Région de Kayes : La Cité des rails nostalgique de l’orchestre régional Sidi Yassa

L’orchestre régional Sidi Yassa de Kayes a connu des gloires au Mali et à l’extérieur. Malgré son rôle capital dans la valorisation de la musique du terroir, ce groupe peine à émerger sur la scène nationale par manque d’accompagnement

Kayes, 7 mai (AMAP) Jadis, connu sous le nom de « Gofè Club », l’orchestre régional de Kayes est à la recherche d’un nouveau souffle en vue de retrouver sa réputation d’antan. Ce groupe musical qui a inscrit l’une des pages glorieuses de la musique mandingue, peine à se frayer sur la scène nationale. On ne le sent qu’à travers les chansons comme « Sidi Yassa » ou « Térèna bouroufiérila/Térène Diouley » ou lors des grands évènemeTérèna est une production du Socistar, chantée par Badar Térèna, rythmée par le trompettiste Djim.

Pour avoir d’amples informations sur l’histoire de cette formation régionale, notre équipe de reportage a approché le Directeur Régional de la Culture de Kayes, Ibrahim Sissoko

Dès notre première rencontre, ce pionnier de la musique kayesienne chanta quelques extraits de la célèbre chanson « Mali Sadio » qui retrace l’histoire d’une jeune fille de Bafoulabé. D’après la légende, celle-ci entretenait un lien d’amitié avec l’hippopotame, l’animal protecteur de ladite ville. Puis, il nous scanda quelques notes du morceau fétiche « Sidi Yassa » qui a donné son nom à l’Orchestre régional de Kayes.

Madieye se décrit comme un Kayesien de l’ethnie Ouolof, né et grandi à Kayes. « Je suis percussionniste né dans la musique. Je joue tous les instruments. Ici, nous ne connaissons que le djembé. J’ai hérité du Sabar, de mon grand-père maternel qui m’avait adopté au Sénégal ».

Né aveugle, ce batteur de toumba est considéré par les populations de la capitale de la 1ère région administrative du Mali comme une bibliothèque vivante.

Après un court séjour (1954-1961) chez son cousin à Bakel (Sénégal), Madieye est retourné à Kayes où il a entrepris une carrière musicale, couronné de succès. Il a découvert le groupe « Polo Bleu » de Plateau qui était animé, à l’époque, par Badama N’Diaye, Seydou Djim, Moussa Garanké, Miss, Maïssa et Djiby.

En 1963, le jeune artiste créé le Gofe Club avec certains de ses amis, dont Harouna Barry. Cette formation a également accueilli des artistes de renom, dont notre doyen Kardjigué Laïco Traoré de l’ORTM et du Conservatoire Balla Fasséké Kouyaté, Moussa Mody Sacko (ancien directeur de l’Ensemble Instrumental). Au fil du temps, Barou Kouyaté dit BK, Maciré Traoré, Hot (chef) Moussa Kéita (Piano), Harouna Barry, parmi tant d’autres, ont intégré ladite sélection.

Selon lui, « Gofè » épousait 3 versions (pop music, folklore, salsa) grâce à Baba Camara. « Regard sur le Khasso a été chanté en 1969 par Moussa Mody Sakho et écrit par Kardjigué Laïco Traoré.

Ces artistes se sont retrouvés pour la plupart au Socistar de Diamou, un orchestre qui a été primé pour son chant « Sidi Yassa » lors d’une Biennale artistique, culturelle et sportive. Cette chanson rend hommage à Sidi, fils d’Assa, un noble devenu artiste.

« Après la Biennale, Amara Danfaga (Gouverneur) a demandé au Directeur de la SOCIMA (Société des Ciments du Mali) de Diamou d’héberger l’orchestre.

Malgré cela, cette sélection n’a pas plus fait long feu et ses membres se sont dispersés en 1975. « A l’époque, le Gouverneur de la Région de Kayes, nous demandait de faire plus », explique Madieye Niang qui avait aussi fait un tour à l’orchestre de Kita en 1974.

En 1977, quelques groupes (Socistar de Diamou, Félou Star, Typic Jazz) ont fusionné pour donner naissance à l’Orchestre régional Sidi Yassa de Kayes. Un nom hérité de la chanson fétiche dédiée au noble Sidi, fils de Assa, devenu artiste.

Il rappelle que Fodé Kouyaté avait fait ses premiers pas au Félou Star.

Nombreux sont des artistes avec qui Madieye a entretenu d’excellents rapports. Parmi ceux-ci figurent Nampé Sadio Traoré et sa famille, Boubacar Traoré dit Kar Kar. Dans ce lot, il y avait aussi Magma Gabriel Konaté qui a invité Niang à animer une soirée Kakoulou en 1976 ; puis Mady Bakhaga et Mamoutou Camara dit Mangala, tous deux du Tambaoura Jazz de Kéniéba.

Selon lui, Mamoutou Camara qui était un batteur professionnel, doit son surnom à Kondé Mady Mangala, batteur attitré du Bembeya Jazz National (Guinée-Conakry).

Grâce à la chanson « Maoudé » chantée par Mangala, l’orchestre régional de Kayes a été primé à nouveau lors de la Biennale de 1980 à Bamako. Il a aussi côtoyé Mama, qui jouait au cordophone avant d’aller à Kati, puis à Ségou (Super Biton). Jackie, Yacinthe et Tché étaient aussi ses anciens collaborateurs.

Madieye Niang a effectué un passage éphémère au Badema National et au Rail Band. En 1975, il a participé à la création de la SAFRA (Semaine de l’Amitié et de la Fraternité), connu avant sous l’appellation de « Espace Culturel ». C’est le Socistar qui a ouvert le bal dans la salle de cinéma de Tambacounda, en 1975, avant que la troupe régionale ne rentre dans la danse avec l’éminent artiste Harouna Barry. Il a effectué plusieurs voyages à l’intérieur du Mali et dans d’autres pays africains, en Europe et en Amérique.

Aujourd’hui, la relève est assurée par le griot N’Faly Sissoko, qui a été sollicité par le Gouverneur, feu Mahamadou Zoumana Sidibé pour animer les réceptions lors de la Fête nationale et d’autres événements.

« J’ai intégré cet orchestre lorsque Maciré Traoré en était le chef. Ce groupe musical a cessé d’évoluer faute de soutien », déplore le vieux N’Faly Sissoko, originaire de la Commune Rurale de Kassama (Kéniéba), également ancien du Socistar.

N’Faly Sissoko a composé « Tougoulé », un chant Malinké qui magnifie le rôle procréateur de la femme et son importance dans notre société.

Nos différents interlocuteurs sont unanimes sur la relance de l’orchestre régional. Le Président, feu Amadou Toumani Touré, avait franchi un grand pas dans ce sens en offrant des équipements modernes aux orchestres régionaux. Ses prédécesseurs ont fait de leur mieux pour que ces orchestres opèrent dans de bonnes conditions.

BMS/KM (AMAP)