Bamako, 24 mai (AMAP) Dans l’histoire des médias maliens, certaines voix restent gravées à jamais dans la mémoire collective. Celle d’Aïssata Cissé a accompagné plusieurs générations d’auditeurs et de téléspectateurs, a constaté l’AMAP.
Première femme journaliste, elle a marqué le paysage audiovisuel national par son élégance, sa diction parfaite et son professionnalisme exemplaire. Pendant plus de quarante-cinq ans, sa voix suave et rassurante a incarné l’information publique malienne, faisant d’elle une véritable icône des médias. Une pionnière de la radio et de la télévision malienne.
Née en 1945 au Mali, d’une mère dogon et d’un père peulh, Aïssata Cissé grandit dans un environnement où l’éducation occupe une place importante. Elle entre à l’école dès l’âge de quatre ans à Koulikoro avant de poursuivre ses études à l’école rurale de Bamako, aujourd’hui connue sous le nom d’école Mamadou Konaté.
Après ses études, elle devient sténo-dactylographe et est recrutée en 1959 comme secrétaire de direction au ministère des Affaires étrangères. Cette même année, son aisance remarquable en français attire l’attention de Mamadou El Béchir Gologo, alors secrétaire d’État à l’Information. Impressionné par sa manière de s’exprimer, il lui propose une période d’essai à Radio Soudan, qui deviendra plus tard Radio Mali, puis la RTM avant de prendre le nom de l’ORTM.
Très rapidement son talent se révèle au public
Très rapidement, son talent se révèle au grand public. Après deux années d’animation, elle est envoyée à Varsovie, en Pologne, pour suivre une formation spécialisée en rédaction et en présentation du journal à la radio et à la télévision. Cette expérience marque le début d’une carrière exceptionnelle.
Le tournant décisif de sa vie professionnelle survient presque par hasard. Un jour, la présentatrice habituelle du journal de 07 heures est absente. Son directeur lui demande alors de la remplacer. Cette présentation improvisée révèle immédiatement l’immense talent qui sommeillait en elle. Ce qui devait être un simple essai devient un véritable coup de maître.
À une époque où la présence des femmes dans les médias était extrêmement rare, Aïssata Cissé s’impose avec élégance et assurance. Elle devient ainsi la première femme journaliste professionnelle du Mali. Grâce à sa voix puissante, calme et raffinée, elle conquiert rapidement le cœur des Maliens et devient la présentatrice vedette du journal parlé à la radio puis à la télévision nationale.
Son nom reste également associé à plusieurs émissions populaires
Son nom reste également associé à plusieurs émissions populaires, notamment « Rions un peu ». Mais sa voix ne se limite pas aux journaux d’information. Elle prête aussi sa diction reconnaissable entre mille au répondeur national des Postes et Télécommunications du Mali, à plusieurs campagnes publicitaires ainsi qu’à des annonces officielles et émissions culturelles.
La doyenne des journalistes maliens est aussi admirée pour la stabilité exceptionnelle de sa voix. Malgré les années, elle conserve la même tonalité juvénile et la même élégance vocale qui ont fait sa renommée. Son credo repose sur l’amour du travail bien fait, le courage, l’humilité, la détermination et la volonté de réussir.
Tout au long de sa carrière, elle côtoie plusieurs figures emblématiques du paysage médiatique malien comme Abdoul Gassamba, Abdoul Sy, Abdoulkarim Dravé, Oumar Cissé ou encore Souleymane Kantra Sissoko. Sa riche carrière de plus de quarante-cinq ans est couronnée par plusieurs distinctions honorifiques, notamment sa nomination au Conseil supérieur de la communication et le baptême de la salle du journal parlé de la radio nationale à son nom.
Une femme engagée au service de la démocratie et de la jeunesse
Au-delà du journalisme, Aïssata Cissé fut aussi une femme profondément engagée pour la démocratie et la liberté d’expression. Lors des événements de mars 1991 contre le régime du général Moussa Traoré, elle participe activement au mouvement démocratique qui secoue le Mali.
Cette période douloureuse bouleverse profondément sa vie. Sa fille, Ramatoulaye Dembélé, trouve la mort pendant les manifestations réprimées par le régime. Malgré cette tragédie personnelle, Aïssata Cissé demeure fidèle à ses convictions et continue de défendre les valeurs démocratiques avec courage et dignité.
En 2007, après plus de quatre décennies consacrées au service des médias publics maliens, elle prend sa retraite de l’ORTM. Pour lui rendre hommage, la salle de rédaction du journal parlé de la radio nationale est baptisée « Salle Aïssata Cissé ».
Même après sa retraite, elle reste active dans le monde des médias et de la culture. Soucieuse de transmettre son savoir-faire, elle participe à la formation de jeunes journalistes et crée la radio Émergence. Elle s’investit également dans la promotion des jeunes talents maliens à travers l’émission musicale « Tounkagouna », aux côtés du musicien Boncana Maïga.
Aïssata Cissé s’éteint dans la nuit du 29 au 30 avril 2020 à Bamako, à l’âge de 75 ans.
Aïssata Cissé s’éteint dans la nuit du 29 au 30 avril 2020 à Bamako, à l’âge de 75 ans. Sa disparition provoque une immense émotion à travers tout le Mali. Le gouvernement malien lui rend hommage lors du Conseil des ministres, tandis que de nombreux journalistes saluent celle qui a ouvert la voie aux femmes dans les médias maliens.
Ses collaborateurs gardent le souvenir d’une femme humble, fidèle en amitié, rigoureuse et profondément attachée à l’éthique professionnelle. Aujourd’hui encore, sa voix continue de résonner dans la mémoire des Maliens à travers cette phrase mythique qui a bercé plusieurs générations : « Vous écoutez l’office de radiodiffusion télévision du Mali, émettant de Bamako. »
MLD/KM (AMAP)


