Bamako, 29 mars (AMAP) Le chef économiste de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Maximo Torero, a averti jeudi que les effets du conflit affectant le détroit d’Ormuz sur les marchés mondiaux des matières premières mettraient « deux à trois mois » à se stabiliser, même en cas de résolution immédiate.
S’exprimant lors d’un point de presse virtuel consacré aux implications du conflit au Moyen-Orient, il a déclaré : « Si le conflit s’arrête aujourd’hui, il faudra deux à trois mois pour stabiliser ces coûts », soulignant l’ampleur des perturbations causées par la crise.
Selon lui, le conflit a entraîné « l’une des perturbations les plus rapides et les plus sévères des flux mondiaux de matières premières ces derniers temps ». En quelques jours, le trafic dans le détroit d’Ormuz — un passage stratégique pour le commerce mondial — s’est effondré à 90 %, alors qu’il transporte habituellement environ 20 millions de barils de pétrole par jour.
Maximo Torero a précisé que cette route représente environ 35 % du pétrole brut mondial, un cinquième du gaz naturel liquéfié (GNL) et jusqu’à 30 % du commerce international d’engrais, soulignant son importance cruciale pour la sécurité alimentaire mondiale.
L’économiste a détaillé les conséquences possibles selon la durée de la crise. « Si tout est résolu dans les deux prochaines semaines, les marchés pourront absorber le choc », a-t-il indiqué, ajoutant que cela permettrait de limiter les risques pour la sécurité alimentaire et les prochaines saisons agricoles. En revanche, « si cette crise se poursuit pendant trois à six mois, elle aura un impact non seulement sur la sécurité alimentaire, mais aussi sur l’énergie et l’ensemble des autres secteurs ».
Il a également mis en garde contre la vulnérabilité de plusieurs pays fortement dépendants des transferts de fonds en provenance des travailleurs du Golfe, citant notamment le Népal, la Jordanie, le Liban, le Pakistan, l’Égypte et le Sri Lanka. « Les travailleurs perdront leur emploi et ne pourront plus envoyer de fonds », a-t-il averti.
Maximo Torero a, par ailleurs, identifié la Turquie et la Jordanie comme particulièrement exposées en raison de leur calendrier agricole et de leur dépendance aux importations, tandis que le Liban fait face à des difficultés cumulées.
Interrogé sur les effets combinés du conflit et des aléas climatiques, il a évoqué un risque accru en cas de phénomène El Niño. « Si El Niño se produit et qu’il est intense, la combinaison de ces facteurs […] aggravera considérablement la situation », a-t-il déclaré.
Il a toutefois insisté sur le fait que les marchés disposent actuellement de suffisamment de denrées alimentaires pour absorber un choc de courte durée, tout en appelant à une résolution rapide du conflit. « Nous devons être réalistes : si cela dure plus longtemps, la situation deviendra nettement préoccupante », a-t-il conclu.
OS/KM(AMAP)


