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L ‘insécurité affecte certaines foires de la région de Gao (Nord du Mali)

Le marché à bétail de Wabaria

Par Abdourhamane TOURE

Bamako, 23 nov (AMAP) L’insécurité et l’état de l’axe Gao-Sévaré freinent l’acheminement des produits locaux vers les régions, dans le Nord du Mali. En effet, c’est à partir de la Région de Gao que les autres (Ménaka et Kidal) se ravitaillent en produits locaux venant du sud du Mali, pour ensuite fournir les autres localités de leurs circonscriptions. Dès que la Région de Gao n’est pas approvisionnée, les autres régions en subissent les contrecoups.

Le marché à bétail de Wabaria, qui accueille des forains de 13 villages, en plus de ceux de la Commune urbaine de Gao et ses communes rurales, se tient chaque mardi. C’est une foire à bétail distante de 15 km de la ville de Gao. Il est fréquenté par les acheteurs et vendeurs d’animaux de toutes les autres communes de la région ainsi que ceux de Bamako, du Niger, du Burkina Faso et d’Algérie. « Même si ce marché hebdomadaire n’a jamais été la cible d’attaque,  l’insécurité et l’état de la route de Gao-Sévaré découragent les acheteurs potentiels à s’y rendre, par peur d’être spolié ou enlevé par des bandits armés qui sévissent dans la zone », a dit le maire de la Commune rurale de Gounzourèye, Abdoul Kader Maiga,

La Commune rurale d’Inchawadji est distante de 70 km de la Commune rurale de Gao. Elle a deux foires hebdomadaires. La foire du village d’Emnagul et celle de Djabock. Le maire de la localité, Rhissa Ag Mohamed, nous a dit que malgré l’insécurité, les deux foires  hebdomadaires d’Inchawadji se tiennent régulièrement. Selon lui, ces marchés sont toujours approvisionnés par les forains de la Commune urbaine de Gao. Ces commerçants viennent écouler leurs produits (l’huile, le lait et les condiments venants des Régions dans le Sud du Mali). « Mais, certains aussi fréquentent ces foires pour acheter les petits ruminants, du charbon de bois et du beurre des vaches qu’ils revendent sur les marchés de l’Algérie, de Gao et du Niger » a fait remarquer le maire de la localité.

Il a ajouté que, « souvent, des hommes armés font irruption sur les sites des foires soit pour collecter la zakat ou pour enlever des personnes ». « Ces actes barbares ont beaucoup effrayé certains commerçants, surtout ceux en possession de fortes sommes d’argent.  Cela a suffisamment réduit la fréquentation des foires de notre commune », a poursuivi l’édile. Il regrette qu’avec l’absence de l’Etat dans ces localités, la commune ne puisse pas collecter les taxes.

Samedi est jour de foire de la commune rurale de Sonni Ali Ber. Ce marché est fréquenté par commerçants des Cercles de Gao et de Bourem. Selon l’édile de la Commune rurale, Abdoul Razack Maiga , « à cause de l’insécurité, la fréquentation a diminué ».  « Tous ces commerçants viennent  à la foire  pour acheter du paddy ou des animaux. Evidemment, certains aussi approvisionnent le marché avec les condiments et des légumes », dit M. Maiga. « Depuis la crise de 2012, l’incivisme a gagné du terrain. Aujourd’hui, dans nos communes, les citoyens ne paient plus les impôts. Et ceux qui avaient l’habitude de payer leurs taxes ont épousé le comportement des récalcitrants. Pratiquement, aucun Groupement d’intérêt économiques (GIE) de la commune n’est pas à jour », a révélé le maire, Abdoul Razack Maiga.

PERTE – Avec la dégradation de l’axe Gao-Sévaré et l’insécurité, tous les produits qui quittent le Sud du Mali pourrissent avant même d’arriver à Gao. Il s’agit des légumes et des tubercules (pomme terre,  igname, oignon, gingembre, tomates, choux, banane plantain).

« Avec l’état actuel de la route Gao-Sévaré, nous nous sommes rabattus sur les produits qui viennent de l’Algérie et du Niger. Et, c’est la raison pour laquelle tous les produits sont chers sur le marché », a confirmé Boubacar Traoré, ressortissant de Sikasso (Sud) et vendeur de condiments sur le marché de Gao.

« Tous les produits qui partent de Sikasso pour Gao se décomposent avant même d’arriver à destination. Cela constitue une grande perte pour nous les revendeurs. Tant que cette route de Gao-Sévaré n’est pas réparée, aucun produit en provenance des régions du Sud du Mali, ne pourra arriver à Gao dans un état de consommation », se plaint notre interlocuteur.

« Avec l’insécurité certains transporteurs ont cessé de pratiquer cet axe. Cinq camions-remorques de ma belle-sœur ont été calcinés sur l’axe Gao-Douentza », a-t-il rappelé.

Hamidou Traoré est revendeur de beurre de  karité à la Place de Sikasso à Gao. Il partage le même avis que son prédécesseur. Pour lui, l’état de la route et l’insécurité défavorisent le ravitaillement du marché de la Cité des Askia en produits locaux originaires du Sud du Mali.

Seul point de satisfaction, pour le commerçant, en cette période de froid,  son beurre de karité « arrive sans fondre ». S’il arrive…

AT/MD (AMAP)