais pas le choix », confie-t-elle avec un sourire amer.

A quelques heures de son départ, Alima reconnaît qu’elle ne sait pas si elle reviendra un jour à Bamako. À son arrivée, son père n’était pas favorable à ce qu’elle s’y installe, ce qui rend son retour encore plus incertain. Avant de partir, elle a choisi de consacrer une partie de ses économies de deux années à des achats pour sa famille. Un geste qu’elle considère comme une façon de soutenir sa mère et de contribuer aux besoins, grâce aux revenus qu’elle a pu gagner durant son séjour à Bamako.

Des employeurs s’expriment

Comme chaque année, Mariam Diarra ressent les effets du départ de son aide ménagère. Pour elle, cette dernière ne se contentait pas d’effectuer les tâches domestiques « elle était un véritable soutien au quotidien. Vaisselle, balayage de la cour, lessive… »  une grande partie des travaux de la maison reposait sur elle. Depuis son départ pour le village, Mariam a dû revoir toute son organisation.

« Ma journée commence à 5 heures du matin » Avant même de se rendre à son travail, elle s’occupe du ménage, prépare le petit-déjeuner ainsi que le repas de midi, qu’elle laisse au chaud pour sa famille. Une fois de retour à la maison, elle poursuit les tâches ménagères jusqu’au soir, avant de recommencer le même rythme dès l’aube suivante. À plusieurs centaines de kilomètres de Bamako, les travaux champêtres ont déjà commencé.

Dans son village, Fatoumata Pérou a retrouvé sa famille pour l’hivernage. « Même si je gagne un peu d’argent en ville, je suis obligée de rentrer. Chez nous, c’est un devoir », confie-t-elle. Pour elle, ces retours ne sont pas sans conséquence. L’un de ses précédents séjours au village a changé le cours de sa vie. « Je ne savais même pas qu’on allait me marier », raconte-t-elle. Aujourd’hui mariée, elle partage désormais sa vie entre Bamako, où elle travaille comme aide ménagère, et son village, qu’elle rejoint à chaque hivernage pour soutenir sa famille et retrouver son foyer.

Ces départs bouleversent également le quotidien de nombreuses familles. À Lafiabougou, cette mère de famille, qui a souhaité garder l’anonymat, gère un foyer où les tâches ménagères ne manquent pas, « elle m’offrait un soutien indispensable, allant bien au-delà de son rôle professionnel », a-t-elle expliqué.

Depuis le départ de son aide – ménagère, elle dit avoir pris davantage conscience de la valeur de son travail et de l’importance qu’elle occupait au sein de sa famille. Avec les premières pluies, un même phénomène se répète. Dans plusieurs familles de Bamako, les aides ménagères font leurs valises et regagnent leurs villages. Derrière ces départs, des employeurs qui doivent réorganiser leur quotidien, mais aussi des jeunes filles  appelées par leurs familles.

Des parents donnent leur avis

Des parents qui comptent sur le retour de leurs filles dès les premières pluies. Joint au téléphone, Seyba Koumaré chef de famille raconte que, sous un grand manguier, à quelques mètres des champs déjà cultivés, les siens s’affairent aux travaux de l’hivernage. Pour lui, le retour de sa fille n’est pas une surprise, mais un rendez-vous qui se répète chaque année. « Ici, quand les pluies arrivent, chacun a sa place et son rôle », explique-t-il en souriant. Même si sa fille gagne sa vie dans la capitale comme aide-ménagère, il estime que sa présence au village reste indispensable pendant cette période. « Son salaire nous aide, mais pendant l’hivernage, nous avons surtout besoin d’elle auprès de nous. Après les récoltes, elle repart en ville reprendre son travail. C’est ainsi que notre famille s’organise depuis plusieurs années », confie-t-il.

Simple tradition ou véritable nécessité ?

Pour mieux comprendre ce phénomène, M. Siaka Diarra, coordinateur technique de l’ONG Appui à la promotion des aides familiales (APAFE) Muso Danbé nous a donné d’amples informations. Selon lui, le retour des aides ménagères au village pendant l’hivernage est un phénomène récurrent. Entre le 1er juillet 2025 et le 30 juin 2026, l’ONG a orienté 327 jeunes aides ménagères vers des familles à Bamako. « À ce jour, 223 d’entre elles sont déjà retournées dans leur village et 51 autres départs sont prévus d’ici le 15 juillet, soit près de 84 % des aides placées » dit-il.

AS/KM (AMAP)

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