Envoyé spéciaux

Ladji M. DIABY

Habibou KOUYATE

 Bouaké, 06 fév (AMAP) Nigeria-Afrique du Sud, Côte d’Ivoire-RD Congo sont les affiches des demi-finales de la CAN, Côte d’Ivoire 2023, prévues demain mercedi. En 2000, les Super Eagles ont écarté les Bafana Bafana à ce stade de la compétition alors qu’en 2015, les Éléphants ont éliminé les Léopard. L’Afrique du Sud et la RD Congo ont donc une revanche à prendre leurs adversaires.

La compétition tend vers sa fin. Le stade de la Paix à Bouaké et le stade Alassane Ouattara à Abidjan s’apprêtent à accueillir les demi-finales. La première rencontre mettra aux prises le Nigeria et l’Afrique du Sud à Bouaké (17h) alors que la deuxième mettra face à face le pays hôte, la Côte d’Ivoire et la RD Congo, à Abidjan. Quelle que soit l’issue des deux matches, la finale opposera un pays francophone et un pays anglophone. Les deux pays de l’Afrique de l’Ouest aborderont ces demi-finales avec les faveurs des pronostics. Toutefois, dans cette compétition, les observateurs se méfient bien de la « notion de favori ». C’est une CAN si particulière dans laquelle tout est possible.

En tout cas, les Bafana Bafana ont une revanche à prendre sur les Super Eagles qui les avaient dominés 2-0, à Lagos, en demi-finale de la CAN 2000. Après la défaite en demi-finale de 2000, les Super Eagles ont battu 2-1 les Bafana Bafana en quarts de finale de l’édition 2019 en Égypte.

Le Nigeria vise un quatrième titre après 1980, 1994 et 2013 alors que l’Afrique court toujours derrière un deuxième sacre après 1996 à domicile. Les deux équipes se sont rencontrées 14 fois. Les Super Eagles se taillent la part du lion avec 7 victoires contre 2 pour l’Afrique du Sud. Cinq matches se sont terminé sur des scores nuls.

Ce sera une nouvelle page dans l’histoire du football africain, avec les Bafana Bafana désormais sous la direction de deux anciens champions d’Afrique contre une équipe de stars des Super Eagles.

Monté en puissance durant la compétition, le Nigeria reste sur quatre victoires consécutives sans prendre de but. Après avoir fait match nul contre la Guinée équatoriale (1-1) lors son entrée en lice, le Nigeria a successivement dominé la Côte d’Ivoire (1-0), la Guinée Bissau (1-0), le Cameroun (2-0) en huitième de finale, l’Angola (1-0) en quart de finale. Dans un système 4-3-3, les Super Eagles sont solides derrière, puisqu’ils défendent à 11 et sont forts dans le jeu de transition avec une attaque rapide composé de grands dribleurs dans les couloirs, Ademola Lookman et Moses Simon et le dangereux Victor Osimhen.

Mais, ils doivent se méfier de l’Afrique du Sud, dirigée par Hugo Broos, qui a conduit le Cameroun à la victoire surprise en 2017. Le technicien belge est épaulé par Helman Mkhalele, un membre clé de la génération dorée de 1996 qui a remporté le premier et unique titre africain de l’Afrique du Sud.

Certes les Bafana Bafana n’étaient pas attendus à ce stade de la compétition surtout après la défaite lors de leur premier match contre le Mali. Pourtant, dès la première conférence d’avant-match contre le Mali, le Belge a martelé que son ambition est de remporter la compétition pour la deuxième fois. C’est la première demi-finale des Bafana Bafana depuis 2000.

Dans cette compétition, ils n’ont plus perdu depuis leur défaite face aux Aigles (0-2). Après une victoire devant la Namibie (4-0) et un nul devant la Tunisie, ils ont battu le Maroc, battu 2-0 en huitième de finale avant d’éliminer le Cap-Vert (0-0, 2-1 t.a.b.) en quart de finale grâce à la prestation XXXL de leur gardien Ronwen Williams.

