Bamako, 6 juin (AMAP)– Les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle (IA) offrent d’importantes opportunités aux médias africains, mais soulèvent également des défis liés à la désinformation, à la viabilité économique des organes de presse et à la souveraineté informationnelle du continent, ont estimé samedi plusieurs intervenants lors d’un panel du Forum panafricain des médias (FOPAME) à Bamako, a constaté l’AMAP.
Consacrée au thème «Médias, réseaux sociaux et intelligence artificielle», la rencontre a réuni le président de l’Union des radios et télévisions libres du Mali (URTEL), Mamoudou Bocoum, le coordonnateur général de Benbere, Abdoulaye Guindo, la présidente de l’Association des professionnelles de la presse écrite du Mali (APPEM), Dado Camara, ainsi que le directeur général de Vox Africa, Jules Donche.
Intervenant sur les rapports entre réseaux sociaux, influenceurs et médias, Mamoudou Bocoum a estimé que les opportunités offertes par les plateformes numériques sont plus importantes que les menaces qu’elles représentent pour les médias traditionnels.
Selon lui, les réseaux sociaux élargissent considérablement l’audience des radios, télévisions et journaux, en permettant à des publics éloignés d’accéder à l’information produite localement. Ils favorisent également le développement du journalisme citoyen, réduisent certains coûts de production et renforcent la participation des citoyens aux débats publics.
«Je vois plus d’avantages que de menaces, à condition de travailler de façon professionnelle», a-t-il déclaré, tout en mettant en garde contre les risques liés à la diffusion rapide d’informations non vérifiées et à la perte éventuelle de crédibilité des médias. Le président de l’URTEL a également souligné les conséquences économiques de la montée en puissance des plateformes numériques, évoquant une baisse des revenus publicitaires des médias traditionnels.
Abordant l’impact de l’intelligence artificielle sur le journalisme africain, Abdoulaye Guindo a indiqué que cette technologie ne remplacerait pas les journalistes mais transformerait les méthodes de production et de diffusion de l’information. Il a expliqué que l’IA permet notamment la transcription automatique d’interviews, l’analyse rapide de documents volumineux, la traduction de contenus, la génération d’illustrations ou encore l’assistance à la rédaction. Selon lui, ces outils peuvent contribuer à réduire les coûts de fonctionnement des médias dans un contexte marqué par des ressources limitées. «L’intelligence artificielle ne va pas tuer le journalisme. Elle va juste changer la façon de produire et de diffuser l’information», a-t-il affirmé.
Le responsable de Benbere a toutefois relevé plusieurs défis, notamment les risques d’erreurs et de désinformation générés par certains outils d’IA, ainsi que le retard de l’Afrique dans le développement de ses propres solutions technologiques et de ses contenus numériques.
Pour sa part, Jules Donche a insisté sur la nécessité pour les médias africains de construire un narratif propre au continent. Il a salué l’organisation du FOPAME comme un signe de prise de conscience collective sur cette question.
Le directeur général de Vox Africa a plaidé pour un «assainissement» de l’espace médiatique africain, estimant que les médias du continent doivent bénéficier d’un environnement plus favorable face à la concurrence des groupes internationaux. Il a également appelé à renforcer la maîtrise des canaux de diffusion et à développer davantage de coopération entre professionnels africains afin de réduire leur dépendance vis-à-vis des agences et réseaux d’information étrangers.
Selon lui, la distribution des contenus constitue un enjeu stratégique majeur. «Si nous ne contrôlons pas la distribution, tout ce que nous faisons ici sera vain», a-t-il déclaré.
Les échanges ont également porté sur la désinformation genrée en contexte de conflit. À l’issue du panel, les intervenants ont notamment souligné la nécessité de mieux encadrer juridiquement certaines pratiques numériques qui portent atteinte à la vie privée des femmes.
Cette session s’inscrivait dans le cadre de la 1ère édition du Forum panafricain des médias, organisée à Bamako autour des enjeux de souveraineté informationnelle, de coopération médiatique et de construction d’un narratif africain.
OS/CMT (AMAP)


