FOPAME : « La résilience médiatique commence par la solidarité transfrontalière », selon le journaliste palestinien Rafi Khatam Al-Melh

Bamako, 9 juin (AMAP) Présent au Forum panafricain des médias (FOPAME) à Bamako, le journaliste et photographe palestinien Rafi Khatam Al-Melh partage sa vision de la sécurité des journalistes, de la coopération africaine et du partenariat entre les médias africains et palestiniens.

L’agence Nationale de Presse du Mali: En tant que journaliste palestinien exerçant dans un contexte de conflit, quels enseignements tirez-vous des échanges du Forum panafricain des médias (FOPAME) pour renforcer la résilience et l’indépendance des médias africains ?

Rafi Khatam Al-Melh : Le forum m’a appris que la résilience médiatique commence par la solidarité transfrontalière. L’indépendance des médias se protège à travers des chartes éthiques unifiées, une inspiration que je souhaite voir fructifier au Mali pour bâtir un front médiatique africain solide.

L’agence Nationale de Presse du Mali : La sécurité des journalistes demeure une préoccupation majeure dans plusieurs pays africains. Quel regard portez-vous sur cette question et quelles mesures prioritaires devraient être prises pour mieux protéger les professionnels de l’information ?

Rafi Khatam Al-Melh : La sécurité n’est pas un luxe, mais une condition fondamentale de la vérité. J’appelle à adopter un pacte obligeant au respect de l’insigne de la presse et à l’activation de lois criminalisant les agressions contre les journalistes.

J’ai présenté lors de ce forum le « Pacte de Bamako » comme pierre angulaire de notre action. Il inclut des clauses pour la protection sur le terrain, l’établissement d’un « Réseau africain d’alerte précoce » et un fonds de solidarité. Ce pacte est un cri pour imposer le respect de l’« immunité de la presse » et je crois que le Mali sera le point de départ de cette étincelle.

L’agence Nationale de Presse du Mali : Vous avez évoqué l’idée de fédérer davantage les journalistes africains autour des enjeux de liberté de la presse et de sécurité. Comment envisagez-vous cette coopération ?

Rafi Khatam Al-Melh : Nous avons soumis la « Charte de Bamako », un document fondateur visant la création de l’Union africaine pour la protection des journalistes (UAPJ).

Cette initiative prévoit la création d’un comité supérieur constitutif chargé d’élaborer les statuts de l’Union, la désignation de Bamako comme siège permanent et centre africain des opérations d’assistance médiatique d’urgence, ainsi que la signature d’un protocole de coopération stratégique avec le Syndicat des journalistes palestiniens pour partager les protocoles de protection professionnelle reconnus au niveau international.

 

L’Union aurait pour vocation d’offrir aux journalistes africains un cadre de protection juridique, technique et opérationnelle, tout en s’appuyant sur l’expérience palestinienne en matière de sécurité professionnelle.

Une feuille de route a également été proposée avec la signature de la Charte par les délégations participantes, la mise en place d’une structure administrative provisoire et le lancement du programme « Bouclier africain », destiné à fournir des formations spécialisées et des outils de sécurité aux journalistes.

L’agence Nationale de Presse du Mali : Quels partenariats ou initiatives souhaiteriez-vous voir émerger entre les médias africains et palestiniens après cette première édition du FOPAME ?

Rafi Khatam Al-Melh : Nous aspirons à un partenariat stratégique d’échange d’expertises entre l’agence WAFA et les médias africains afin de constituer une voix unie contre la désinformation et de transmettre les réalités de nos peuples.

Je voudrais également adresser un message au peuple malien frère. À Bamako, j’ai trouvé des cœurs qui battent pour la Palestine. Je n’oublierai jamais l’amour sincère dont vous m’avez témoigné, tant lors du forum que dans la vie quotidienne. Notre recueillement commun devant le monument de la Mosquée Al-Aqsa et celui du martyr enfant Mohammed Al-Durrah ici à Bamako fut un moment gravé dans ma mémoire.

Cela m’a prouvé que les distances géographiques s’effacent devant la sacralité de notre cause et l’unité de notre destin. Merci au Mali pour son accueil chaleureux et son hospitalité. Je porterai la chaleur de cette terre dans mon cœur jusqu’à Gaza, et le Mali restera à jamais gravé dans ma mémoire comme ma seconde patrie.

OS/KM (AMAP)