Koro : Le  difficile quotidien des femmes déplacées

Koro, 29 juillet (AMAP) Dans le cercle de Koro, sévit une crise sécuritaire, depuis plus de deux ans, qui se traduit par des attaques terroristes et des affrontements intercommunautaires. Elle a eu de nombreuses conséquences sur la vie des populations. Elle a fait des centaines de morts, des déplacés, des villages totalement effacés de la carte, la chute de la production agricole, la fermeture des axes routiers et des foires importantes, freinant ainsi les activités économiques.

Le cercle est presque asphyxié par cette crise qui touche toutes les couches de la société. Les femmes déplacées suite à cette crise broient du noir malgré leur volonté de s’adapter à la nouvelle situation. Nombreuses sont celles qui souffrent non seulement financièrement mais moralement.

Certaines d’entre elles ont vécu les attaques et subissent encore les traumatismes psychologiques.  « Avant, nous vivions en toute tranquillité à Dianwéli. Pendant la saison des pluies, j’aidais mon mari aux champs et je faisais de l’embouche bovine, parallèlement. A l’approche des fêtes, je vendais les animaux pour subvenir aux besoins de la famille et soutenir mon mari. La vie de notre famille a changé depuis le jour de l’attaque de mon village », raconte Yaborko Dara, déplacée du village de Dianwéli.

« Les assaillants sont arrivés, tôt le matin, et ont ouvert le feu sur tout ce qui bougeait. Mon mari a fait un trou dans le mur de notre chambre à coucher pour faire sortir toute la famille. On ne pouvait pas passer par la porte. Les balles sifflaient de partout. Nous avons marché des kilomètres pour venir à Barapireli », poursuit-elle.

« A part mes chaussures, je n’ai rien pris et personne dans le village n’a pu emporter quoi que ce soit. Nous cherchions plutôt à sauver nos têtes. Nous avons tout perdu. Nous avons appris que les assaillants ont tout brûlé. Je ne peux pas le confirmer car, depuis ce jour, personne de notre village n’a remis pieds là-bas », dit la malheureuse.

Aujourd’hui, Yaborko essaie, avec sa famille, de se reconstruire une nouvelle vie, ici, à Barapiréli mais ce n’est pas facile de reprendre la vie à zéro. La victime bénéficie de l’assistance alimentaire de parents, de l’Etat et de ses partenaires mais elle souhaite ardemment être indépendante, « c’est-à-dire vivre de nos récoltes», dit-elle.

Si Yaborko a pu nous parler de son histoire, d’autres, dans la même situation,  sont encore sous le choc psychologique, à cause des atrocités vécues. Aminata Guindo a perdu son amie et sa fille dans l’attaque de leur village de Sabéré, dans la commune de Bondo.

Les deux victimes ont été brulées et, selon Aminata, depuis cette attaque, ses nuits sont remplies de  cauchemars, des images atroces et horribles de son village totalement détruit et de tous leurs biens incendiés. Elle dit avoir peur, jusqu’à présent, que les assaillants reviennent la trouver jusqu’à Koro où elle vit actuellement.

Les femmes déplacées du cercle de Koro souhaitent aujourd’hui le retour de la paix pour qu’elles puissent regagner leur village. Dans les villages d’accueil où elles ont trouvé refuge, elles manquent de terres et d’activités génératrices de revenus  et vivent le jour au jour.

Au moment où les femmes africaines s’apprêtent à célébrer, le 31 juillet, la Journée internationale de la femme africaine, les femmes déplacées du cercle de Koro feront certainement la queue devant les mairies où devant les sites de distribution de vivres, en espérant que leurs sœurs plaideront pour le retour de la paix dans le Centre et partout au Mali.

MN/MD (AMAP

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