BAMAKO, 4 juin (AMAP)– L’appropriation des codes de déontologie par les journalistes, la recherche d’un consensus autour des organes d’auto-régulation et le renforcement de la coopération avec les régulateurs officiels constituent des conditions essentielles pour produire une information de qualité en Afrique, a estimé jeudi à Bamako Seydou Sissouma, membre du Collège de la Haute Autorité de la Communication (HAC), a constaté l’AMAP.
Intervenant lors du sous-thème consacré à «l’Autorégulation et la co-régulation, une solution pour une information responsable», dans le cadre du panel sur la guerre informationnelle et la construction d’une narration africaine souveraine, M. Sissouma a rappelé que le journalisme repose à la fois sur la maîtrise des normes professionnelles et sur le respect de l’éthique et de la déontologie.
Selon lui, l’auto-régulation ne peut être efficace sans une large diffusion et une réelle appropriation des codes de déontologie par les professionnels des médias. «On ne peut pas faire de l’auto-régulation avec une profession dont l’écrasante majorité ignore ce que contiennent les codes de déontologie», a-t-il déclaré.
Le paneliste a également plaidé pour un consensus fort autour des organes d’auto-régulation afin qu’ils soient reconnus par l’ensemble de la profession. Il a qualifié l’auto-régulation de «police par les pairs», estimant que l’évaluation professionnelle exercée par les journalistes eux-mêmes possède une forte valeur morale et contribue à améliorer les pratiques du secteur.
Pour illustrer son propos, il a cité l’expérience de l’Observatoire de la liberté de la presse, de l’éthique et de la déontologie (OLPED) de Côte d’Ivoire, créé en 1995 dans un contexte de fortes tensions politiques. Selon lui, cet organisme a progressivement acquis une crédibilité qui en a fait un outil de référence pour l’évaluation du respect de l’éthique dans les médias ivoiriens et au-delà. M. Sissouma a également évoqué le Conseil pour le respect de l’éthique et de la déontologie (CORED) du Sénégal, qu’il a présenté comme un exemple d’organe ayant gagné la confiance des professionnels et du public au point de devenir un acteur majeur de la régulation du secteur médiatique.
Abordant la question de la co-régulation, il a estimé qu’une collaboration entre régulateurs officiels et organes d’auto-régulation pouvait être envisagée lorsque ces derniers disposent d’une légitimité suffisante. Il a cité plusieurs mécanismes déjà appliqués dans certains pays africains, notamment en Guinée, au Togo et au Sénégal, où les décisions ou interventions des organes d’auto-régulation sont prises en compte par les autorités de régulation.
Le membre du Collège de la HAC a enfin proposé l’organisation d’une rencontre réunissant régulateurs officiels et organes d’auto-régulation afin d’identifier les domaines de coopération possibles et de renforcer les mécanismes de gouvernance du secteur des médias.
Cette intervention s’inscrit dans les travaux du panel consacré à «Guerre informationnelle : construire une narration africaine souveraine», organisé lors de la deuxième journée du forum. Les échanges ont porté sur les moyens de renforcer la qualité de l’information produite en Afrique dans un contexte marqué par la multiplication des défis informationnels et la nécessité pour les médias du continent de consolider leur crédibilité et leur indépendance professionnelle.
OS/CMT (AMAP)