Ceui-ci a réussi un arrêt décisif pour arracher la prolongation dans les dernières minutes et réalisé 4 arrêts lors de la séance de tirs au but.

«Beaucoup de gens en Afrique du Sud ne croyaient pas en cette équipe, mais nous y croyions, et les joueurs croyaient en eux-mêmes», a déclaré Hugo Broos après la victoire en quart de finale.

Le sélectionneur belge a également reconnu la tâche difficile qui attend l’Afrique du Sud face à une équipe nigériane de stars comme Ademola Lookman. Mais, il a insisté sur le fait que son équipe serait prête pour la confrontation de ce mercredi après avoir dissipé les doutes passés sur sa qualité.

« La demi-finale sera difficile contre les grands joueurs nigérians mais nous n’avons plus rien à perdre maintenant », a déclaré le Belge.

La première demi-finale est le remake de celle de 2000, la deuxième sera celle 2015 entre la Côte d’Ivoire et la RD Congo. Aujourd’hui, les joueurs congolais ont tous à l’esprit l’élimination en demi-finale en Guinée équatoriale par la Côte d’Ivoire (3-1), futur vainqueur de la compétition.

A domicile, portée par une ferveur nationale, la Côte d’Ivoire a l’occasion de remporter son 3è titre après 1992 et 2015. Mais les Éléphants peuvent-ils toujours compter sur le miracle ? En tout cas, ils sont portés par les dieux du stade avec une qualification miraculeuse en huitième de finale en tant que meilleurs troisièmes, une victoire surprise devant le Sénégal (1-1, 5-4 t.a.b.) et un succès incroyable devant les Aigles (2-1 a.p.) pour se hisser en demi-finale.

Pour ce match, le sélectionneur Emerse Faé sera privé des services quatre joueurs suspendus. Il s’agit du défenseur central Odilon Kossonou, l’arrière droit-capitaine Serge Aurier, les attaquants Oumar Diakité et Christian Kouamé. Si Odilon Kossonou et Oumar Diakité ont été expulsés en quart de finale contre le Mali pour cumul de cartons, Serge Aurier et Christian Kouamé ont écopé de deux cartons jaunes lors des deux derniers matches. Privé de ces joueurs qui, individuellement et collectivement, pèsent dans l’équipe, le sélectionneur doit trouver la solution pour combler les vides que vont sûrement laisser ses absences.

Tout comme la Côte d’Ivoire, la RD Congo vise un 3è titre après les sacres de 1968 et 1974. Comme les Bafana Bafana, les Léopard n’étaient pas attendus à ce stade de la compétition. Auteurs de 4 matches nuls, ils ont gagné leur premier match en quart de finale en éliminant la Guinée (3-1). Sur leur chemin, les Congolais ont écarté l’un des favoris, l’Egypte, battu en huitième de finale (1-1, 8-7 t.a.b.). C’est la première demi-finale de la Côte d’Ivoire et de la RD Congo depuis leur duel en 2015.

Les journaux ivoiriens ont évoqué dans leurs parutions de mardi cette demi-finale. L’Avenir est revenu sur la confrontation entre les deux équipes depuis 10 ans, ajoutant que les Éléphants, au niveau des statiques des rencontres depuis dix ans, partent favoris. « En quatre rencontres entre les deux pays, les Éléphants ont réalisé deux victoires, un nul et une défaite », a précisé le journal. Notre confrère Dou Nicaise conclut dans son papier que les données ont changé, ce ne sont plus les mêmes acteurs, même si côté ivoirien, on a encore Max Alain Gradel et Serge Aurier, qui sont témoins des quatre dernières confrontations entre les deux sélections. « Les Ivoiriens partent avec un avantage psychologique, la présence des supporters dans les stades et qui vont chauffer le stade ADO comme ils l’ont fait au stade de la Paix de Bouaké face au Mali ».

