Bamako, 6 juin (AMAP) Les travaux de la 1ère édition du Forum Panafricain des Médias (FOPAM), le directeur de la Maison de la Presse du Togo, EKPE Komla Dodzi, que l’Agence Nationale de Presse du Mali a rencontré, plaide pour un renforcement de la coopération entre les médias africains.
Mutualisation des ressources, formations communes, innovation numérique, production collaborative de contenus et plaidoyer collectif face aux grandes plateformes : il détaille les pistes susceptibles de consolider la résilience et la souveraineté des médias du continent.
L’Agence Nationale de Presse du Mali: La Maison de la Presse du Togo joue un rôle central dans l’organisation et l’accompagnement des médias. Comment cette expérience peut-elle contribuer au développement d’une coopération plus structurée entre les médias africains ?
EKPE Komla Dodzi: L’expérience de la Maison de la Presse du Togo démontre qu’un cadre institutionnel de concertation et de renforcement des capacités constitue un levier essentiel pour le développement du secteur médiatique. Depuis sa création, elle favorise le dialogue entre les professionnels des médias, la formation continue des journalistes et le partage des bonnes pratiques.
Cette expérience pourrait inspirer la mise en place d’un réseau africain des maisons de presse et centres de ressources médiatiques, capable de coordonner des initiatives communes de formation, de recherche, de production de contenus et de plaidoyer. Une telle dynamique permettrait de renforcer les synergies entre les médias africains, de promouvoir une vision commune des enjeux du continent et de développer des mécanismes permanents de coopération professionnelle.
Au-delà des frontières nationales, il s’agit de construire un espace médiatique africain plus intégré, fondé sur l’échange de compétences, la solidarité professionnelle et la défense des intérêts communs de la presse africaine.
L’Agence Nationale de Presse du Mali : Quels sont les principaux avantages que les médias africains pourraient tirer de la mutualisation des ressources, notamment en matière de formation, de production de contenus et d’innovation numérique ?
EKPE Komla Dodzi : La mutualisation des ressources représente aujourd’hui une nécessité stratégique pour les médias africains confrontés à des contraintes économiques croissantes et à l’évolution rapide des technologies.
En matière de formation, elle permettrait de réduire les coûts tout en offrant aux journalistes un accès élargi à des experts, à des modules spécialisés et à des programmes de perfectionnement de haut niveau.
Dans le domaine de la production de contenus, la coopération favoriserait le traitement collectif des grands enjeux africains tels que le changement climatique, la gouvernance, la santé publique, la sécurité, l’intégration régionale ou encore les migrations. Elle contribuerait également à renforcer la visibilité des réalités africaines à travers des contenus produits par les Africains eux-mêmes.
Sur le plan numérique, la mutualisation faciliterait l’accès à des outils technologiques innovants, aux plateformes de diffusion, aux solutions d’intelligence artificielle et aux infrastructures numériques souvent coûteuses pour les médias pris individuellement.
En définitive, cette approche permettrait d’améliorer la compétitivité, la qualité et la durabilité économique des médias africains.
L’Agence Nationale de Presse du Mali : Comment les organisations professionnelles de presse peuvent-elles favoriser les échanges d’expériences et les partenariats entre les rédactions de différents pays africains ?
EKPE Komla Dodzi : Les organisations professionnelles de presse ont un rôle déterminant à jouer dans la création de passerelles entre les rédactions africaines.
Elles peuvent notamment organiser des forums régionaux, des conférences professionnelles, des programmes d’échanges de journalistes, des formations conjointes et des plateformes numériques de partage d’expériences.
Elles peuvent également faciliter la mise en œuvre de projets éditoriaux collaboratifs permettant à plusieurs médias de différents pays de travailler ensemble sur des sujets d’intérêt commun.
Par ailleurs, la création de réseaux thématiques spécialisés dans des domaines tels que l’investigation, les données, l’environnement, les droits humains ou l’économie favoriserait l’émergence de communautés professionnelles capables d’échanger régulièrement leurs connaissances et leurs expertises.
Ces mécanismes contribueraient à renforcer les capacités des rédactions tout en développant un sentiment d’appartenance à une communauté médiatique africaine plus solidaire et plus dynamique.
L’Agence Nationale de Presse du Mali : Quelles initiatives concrètes recommanderiez-vous pour renforcer la solidarité entre médias africains face aux défis économiques et à la concurrence des plateformes numériques internationales ?
EKPE Komla Dodzi : Face aux mutations profondes du secteur, plusieurs initiatives méritent d’être envisagées.
La première consiste à mettre en place un fonds africain de soutien à l’innovation médiatique destiné à accompagner la transformation numérique des entreprises de presse et le développement de nouveaux modèles économiques.
La deuxième serait la création d’une plateforme africaine commune de diffusion et de partage de contenus permettant aux médias du continent de valoriser davantage leurs productions et d’accroître leur visibilité.
La troisième initiative pourrait porter sur le développement de programmes communs de formation aux métiers émergents du numérique, notamment dans les domaines de l’intelligence artificielle, du journalisme de données, de la cybersécurité et de la monétisation des contenus.
Enfin, il apparaît indispensable de renforcer les mécanismes de plaidoyer collectif afin que les médias africains puissent défendre ensemble leurs intérêts face aux grandes plateformes numériques internationales, notamment en matière de rémunération des contenus, de régulation de l’information et de souveraineté numérique.
La solidarité entre les médias africains ne doit plus être perçue comme une simple option de coopération, mais comme une condition essentielle de leur résilience, de leur indépendance et de leur capacité à remplir durablement leur mission d’information au service des citoyens.
Propos recueillis par OS/KM