« Deux duels aux relents de revanche », a titré de son côté L’inter. Nos confrères rappellent « les deux visages » des Éléphants pendant cette CAN : un début de compétition « cauchemardesque, terni par l’humiliation devant leur public face à la Guinée équatoriale » et un mental à toute épreuve qui leur a permis de mettre fin aux ambitions du Sénégal en huitièmes de finale et de briser les espoirs des Aigles du Mali en quarts de finale.

« La RD Congo doit compter avec la résilience de la sélection ivoirienne », ajoute le journal. Nos confrères rappellent également qu’à chaque fois que la RD Congo a remporté la CAN, elle a éliminé le pays organisateur (Éthiopie en 1968 et Égypte en 1974) et reviennent sur les propos du sélectionneur congolais, Sébastien Desabre après le match contre la Guinée : « C’est évident, quand vous êtes en demi-finale d’une compétition, vous avez envie d’aller en finale ».

Pour le journal, les Éléphants revenus du purgatoire, vivent une cure de jouvence, bénéficient du soutien indéfectible du peuple ivoirien et des supporters qui ont décidé de les pousser jusqu’au bout : « Ce mercredi 7 février 2024, la bataille entre Léopards et Éléphants au stade Alassane Ouattara d’Ebimpé sera sans merci ».

Concernant la première demi-finale, le journal estime que le Nigeria apparaît de plus en plus, après le premier tour, comme un candidat crédible à la victoire finale, ajoutant que la génération actuelle des Bafana Bafana s’illustre par les automatismes de son onze-type avec huit titulaires qui évoluent ensemble au Mamelodi Sundowns.

Le directeur de publication du journal « Le Sport », Oulidehi Magloire, fait remarquer qu’on retrouve dans le dernier carré des anciens champions d’Afrique, des sélections qui ont de l’expérience à faire valoir.

Cependant, « la configuration des deux demi-finales n’est pas la même », ajoute notre confrère. « Dans la première opposition, le Nigeria a un tel avantage psychologique sur l’Afrique du Sud que j’ai du mal à ne pas le voir en finale. En plus, le potentiel des Super Eagles me semble vraiment supérieur à celui des Bafana Bafana ».

« Par contre, poursuit-il, la seconde demi-finale m’apparaît très équilibrée. Certes, la Côte d’Ivoire est sur une belle dynamique et devant son public, mais la RD Congo n’a jamais fait de complexe à s’imposer devant les supporters abidjanais. En plus, les Léopards ont un sélectionneur qui connaît bien le microcosme footballistique ivoirien. » « Pour moi, c’est du 50-50 », a-t-il pronostiqué.

Adou Mel du groupe Intelligent d’Abidjan fait remarquer qu’aucune équipe demi-finaliste de la dernière édition n’est présente. Ensuite, aucun premier des six groupes n’est présent non plus. « Côte d’Ivoire-RD Congo doit être un match de revanche pour les Congolais éliminés en demi-finale en 2015 par les Ivoiriens. Ces derniers doivent confirmer leur acquis de 2015. Les Léopards se bonifient au fil des rencontres, les Éléphants font preuve de solidarité et de solidité. Ce sera un match de feu et de nerfs où rien n’est acquis ou gagné par avance », analyse Adou Mel.

« Nigeria-Afrique du Sud est aussi le match des Anglophones. Le Nigeria part avec les faveurs des pronostics au vu de ce qu’il a montré et démontré jusque-là. Un bloc solide au jeu direct. Les Super Eagles restent un bon groupe avec de bonnes individualités capables de faire la différence à tout moment. En face l’Afrique du Sud est toute aussi solide. Elle élève son niveau de jeu à chaque sortie. Lentement mais sûrement elle fait son chemin. Comme la Côte d’Ivoire, elle gère sa résilience avec beaucoup d’humilité et de respect de l’adversaire. Attention à cette équipe qui a débuté difficilement mais qui avance à grand pas. Elle pourrait faire mal. Les Bafana Bafana n’ont pas encore dit leur dernier mot », explique-t-il.

Deux rencontres de haut niveau pour savoir les finalistes de la 34è édition de la CAN.

LMD/MD (AMAP)